Le Grand Duc 2008 où la chronique d’un échec …

Je suis au Pas du Loup. Il y a une pancarte au bout du sentier … et puis après il n’y a plus de sentier … enfin si mais ça ne ressemble plus vraiment à un sentier. C’est escarpé et … et il y a le vide à droite, je sais qu’il y a ce putain de vide à droite mais je ne regarde surtout pas … fichu vertige. Allez je serre les fesses et les bâtons dans la main droite et je m’accroche comme je peux. Manquerait plus que l’estomac recommence des siennes maintenant … Ca ferait un peu désordre.
Il n’y a personne pour regarder de toute façon, ça fait un bon moment que je suis tout seul.
Bon ça va, c’était moins long que prévu. J’ai passé cette première zone de neutralisation annoncée au briefing la veille.

La veille :

J’ai la chance de me faire héberger une fois de plus dans la famille de Taz. Un grand merci à ton oncle et ta tante pour leur accueil. Biscotte est des nôtres cette fois, pas de déménagement au programme comme ça avait été le cas pour l’Ardéchois. Nous sommes en train regarder la fin d’un match de rugby, enfin mes compères car je suis en train de piquer du nez … Il est grand temps de se coucher. D’après Biscotte, je m’endormirai comme une souche … La fin d’une journée bien remplie, trajet, briefing des organisateurs, retrait des dossards, installation dans notre petit nid douillet d’un soir et bien sûr l’incontournable pasta.

Un réveil difficile :

2h57 : J’émerge difficilement. J’ai bien dormi mais je n’aurais pas été contre une petite rallonge.
Ce n’est pas à l’ordre du jour. Il ne faut pas traîner, nous sommes à une petite demi-heure de Saint Laurent du Pont. Petit déjeuner, un minimum de toilette, de toute façons on va suer comme des gorets toute la journée, et je mets une touche finale aux préparations débutées la veille.
Hou là, ce n’est pas le top au niveau de l’estomac, j’ai la nausée. Vraiment pas le top du tout d’ailleurs, les toilettes sont occupées, il faut que je sorte illico de la maison … Bon ça passe avec l’air frais mais je suis un peu inquiet. J’oublie ce petit incident. Il est grand temps de plier bagage.

Parcours

La course :

5h07 : C’est parti et bien parti. Le parcours nous met tout de suite dans l’ambiance. Ils ne connaissent pas le mot « plat » ici, à peine l’expression « faux plat ». Ca monte, ça monte et ça monte et puis il faudra bien finir par redescendre. On ne voit pas grand chose dans les bois au début, c’est la pénombre, il est encore tôt et il faut faire attention où on pose les pieds. Mes deux compères n’ont pas mis longtemps à me semer. Rien d’anormal, c’était prévu. Pas la peine de se griller quand on part pour 80 bornes … mieux vaut courir à son allure.

J’ai un peu de mal à prendre le rythme avec les bâtons. Je ressens bien leur potentiel, cette économie d’énergie pour les cuisses mais je suis loin d’avoir les heures de vols requis pour en bénéficier pleinement. C’est vrai que j’ai dû être un peu casse couille à laisser parfois traîner mes bâtons en arrière comme ce charmant traileur me l’a fait remarquer à plusieurs reprises. Peut-être, certainement même, mais il faut bien commencer un jour et s’il est vrai que je tricote un peu avec mes bâtons, il est des personnes qui ont des progrès à faire côté tolérance. Purée, je n’oblige personne à me coller aux basques ! Il ne va pas me faire croire qu’il en est à 1 minute près ! C’est dommage que certains cadors du gosier oublient qu’ils ont été également débutants un jour. En gentil garçon bien élevé, je finis par laisser passer les plus pressés dès que le terrain le permet pour pouvoir tricoter à ma guise.


6h02

Pertuis :

Je m’arrête quelques minutes au premier ravitaillement. Ce n’est pas pour m’alimenter, je suis écoeuré, ballonné, mon pauvre ventre a vraiment décidé de faire des siennes, mais pour me pauser un peu. Ce n’est pas la grande forme. J’ai l’impression de ne pas avoir de jambes. Tout juste un peu de coton. Allez, il faut repartir, je ne suis pas près d’arriver à ce rythme. Il faut encore monter un peu avant d’arriver au Col d’Arpizon.

7h017h02

L’avantage d’être un peu vrac, c’est que l’on a tout le temps de contempler les paysages et ils sont fabuleux. Ils peuvent être fiers de leur région les locaux. Je suis en train de traverser des alpages. Je reprends un peu du poil de la bête, peut-être le contact avec nos amies les vaches. Elles n’ont rien à envier à leurs collègues citadines par ici. L’herbe est verte et l’absence de train est largement compensée par le passage des traileurs du Grand Duc.

