Cette course a été l’occasion d’un long week-end passé en famille. Nous avons été invités Marie-Hélène, les filles et moi à Chamonix chez mon oncle et ma tante. Ma soeur a été également de la partie. J’en profite pour les remercier encore une fois pour leur accueil.

Mon oncle a construit deux mazots dans son jardin. Deux petites maisons de poupées bourrées de charme et malgré tout hyper fonctionnelles. Un paradis pour amateur de montagne.

Depuis le jardin, la vue est magnifique, à couper le souffle, on croirait presque toucher l’aiguille du midi. Le Mont-Blanc se détache sur un ciel limpide. Nous sommes sur le versant opposé au pied du Brévent. On se sent tout petit. En tout cas, on ne pouvait pas avoir de meilleures conditions météo. Ciel bleu immaculé, température idéale.

Pendant que j’ai crapahuté avec les autres frappés du galure autour du Massif, le reste de la famille en a profité pour visiter les quelques sites incontournables à grand renfort de téléphérique, télécabine, tramway et autre petits trains.

Jeudi 28 août 2008, J-1 :

Nous sommes arrivés en fin de matinée à Chamonix. Je découvre la vallée. Je n’en avais que de vagues souvenirs d’enfance. Après s’être installé et restauré, l’après-midi a été en grande partie consacrée au retrait des dossards. Nous sommes suffisamment près de Champ du Savoy pour nous rendre à pied à la remise des dossards. C’était le bon choix. La police municipale n’a pas été très cool. Aligner des files entières de voitures comme ce fut le cas n’était pas très fair-play. Certains véhicules ont même cumulés plusieurs amendes. Tout cela pour des interdictions de stationner qui n’ont de sens que l’hivers pour faciliter le déneigement. 0 tolérance, 0 pointé.

Il y a foule au salon. On commence par une longue file d’attente avant de se présenter aux différents points de la remise des dossards. « Vous faites le petit ? ». Le petit ! Ils me font marrer avec leur petit. Un peu de paperasse, le contrôle du matériel obligatoire, la pose de la puce électronique au poignet et je finis par obtenir le fameux sésame : un beau dossard CCC 2008 à mon nom.


16h08. Champ du Savoy – Ultra-Trail Show – Remise des dossards

Vendredi 29 août 2008, jour J :

6h30. Je me suis réveillé bien avant que l’alarme de mon portable sonne l’heure du lever. Un peu stressé le bonhomme, j’ai rêvé plusieurs fois que le réveil était sur le point de sonner cette nuit. Bref, j’ai eu un sommeil un peu agité. Après un petit déjeuner tout ce qu’il y a de classique (j’aurai largement le temps de le digérer d’ici le départ) je me prépare pour ce qui sera ma plus longue course de l’année, ma plus longue course tout court d’ailleurs.

7h20. Mon oncle a la gentillesse de me descendre dans le centre ville pour m’éviter des pas inutiles. J’en aurai bien assez au programme dans les heures qui suivent ! Première étape. Il s’agit de rallier en car notre point de départ à Courmayeur. L’organisation est vraiment au top. Ils sont allés jusqu’à organiser des départs échelonnés pour les navettes. Mon départ est prévu pour 8h15 avec un rendez-vous à 8h00. J’ai horreur d’être à la bourre mais là j’ai quand même vu un peu large … je n’ai plus qu’à patienter pendant une bonne demi-heure ! En fait, j’attendrai beaucoup moins longtemps. Je vois notre file d’attente s’ouvrir et laisser passer les gens au compte goutte … « une, deux, trois … encore une personne … une personne seule s’il vous plaît. » « Ben moi ! » Voilà, plus qu’à rejoindre le car.

Ou le hasard fait bien les choses :

C’est à ce moment que je vais rencontrer Line, une charmante féminine, vétéran 1 comme votre humble serviteur. Même profil néophyte en ultra, seule comme moi face aux 98 km à parcourir, aux 5549 mètres de D+ à gravir et à ces incertitudes de coureur au pied du mur. Un objectif identique : finir. De quoi alimenter la conversation jusqu’à Courmayeur.

