Le Trail des Cabornis 2008Deux quilles en bois. Pas de l’aggloméré, non, du vrai bois, bien massif. Voilà ce qu’ils m’ont greffés dans la nuit à la place des jambes. Ils ont juste oublié les genoux en option. Oui ces trucs qui me permettaient de plier les guiboles avant cette petite balade dans les Monts d’Or. Bon sang, que de muscles douloureux aujourd’hui. Je redécouvre mes jambes. Le haut du dos est à l’avenant, probablement le sac à dos et puis tout un tas d’autres endroits suivant les positions … Bref je suis fourbu musculairement parlant. Ce n’est pas la grosse fatigue, insidieuse, celle qui vous assomme et qui disparait lentement comme je l’ai ressentie après un marathon. Non juste l’impression d’être passé à l’essorage dans une machine à laver.

Petite reconnaissance …
Un soupçon me vient à l’esprit. On m’aurait menti ? On m’aurait caché la vérité ? Un plan 10km ne serait pas adapté pour se préparer à crapahuter pendant 35km sur les chemins et les sentiers chaotiques des Monts D’Or en avalant la bagatelle de 2166 m de dénivelé ?

J’ai quelques doutes ce samedi après-midi. Je suis en train d’effectuer une petite reconnaissance sur les hauteurs de Saint-Romain après avoir récupéré mon dossard. C’est l’occasion d’une petite balade en famille. Il faut profiter de l’éclaircie. La météo risque d’être moins bonne demain.

Madame soleil m’a crédité d’un temps probable de 5h14 … Merde c’est vachement long …
Je sais que je peux le faire mais je sais aussi que je vais le sentir passer ! Une bonne séance d’entrainement pour le mental. Travailler son mental. Ca jette, ça en impose ! C’est plus valorisant que de dire que l’on a subi le parcours, pas trop dans les montées, beaucoup dans les descentes et que même sur le plat tous les prétextes étaient bon pour musarder …

Le Trail des Cabornis 2008.
Vue sur le village de Saint-Romain

Ce dimanche matin …
J’ai mis le réveil à 5h40 ce dimanche matin … dur le réveil. C’est tôt. Plus que nécessaire mais je n’aime pas trop me presser le matin et je veux pouvoir me garer à proximité du départ. La voiture servira de camp de base pour toute la troupe. Le sac est bouclé. J’hésite encore un peu pour la tenue. La météo annoncée n’est pas propice au bronzage … Je me décide pour un corsaire et ce sera quand même un t-shirt manche courte pour le haut.

J’ai laissé les Pegasus Trail au placard et j’ai succombé au charme des Trabuco. Ce n’est pas trop raisonnable. Elles ont moins de 45 bornes au compteur mais j’ai fait l’acquisition de magnifiques chaussettes oranges D4 parfaitement assorties à mes Asics toutes neuves. Il est fou ! Mais non …

J’arrive à Saint-Romain très en avance. Je me la joue grand habitué. Première à droite, à gauche et j’arrive devant l’église. Une barrière ! Je redescends sur la mairie, une seconde barrière ! Demi-tour et je me retrouve en face d’un panneau sens interdit tout penaud … Oups désolé … Je finis par me garer sur le terrain des sports … Je suis le second à m’être garé, comme quoi j’avais de la marge.

Il est temps de se préparer. J’ai rendez-vous avec mes compères sur un parking en bas de Saint-Romain à proximité des quais de Saône. Biscotte est déjà là depuis un moment. Oslo qui a eu la même idée que moi pour le parking arrive en compagnie de Taz. Il ne manque que Jean-Yves. Biscotte est vite prêt mais il faudra bien une petite demi-heure à Tazounet pour se pomponner et vérifier son brush … heureusement qu’il est plus rapide pour courir que pour se préparer. En plus il chante … c’est plus une course, on se croirait sur M6. Du coup, on ne peut pas dire que l’on se sera beaucoup échauffé … Juste un bref allez retour le long des quais avec Biscotte et le trajet pour rejoindre le départ.

Le départ …
Il est proche d’ailleurs le départ … nous avons rejoint Jean-Yves. Il va immortaliser cette rencontre au sommet du Team Lyonnais d’Athlète Endurance. Après un petit topo des organisateurs nous dévoilant quelques plaisirs inscrits au menu de la journée, Badgone nous dit quelques mots à propos de Laurence, une Kikoureuse récemment disparue dans un accident de voiture. La famille n’a pas souhaité que nous fassions une minute de silence mais plutôt que nous laissions éclater tout notre plaisir de coureurs en son honneur au moment du départ. C’est donc en poussant des clameurs de tous les diables que nous nous sommes élancés pour la première boucle du parcours.