Col de la Ruchère :

J’arrive au ravitaillement du Col de la Ruchère. J’absorbe la moitié d’un verre de coca et j’échange quelques mots avec les bénévoles du poste. C’est reparti pour une bonne grimpette en lacet que je fais en partie avec deux autres coureurs. Je suis obligé de les laisser passer au bout d’un moment. Je ne tiens décidément pas l’allure. Bizarre comme sensation. Je n’ai pas mal aux jambes, le cœur ne bat pas spécialement la chamade mais je suis désespérément mou, pas de peps, pas de vie …


7h21

Il n’y a plus personne derrière moi. Faut que je me fasse une raison, j’ai bien l’impression que je suis en train d’endosser le rôle du ramasse miette, de la voiture balai quoi. Ah si il y a une silhouette au loin qui finit par me rattraper, c’est un duo, mon premier, il y en aura pleins d’autres. Je me range sur le côté, l’observant béatement dans une imitation assez réussie de la vache locale. Il me dit bonjours et me demande si je suis un solo en essayant de voir mon dossard … il a dû avoir peur de pas être en tête le bougre. Ben oui mec je suis un solo et tu viens de me mettre une heure dans la vue … L’enfoiré, il l’a pas fais exprès mais il m’a cassé grave le moral … et que dire de mon pauvre ego. Je n’ai plus qu’à sortir les lunettes de soleil et à continuer incognito.

A peine la flèche disparue de mon champ de vision qu’une irrésistible envie de m’alléger me cloue sur place, je me penche en avant et rend à dame nature le peu d’aliments que mon estomac tentait d’assimiler.

7h377h37

Pas du loup :

Je suis au Pas du Loup. Il y a une pancarte au bout du sentier … et puis après il n’y a plus de sentier … enfin si mais ça ne ressemble plus vraiment à un sentier. C’est escarpé et … et il y a le vide à droite, je sais qu’il y a ce putain de vide à droite mais je ne regarde surtout pas … fichu vertige. Allez je serre les fesses et les bâtons dans la main droite et je m’accroche comme je peux. Manquerait plus que l’estomac recommence des siennes maintenant … Ca ferait un peu désordre.
Il n’y a personne pour regarder de toute façon, ça fait un bon moment que je suis tout seul.
Bon ça va, c’était moins long que prévu. J’ai passé cette première zone de neutralisation annoncée au briefing la veille.


7h40

Bovinant :

Bovinant, il y a quelques spectateurs au sommet. Ils me proposent de m’asseoir avec eux pour admirer le paysage … je suis à deux doigts de les prendre aux mots. Ca fait du bien de déconner un coup.

J’attaque la descente vers Saint Pierre d’Entremont. Je ne vais pas bien vite. Les rochers qui affleurent le sentier sont humides et rendent la descente un peu technique. Et puis j’ai régulièrement ces fichus spasmes. J’en ai mal aux muscles abdominaux.
Je m’arrête a nouveau pour attendre que ça passe. Je suis assis sur une vieille poutre en bois à proximité d’une grange. J’en profite pour me tartiner car le soleil commence à taper pas mal.
Quelques coureurs me demandent si je vais bien … que dire ? Oui, oui tout va bien …

9h109h11

St Pierre d’Entremont :

Je finis par arriver à St Pierre d’Entremont. Je passe au pointage et je vais m’asseoir au pied d’un monument au mort légèrement en surplomb. Il y a pas mal de monde au ravitaillement car c’est le lieu de passation du premier relais pour les équipes de cinq. Je fais le bilan de ses premiers 20km.
Ce n’est pas brillant. J’ai mal au bide. Si je continue je vais finir de me cramer pour au mieux être stoppé à Saint Pierre en Chartreuse. Dans ces conditions autant s’économiser, limiter les dégâts et repartir sur de bonnes bases pour la prochaine balade … Après avoir palabré avec moi-même pendant une bonne demi-heure je jette l’éponge. C’est con mais j’ai presque honte en rendant mon dossard.
Mer… Fais chier … c’est trop con. Une énorme frustration et le doute … Est-ce que j’aurais dû/pu continuer ?

L’attente :

Ce n’est pas le tout mais il va falloir que j’occupe ma journée … Première chose à faire : récupérer les clés de la voiture. Mes compères vont repasser ici dans quelques heures. Je n’ai plus qu’à attendre ! Au début le passage de relais m’occupe l’esprit mais après le temps s’allonge. Sieste, sieste et sieste. Trop chaud au soleil, des frissons à l’ombre … et un estomac qui me laisse respirer un peu depuis je me suis accordé le repos. Le premier solo arrive enfin vers 11h00. Il s’agit de rester vigilant maintenant, ce serait dommage de les louper. Il me faudra attendre encore deux bonnes heures pour voir se profiler en bas de la rue l’ami Biscotte suivi par Taz le Diable. Ce n’était pas la fraîcheur des grands jours pour ce dernier mais ils repartent côte à côte après un court arrêt.