Nous attendons le départ dans un café. Line m’a invité, je n’ai pas pris de monnaie avec moi. Pas très sérieux cette homme-là. Elle n’aura pas eu à sortir 1 euro, personne n’est venu nous demander de prendre commande. Le café s’est transformé en salle hors-sac pour nous. Ils ont pas trop la bosse du commerce en Italie. L’heure du départ approche, c’est le moment des derniers préparatifs, la crème solaire, les gants, la casquette, le superflu dans le sac coureur qui sera rapatrié à Chamonix et nous nous dirigeons vers le point de départ.

Le Départ :

Nous sommes assis sur des escaliers juste devant le sas de départ. Le nombre de traileurs au mètre carré augmente peu à peu. Le commentateur italien chauffe le public, il parle aussi vite qu’il bouge les mains. On sent qu’ils sont fiers de leur champion … Olmo par ci, Olmo par là, Olmo à toutes les sauces, un vrai cours de cuisine italienne. Bon ils ont bien raison, c’est un sacré bonhomme.

LineArthurbaldur

Nous avons le droit aux trois hymnes nationaux pour renforcer l’esprit international de la course puis c’est le moment du départ. On a bien dû avoir un petit briefing mais entre l’italien, l’anglais et le français harangué dans le haut-parleur nazillard j’en ai perdu un peu mon latin. J’aurais dû être un peu ému mais j’étais juste un peu inquiet pour la suite.

11h00. Nous partons en musique, du Vangelis a priori, d’abord en procession devant une Catherine Poletti rouge pivoine, aux anges dans son rôle de grande prêtresse organisatrice de l’Ultra Trail du Mont Blanc, puis sous l’arche de départ.


10h52. 8 minutes avant le lâché des fauves.

Courmayeur – Bertone

12.3 km – 830 D+ – 61 D-
2h31 – 1700ème

Bye Courmayeur, à l’année prochaine ! On trottine plus qu’on ne court. Il vaut mieux ne pas trop monter dans les tours, c’est d’ailleurs pour cela que nous sommes partis en queue de peloton. Le chemin est assez large pour que l’on aille chacun à son rythme. Nous longeons la route qui mène au tunnel du Mont Blanc puis nous nous dirigeons vers Planpincieux en direction du haut de la Vallée. Petite pause pipi de début de course. Ben oui, nous sommes encore bien hydraté à ce moment, même s’il commence à faire un peu chaud.


12h40. En direction du refuge de Bertone.

La première partie du trajet n’a pas été suffisante pour étirer le peloton. On se croirait sur l’A6 un week-end de retour de vacances. Le chemin s’est nettement rétréci et ça grimpe. Ca bouchonne ou plutôt ca s’apparente à la conduite en accordéon. On double un peu avec Line. On double mais pas comme des sauvages, avec du respect pour les autres coureurs, quand c’est possible sans les pousser quoi ! Il est vrai que certains sont assez facile à doubler … si tôt, c’est inquiétant pour eux.

Ah oui je suis toujours avec Line. Ce n’était pas spécialement prévu, juste un prolongement de notre rencontre, la conséquence logique d’une allure semblable. Et c’est bien tant mieux. Je commence à me dire que l’on va faire un bon bout de chemin ensemble.


13h28. Le refuge de Bertone.

Nous croisons une file de coureur qui s’éloigne en sens inverse derrière une rue balise. Ils partent du refuge de Bertone vers lequel nous nous dirigeons après une courte descente. C’est noir de monde. Nous rechargeons les poches à eau et c’est reparti. Pas la peine de s’attarder. Nous avons une Tête de la Tronche à gravir. C’est le point culminant du parcours, une forte tête qui nous nargue du haut de ses 2584m.


13h35. Après le refuge on grimpe de plus belle.

Bertone – Bonatti

21.8 km – 1573 D+ – 773 D-
4h49 – 1561ème


15h33. La Tête de la Tronche.

C’est une longue procession vers le sommet, un sommet qui paraît bien loin. Et puis Courmayeur ne semble pas s’être beaucoup éloigné … on tourne en rond. Ca ne me gêne pas, le moral est au beau fixe. On progresse quand même peu à peu, en grappillant toujours quelques places au passage. Il fait chaud, je me demande comment Line supporte ce soleil sans casquette. Ne pas oublier de s’hydrater, surtout pas. Bien penser à s’alimenter. J’extrais toutes les demi-heures de ma cuvée personnelle une barre de céréale, une pâte de fruit ou encore un gel et j’alterne la demi-heure suivante avec un cachet de sporténine. Pas de soucis d’alimentation. Je suis bien. Je me retiens pour ne pas trop forcer l’allure.