Une première boucle pour s’échauffer …
On court un moment … ça ne va pas durer longtemps. C’est parti pour la première grimpette et la course se transforme rapidement en marche. Ce début de parcours n’est pas spécialement difficile. Il a le mérite en passant par le sentier des rapaces de nous offrir une vue dégagée sur le sommet du Mont Cindre. Je ne cherche pas à suivre mes compagnons. Je ne m’en cache pas, si j’en avais la force je me ferais un plaisir de leur mettre la pâtée. :mrgreen: Mais bon ce n’est pas vraiment le cas et je me retrouve à la traine. C’est mon karma. J’assume. Nous redescendons sur Saint Romain pour terminer ce qui va être un simple échauffement. Nous passons sur l’aire d’arrivée. Il y a quelques personnes pour applaudir. C’est sympa. Ca donne un peu de courage. Il va en falloir car nous n’avons que 210m de D+ au compteur pour le moment et le 7ième kilomètre est juste entamé.

Le Trail des Cabornis 2008
Le premier véritable mur. L’usage de cordes est loin d’être folklorique.

Et le début de la seconde …
Après une petite longueur le long de la voie ferrée où j’ai lâché quelques chevaux … normal c’était plat et c’était du bitume … nous repartons en direction des carrières pour attaquer le premier mur du parcours. Il faut que je précise quand même le terme de mur. Je ne parle pas ici d’une pente difficile obligeant les moins costauds à marcher. Non, il est question ici d’une pente où l’usage des mains ne peut pas être renié et où l’usage de cordes est loin d’être folklorique. Les cuisses commencent à tirer. Le plan 10km a probablement atteint sa limite.
Je monte encore avec facilité mais les muscles ont souffert et les descentes plus exigeantes me rappellent mon manque d’entrainement pour ce genre d’exercice.

La porte de séparation, premier ravitaillement …
Je suis un peu juste pour la porte de séparation et je me force à courir chaque fois que c’est possible.
J’arrive enfin au ravitaillement, les bénévoles pressent les coureurs désirant effectuer le grand tour à se hâter. Je ne m’arrête pas au ravitaillement, ce n’est pas le moment de réfléchir, il est 1h42 passé ! La barrière horaire est fixée à 1h45. Au delà pas de grand format !
Les organisateurs annoncent mon dossard … le 14 … C’est parti pour le grand tour avec plus de 5h00 de course en prévision !
J’ai l’impression d’être dans les derniers malades à avoir choisi le grand format.

Petite digression alimentaire …
J’oubliais … en lecteur attentif vous avez dû noter que dans ma hâte de répondre à l’appel irrésistible du grand format j’ai totalement zappé le premier ravitaillement. Qu’à cela ne tienne, après avoir tenté le diable avec mes Trabuco toutes neuves j’ai le plaisir de pouvoir tester ce jour en grandeur nature toute une variété d’amuse-gueule spécial coureur …

Un mélange détonnant prêt à pourrir le plus solide des estomacs … le mien a bien résisté je suis/dois être une vraie carne.

J’ai donc résisté aux gels parfum citron sans grand mérite il est vrai car déjà testé à plusieurs reprises. J’ai eu beaucoup plus de mal avec le gel gout cacahouète. Non, vraiment trop éloigné de l’idée que j’ai d’un apéritif réussi. Un petit nouveau au parfum menthe m’a agréablement surpris … souvenir lointain où j’ai inhalé la fumée de ma première et peut-être unique cigarette menthol. Une mention spéciale au gel guarana qui à la seule lecture de la liste des ingrédients fait entrevoir une grande richesse dans sa palette de sensation stomacale. Je pense en particulier aux extraits d’huitre riche en taurine à l’arôme fraise … 😛

Non vraiment, ce genre d’alimentation est à réserver à des épreuves plus courtes ou aux situations d’urgence … J’ai quand même eu la sagesse de prendre des barres de pâte d’amande parce que je les avais bien supportées sur la SaintéLyon. Je pense qu’il faudra pouvoir varier les plaisirs sur plus long sous peine d’arriver rapidement à saturation …

Les joies du grand format …
En attendant je poursuis mon petit bonhomme de chemin dans une bonne descente piégeuse où les pierres sont recouvertes de feuilles humides. Il faut descendre dans le vallon avant de remonter par une alternance sympathique de chemin/escalier sur les hauteurs de Poleymieux.
J’entends deux coureurs papoter derrière moi. L’un deux a fini la SaintéLyon en 6h30 … Nous n’avons pas le même niveau de toute évidence et ils ne resteront pas longtemps derrière …

Il n’y a vraiment pas foule. Pendant un bon moment, je ne vois d’ailleurs plus personne devant moi et seulement un petit groupe de coureurs loin derrière. Je suis même obligé de faire attention à l’itinéraire … J’essaye de ne pas trainer. J’ai peur de me faire passer et de me retrouver dernier … merde j’ai envie de gouter aux pâtes à l’arrivée … 🙁
A la Croix Rampau, j’aperçois même plus d’adeptes du VTT que de trailers … J’imagine la réflexion … « Tiens il refait deux fois la boucle celui-là ».