13h11 Saint-Pierre d’Entremont. Biscotte suivi de Taz le Diable

J’ai les clés … Il ne me reste plus qu’à remettre en pratique mes anciennes pratiques d’auto-stoppeur pour retourner à Saint Laurent du Pont. Je n’ai pas eu longtemps à attendre. Les occupants du véhicule qui m’a pris en charge étaient plutôt compatissants avec mes petits soucis de coureur, l’un d’eux ayant lui-même abandonné.

A la rescousse de compère Taz :

Un passage dans les douches collectives du stade, des vêtements propres … je suis remis à neuf ou presque. Je m’apprête à débuter une petite visite paisible du centre ville quand compère Taz m’appelle à la rescousse. « Viens me chercher, j’en ai ma claque, je serai à Saint Pierre dans une heure environ. »
Situation identique mais changement de lieu, j’attends à nouveau … Biscotte sera le premier au ravitaillement. C’est la grande forme. Il est tout sourire Biscotte. Confiant. L’homme fort du jour qui maîtrise parfaitement sa course.


14h58 Saint-Pierre en Chartreuse. L’homme fort du jour

Bon ben on va de nouveau attendre … un peu, beaucoup, pas trop quand même.
Taz le diable arrive enfin. La forme est nettement moins bonne mais un petit passage dans les bras musclés d’une charmante kiné va me requinquer le gaillard. Il est d’attaque pour refaire le grand tour si il le faut … mais il est malheureusement un peu tard maintenant au niveau horaire pour espérer passer la barrière de Charman Som.
Il finit par abandonner … Bon on va enfin pouvoir se boire une petite mousse. Il y a une terrasse juste à côté du relais mais j’ai résisté en attendant mes compères. Ce n’aurait pas été humain pour eux de me voir attabler en train de siroter en compagnie d’une blonde bien fraîche. C’est chose possible maintenant avec l’ami Taz et Seb le Lyonnais un compagnon d’infortune du diablotin.

Le temps vire à l’orage et c’est sous des trombes d’eau que nous nous rendons à Saint Laurent du Pont. Pauvre Biscotte, il ne doit pas être à la fête en ce moment. Un nouveau cycle commence, douche, vêtement propre mais pour mon compère cette fois.

L’arrivée du héros :

C’est à nouveau l’attente, une attente plus agréable passée à papoter et à se restaurer avec le repas offert par les organisateurs. Je me suis contenté de l’entrée et d’un peu de riz histoire ne pas tenter le diable (non pas Taz, l’autre, faut suivre un peu !). Une des principales occupations du moment est de prévoir l’heure d’arrivée de Biscotte. Pas simple.
On décide d’aller l’attendre dans un chemin pentu en lacet qui surplombe l’arrivée et les toits de Saint Laurent du Pont. Les arrivées s’échelonnent dans le temps, un coureur, puis un autre, un solo, puis un relais avec à chaque fois une attente de quelques minutes entre chaque. Je guette le héros du jour pour la photo …
Ca y est il arrive, grand sourire … Vas-y profite à fond de ces quelques minutes intenses et savoureuses Biscotte … Tu l’as fait, tu l’as vaincu ce Grand Duc !

[google 8879820642285984589 Le Grand Duc]L’arrivée de Biscotte.

Epilogue :

Après s’être tapé un nouveau cycle, douches, vêtements propres, repas pour le troisième larron (la vie est un éternel recommencement) nous avons regagné tranquillement nos pénates Lyonnaises pour un repos bien mérité. Enfin bien mérité, ça reste à voir pour certains.
Pour ce qui est de mes déboires intestinaux, d’origine virale de toute évidence, ils sont en train de passer doucement. Une vraie plaie … J’en ai fait profiter ma fille, qui a dû manquer l’école, et un de mes collègue de travail qui a dû débuter ses congés d’été un peu plus tôt que prévu. Je suis navré.

Le bilan de ce week-end est forcément mitigé, j’ai eu beaucoup de plaisir à partager ces moments avec mes compères lyonnais, à redécouvrir une région magnifique mais quelle frustration de ne pas avoir pû exprimer toute mon envie de faire bien sur ce parcours … Je tourne la page.
On se reverra probablement un jour Grand Duc.

Récapitulatif :

Abandon
Environ 4h
D+ 1450m, D- 1200m
20km


Le t-shirt …

Le site : Le Grand Duc

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