16h22. Descente vers le refuge de Bonatti.

Nous attaquons la longue descente vers le refuge de Bonatti. Voilà un petit crochet que ne connaîtront pas les concurrents du grand format. Grand bien leur fasse. Une bonne descente suivie quand même d’une petite grimpette d’un kilomètre pour rejoindre le refuge 100 m plus haut. Il y a toujours autant de monde. Une bénévole nous invite à la suivre un peu plus loin pour nous aider à remplir nos poches à eau. A moins de perdre un temps précieux, il vaut mieux ne compter que sur son ravitaillement personnel.


16h52. Le refuge de Bonatti.

Bonatti – Arnuva

26.2 km – 1669 D+ – 347 D-
5h52 – 1421ème

Bien sympathique cette descente sur Arnuva surtout les quelques lacets vers la fin. Toujours la pêche Arthur. Au ravitaillement, je refais le plein des poches latérales de mon sac à partir de ma réserve principale. C’est que ça en fait des cochonneries sucrées à transporter pour ne pas tomber en rade côté énergie.

Arnuva – Grand Col Ferret

30.7 km – 2437 D+ – 1120 D-
7h25 – 1359ème

Le Grand Col Ferret, il a marqué les esprits de pas mal de traileurs enfin c’est ce qui ressort souvent des récits de course que j’ai lus. En tout cas, la couleur est annoncée dès le départ, c’est long et c’est haut, on devine la tâche jaune de la tente North Face installée au sommet du col. J’ai bien dit on devine parce que c’est vraiment loin ! Il nous aura fallu quand même une bonne heure et demie pour en venir à bout. C’est pas les grosses chaleurs en haut du col. Plutôt venté. Pas un coin où il faut traîner.

Il me viendra des idées saugrenues pendant cette grimpette. J’ai le malheur de penser au nombre d’heures qui me séparent de mon lit. Voyons, encore une SaintéLyon et demie ou trois rando course à la dent de Vaulion ou argh !!! Stop faut que j’arrête ! Penser uniquement au prochain ravitaillement. C’est terrible mentalement de se dire qu’il reste une nuit complète devant soi quand on a déjà crapahuté plus de 8 heures !
Et puis j’ai eu un peu peur. J’ai senti mon quadriceps se durcir un moment comme si la crampe n’était pas loin puis plus rien.

Grand Col Ferret – La Fouly

40.1 km – 2467 D+ – 2094 D-
8h57 – 1273ème


19h55. L’alpage de la Peule.

Elle est longue cette descente. C’est interminable. Avec Line on alterne des périodes de course, enfin de petit footing et de marche. Méthode Cyrano à la mode Arthur, pas de répartition course/marche élaborée, tout au feeling. Qui commande ? La tête, je cours. Les jambes, je marche. L’inverse fonctionne aussi, tout est une question de moral et de forme des guiboles.
J’ai envie d’un verre de coca. J’arrive au ravitaillement de la Peule … qui n’est pas un ravitaillement … juste un poste de secours, le chemin fait un crochet devant. Purée, j’aurais bien pris un moment pour m’arrêter. Tant pis. Descendre, encore descendre pour enfin rejoindre la route de Ferret et rentrer dans la Fouly. Une petite portion de bitume où Line me pousse un peu à augmenter la cadence. Mes jambes étaient plus enclines à flemmarder.


20h12. Descente en direction de la Fouly.