Je finis quand même par me retrouver dans un groupe de coureurs à faire le yoyo … Je suis épaté par une des coureuses. Dans chaque montée, je fais l’effort pour creuser l’écart avec succès, je le maintiens même sur les portions les moins pentues, mais dès que ça descend, je finis par entendre ses pas se rapprocher et elle me dépose tranquillement … merde. Il faut dire que dès que j’allonge la foulée j’ai l’impression que mes quadriceps vont exploser. Ce ne sont pas des crampes, plutôt une grosse sensation de brulure, très semblable à ce que j’ai déjà ressenti lors de grosses séances de VTT, après avoir cumulé trop de grimpettes en force. Je me retiens inconsciemment pour me protéger de cette sensation douloureuse et je suis loin d’avoir le relâchement nécessaire pour bien appréhender les descentes.

Il est quand même bien hard ce parcours. Mémorable la grimpette après la traversée du ruisseau. C’est plus de l’alternance marche/course, maintenant c’est du rampé/marché … C’est fout comme on se fend bien la gueule dans la difficulté … on serait presque là à éclater de rire en se regardant se hisser péniblement une jambe après l’autre.

La partie du parcours la moins ludique à mes yeux a été la portion à peu près plate longeant les vignes au dessus de Chasselais. J’ai vraiment du mal à relancer la machine. Je marche même sur le plat. Ce n’est plus du trail, pas même de la randonnée … comment peut-on aller si lentement ?! Et puis l’instant d’après la fatigue passe et on se retrouve à courir, à dépasser même un autre coureur …

Le second ravitaillement …
J’arrive enfin au second ravitaillement. Je vais littéralement me goinfrer … Je suis resté une dizaine de minutes à mélanger joyeusement vache qui rit et coca cola, cake au fruit et tuc et à plusieurs reprises de délicieuses pâte de fruits. Sacré mélange. Je pense à faire le plein du Camel. Il ne faut surtout pas tomber à sec pour ce genre de délire. Je ne suis pas trop pressé, il faut dire que le ravitaillement nous offre une magnifique perspective sur un tracé droit dans la pente qui traverse une pâture. C’est chouette le thème de cette année est l’agriculture … on est en plein dedans jusqu’au cou.

Dur les crampes …
Ils ne se sont pas trompés sur le profil de fin de course ! Tiens un petit coup de téou de ma moitié … « Tu es où ? » « Ben, je suis en train de cracher mes derniers boyaux … ça grimpe !»
Le parcours nous réservera encore quelques morceaux d’anthologie avec une descente au milieu d’un parcours de freeride, une bonne montée dans un champ de ronces mais la plus grande difficulté pour moi sera de franchir cette dernière grimpette permettant d’accéder au sommet du Mont Thou. Le problème c’est que je suis arrivé au pied de ce dernier mur avec deux magnifiques crampes au niveau des cuisses … manque de préparation évident. J’assume. Il me reste la marche en canard. Pas simple dans le dernier raidillon … Je suis comme un con au milieu de la pente à regarder le paysage.

Le Trail des Cabornis 2008
Ce n’est pas la grande forme. J’ai des crampes aux deux cuisses et il va quand même falloir atteindre le sommet du Mont Thou.

Je me retrouve à nouveau tout seul pour cette dernière partie du trajet. Chouette, une petite pluie fine, pas trop génant pour le bonhomme déjà bien rincé mais c’est pas vraiment génial côté terrain. Ben voilà mes chouettes chaussettes oranges toutes marrons. Elles auront été bien baptisées mes Trabuco.

Pas fâché d’arriver …
Ca y est, je suis dans Saint Romain, je traverse le terrain de sport, une petite ligne droite en descente , la ruelle à gauche et c’est l’arrivée en 4h59’36 ! C’est pas vrai ! Marie-Hélène a encore loupé mon magnifique finish ! En fait, à part l’organisateur et son capteur en forme de poële à frire il n’y a pas grand monde à l’arrivée … C’est ça d’arriver avec la pluie. Même pas eu le droit à une petite ola …

Je retrouve tout le monde dans la salle des fêtes. L’occasion de papoter et d’échanger nos impressions respectives … Après le départ de Biscotte et Oslo qui devaient partir, obligation familiale oblige, nous sommes retournés Taz et moi à la salle des fêtes pour profiter d’un bon repas de fin de course.

Le Trail des Cabornis 2008
Pas fâché d’être à l’arrivée. J’essaierai de faire mieux la prochaine fois.

Que demande le peuple ? Des amis, une course magnifique et un ventre bien rempli. Vivement la prochaine. Ce sera l’Ardéchois et ce sera plus long avec plus de dénivelé et cette fois j’aurais des cuisses en béton armé. 😛

Je tiens à tirer mon chapeau à Oslo pour sa performance. Pas si fainéant que çà ! Ca promet. Félicitation également aux autres membres du team lyonnais, Taz, Biscotte et Jean-Yves.

Lundi : Je ne me suis pas beaucoup reposé. Le quotidien m’a rattrapé comme après chaque course. J’ai commencé un petit bout de cr.

Mardi : Les courbatures sont toujours là et pas des moindres. Je pense que je vais allez dérouiller tranquillement tout cela mercredi.
Le cr est fini. Reste a préparer quelques photos pour l’agrémenter.

Récapitulatif :

4h59’36
1930m D+, 35.2km
Rang Gen. 163/193

Le Trail des Cabornis 2008
Cool, un bonnet en polaire fine …

Le site : Les Trail des Cabornis

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