La Fouly : Un bon gros ravitaillement et un chouette lieu de perdition pour coureur fatigué. Après l’espace de ravitaillement à proprement parler, il y a une petite terrasse avec quelques tables. Celles-ci sont déjà bien chargées des déchets des coureurs qui nous ont précédés. Il y avait des pâtes avec du fromage mais j’ai eu peur que mon estomac ne s’en remette pas. J’ai donc opté pour le bouillon aux vermicelles. Une révélation ! Je n’aurai qu’une hâte désormais, atteindre le prochain point délivrant cette manne tant désirée. Facile à avaler, un savoureux goût salé, j’ai bien dit savoureux, pas un truc salé infâme comme les gels apéritif cacahuète, l’aliment idéal pour l’ultra fondeur.
Il y a quelques coureurs hagards à terre adossés contre la balustrade. Le plus proche de nous a des soucis d’alimentation. Je l’encourage avec Line à attendre que ça passe pour reprendre sa route, à ne pas baisser les bras mais on sent bien au fond de lui que sa décision d’abandonner est déjà prise. Il commence à faire froid, j’ai profité de ce petit moment de coaching pour coureur en dérive pour enfiler mes manchons de cycliste. Malgré le fait que je sois resté debout pendant toute la durée au ravitaillement (tu t’assois, t’es mort …) j’ai les jambes qui se raidissent un peu.
Il est grand temps de continuer. Perpétuelle fuite en avant qui nous rapproche de l’heure de la douche.

La Fouly – Champex Lac

54.7 km – 3000 D+ – 2743 D-
11h29 – 1074ème

Je m’imaginais dérouler tranquillement en descente jusqu’à Champex. Mes souvenirs du profil de la course sont plus qu’imprécis. Heureusement qu’il y a Line pour me rafraîchir un peu la mémoire. En fait la descente se poursuit jusqu’au village d’Issert puis c’est la montée vers Champex. J’ai des petits cailloux plein les chaussures. J’attendrais Champex. J’ai vraiment la flemme de m’arrêter maintenant. Il faudrait que je me décide à valider l’utilisation des mini-guêtres à l’entraînement.
On commence à ne plus voir grand chose. Il y a bien quelques étoiles pour éclairer d’un lueur blafarde notre chemin mais c’est une nuit sans lune. Line trébuche sur une racine. Il est grand temps de sortir les frontales. Le pied. Je retrouve les sensations appréciées sur la SaintéLyon. Le ballet des frontales, c’est magique. Enfin, là il n’y a guère que quelques lucioles. Depuis le ravitaillement de la Fouly, il y a beaucoup moins de monde. Finies les longues files ininterrompues de centaines de coureurs. On se retrouve par petits groupes espacés voire même parfois seul comme lorsque nous avons sorti nos frontales du sac.

Nous arrivons enfin au plus gros ravitaillement, la base de vie de Champex sous les applaudissements. Ces quelques marques d’attention rencontrés tout au long du parcours sont un immense réconfort. On se sent porter par ces visages anonymes qui vous encourage en vous appelant par votre prénom. Quelle bonne idée d’indiquer le prénom sur les dossards.


23h38. La base de vie de Champex.

Nous entrons dans une tente immense, une vraie fourmilière. Il y a le ravitaillement classique en eau, boissons énergétiques et puis la banque de distribution pour un vrais repas chaud. Difficile de trouver une place. Nous trouvons quand même notre bonheur au fond de la tente. J’ai une petite appréhension en m’asseyant à la table. J’ai peur que ce ne soit pas idéal pour mes pauvres muscles.
Tant pis, je veux absolument profiter de ce bout de paradis, un banc.

Le bouillon de vermicelles est bien sûr au menu mais le yaourt aux fruits et la compote de pommes ont été également bien accueillis. Pas de pâtes par contre, trop dur pour l’estomac. J’ai dit, il me semble, que je n’avais pas eu de soucis d’alimentation pendant cette course. C’est vrai, je n’ai pas vomi, pas eu de douleurs ni de crampes. Ce n’est pas pour autant tout rose. L’écoeurement au sucré est bien présent et je serais incapable d’avaler un repas normal sans que mon estomac proteste énergiquement. Pour vous dire, nous avons mangé un yaourt à trois avec Line et un autre coureur qui hésitait face à son envie de laitage. On ne peut pas dire que l’appétit soit en rapport avec les efforts consentis depuis le départ.

Après le repas, nous profitons d’un espace de repos protégé du tumulte ambiant pour nous changer et passer en mode nocturne. Je passe une micro polaire. Pas de problème de dossard à changer de place, j’ai décidé d’enfiler le t-shirt par dessus. T’as le look coco … J’enfile le bonnet en feutrine de la SaintéLyon 2006, je change de gants. Voilà pour le haut. Je vide enfin les petits cailloux récoltés tout au long du chemin. Ils commençaient vraiment à me gêner. J’en profite également pour changer de chaussettes. C’est pas du luxe, bonjour le fumet ! Elles ont pris une bonne claque mes belles chaussettes orange. Dur dur d’être membre du GCO. On en profite également pour faire une pause pipi. Il y a tout une rangée de wc de chantier dehors et même des douches. Bon pour les douches on attendra, je fais pas spécialement attention aux barrières horaires mais elles existent bien et doivent être douloureuses à vivre pour les retardataires.

Champex Lac – Bovine

64 km – 3704 D+ – 2937 D-
14h19 – 982ème

J’attaque Bovine comme les montées précédentes, en confiance, Line dans mes pas. La montée n’est pas si terrible. Certes le terrain est un peu plus technique mais il a l’avantage d’être ludique.
Le seul problème c’est que je n’avance pas. Je me traîne et je prends conscience peu à peu que je suis en train de subir un gros coup de mou. Line choisit de relancer à ce moment. Elle passe devant et prend les choses en main. Elle me dira plus tard qu’elle a particulièrement aimé cette montée qui lui rappellent ses terrains d’entraînement. J’essaie de m’accrocher. Elle passe un coureur. Je le passe aussi. Un autre. Je n’y arrive pas. Bon sang mais qu’est-ce qu’elle grimpe vite ! Encore un autre. J’explose en plein vol, le moral au ras des chaussettes. Vite un gel. J’ai oublié pendant un moment de m’alimenter. Ca ne pardonne pas. Je ne suis pas à sec mais c’est limite. Je m’accroche quand même et on continue à grappiller quelques places malgré tout.
Je reprends du poil de la bête peu à peu mais un autre problème commence à prendre le dessus. J’ai mal au pied droit. Ce ne peut pas être un simple échauffement ni même les conséquences des petits cailloux. Les chaussettes que j’ai enfilé au ravitaillement me font l’effet d’une râpe à fromage. Ca sent l’ampoule à plein nez.

On s’arrête au ravitaillement. Je constate les dégâts. Gagné, une ampoule de taille plus que respectable qui prend ses aises de la base des orteils jusqu’à recouvrir une partie de l’appui de l’avant pied. Je tente de mettre un pansement double peau pour limiter l’échauffement mais il faudrait percer l’ampoule avant et je n’ai rien sous la main. Ca caille par ici et le bénévole est un peu nerveux avec des histoires de bouteille en plastique qu’il ne faut pas prendre, ne pas utiliser ici ou rendre là, je ne sais plus. J’avoue que ça me passe un peu au-dessus. Je pense très fort à mon pied, alors ses bouteilles en plastique je m’en cogne … Il faut repartir.

[google -8616487765888100384]Il y a une petite séquence vidéo dédicacée à WildInTheWoods. J’ai constaté après coup que la Tête de la Tronche n’était pas au programme du grand format. Je pensais envoyé la séquence en MMS à David mais j’ai abandonné, difficile de tout faire en même temps ! J’étais quand même là pour courir.

Bovine – Trient

70.1 km – 3778 D+ – 3698 D-
15h54 – 951ème

Pas terrible le pansement. Il aurait vraiment fallu percer l’ampoule. L’épaisseur supplémentaire augmente la pression sur la cloque ce qui ne manque pas d’augmenter la douleur. Quel con. Pourquoi je n’ai pas mis de Nok au pied vendredi matin, je suis sur que j’aurais pu éviter cette galère.

Nous sommes enfin dans Trient. Un peu avant le ravitaillement j’aperçois de la lumière dans une salle au passage sur ma gauche. Hé, une salle de soin ! Je me renseigne. Il y a des podologues, des masseurs. Je suis pris en charge, ils sont tous au petit soin. C’est bon de se laisser faire. Je resterai allongé pendant près de 20 minutes à me faire bichonner. Soin de la plaie, bombe de froid pour refroidir les petons et un bon tartinage de nok. Bon faut pas se leurrer, malgré les soins, j’ai eu mal jusqu’à l’arrivée, plus ou moins suivant les moments mais mal quand même. Mais j’ai pu continuer et c’est bien le plus important. Je te remercie du fond du coeur pour ta patience Line. Ah ces bonshommes, c’est pas bien solide tout ça.

[youtube yDYgmk6FXZ4]Notre arrivée à Chamonix filmée par The Master : WildInTheWoods.

Trient – Catogne

75 km – 4556 D+ – 3765 D-

17h56 – 940ème

Catogne ? Heu, Catogne ! Bon, ben je ne sais plus vraiment ce qui s’est passé par là-bas. Pas évident de se rappeler en détail la totalité d’une course de 98 bornes surtout quand on découvre le terrain ! J’ai des bouts de souvenir qui me reviennent par flash mais pour recoller les morceaux c’est une autre paire de manche ! J’espère que vous serez indulgent. Il doit bien y avoir quelques erreurs de localisation ou même de classement dans la suite des évènements.

Catogne – Vallorcine

80.5 km – 4566 D+ – 4526 D-
19h16 – 931ème

Le coureur que je suivais s’est un peu gaufré en choisissant entre deux traces. Le temps d’une hésitation et c’est tout un groupe de coureur qui me passe devant. Line est dans le groupe. J’essaye de l’apercevoir dans la pénombre mais je n’y vois rien malgré la frontale. Merde, elle est où ? J’ai perdu de vue Line. J’essaye de la distinguer parmi les coureurs, de reconnaître sa silhouette, son sac … J’accélère mon allure pour tenter de la rejoindre. J’essaye de doubler un peu mais le terrain est casse gueule, technique, glissant … C’est plusieurs fois limite pour mon arrière train. Bon elle a dû en avoir marre de se traîner, elle veut aller à son rythme, c’est normal, je ne peux pas lui en vouloir.
Je me retourne un moment et Line est là, juste derrière moi … Quel âne, dire que je me forçais à accélérer. Je suis rassuré. On ne parle pas beaucoup avec Line mais on se serre les coudes. Ca fait du bien de savoir que l’on peut compter sur quelqu’un qui va vous attendre et vous encourager en cas de moins bien. Je n’aurais pas aimé perdre cela.

Vallorcine – La tête aux vents

87.9 km – 5441 D+ – 4531 D-
21h47 – 891ème

Je suis absolument certain désormais d’arriver à Chamonix. Ce n’est qu’une formalité cette dernière montée. J’attaque le col des Montets d’un pas rapide. J’ai la pêche. Un petit bout de bitume et c’est la grimpée à la Tête au Vent. J’ai un peu sous-estimé la difficulté, enfin beaucoup. Enfoncé Bovine, peanuts, que dalle, le nouvel eldorado pour traileur en mal d’effort velu c’est ici, à la Tête au Vent. Tout en single étroit, du lacet tortueux à souhait, des marches naturelles pour basketteur, des escaliers gonflés à la testostérone et le soleil qui s’invite à la fête. Il est grand temps de s’alléger et de repasser en mode diurne côté tenue avant de prendre un coup de chaud.

La tête aux vents – La Flégères

91.4 km – 5549 D+ – 4892 D-
22h38 – 889ème

Dernier ravitaillement en eau. Un bénévole nous annonce qu’il faut compter une heure 30 pour la descente. Et il a bien raison cet homme-là même si j’ai quelques doutes à ce moment. On nous a annoncé la même chose un peu plus tôt.

La Flégères – Chamonix

98.3 km – 5549 D+ – 5734 D-
24h08 – 903ème

La descente est interminable. On voit Chamonix de haut et on a l’impression d’être toujours à la même hauteur. Je trottinerais bien un peu, les jambes vont bien mais j’ai vraiment mal au pied gauche et puis c’est pas la grande forme pour Line. J’ai vraiment envie d’arriver maintenant.

On se fait un peu doubler mais pas trop malgré le fait que l’on soit passés en mode marche. Les autres coureurs doivent être dans un état semblable pour la plupart.


11h10. Ca y est. Je suis Finisher CCC 2008.

On arrive dans Chamonix. Nos pieds foulent désormais le bitume. On se remet à courir côte à côte avec Line. On veut arriver la tête haute, en coureur. On double quelques concurrents le long de la promenade de la Fory. On entend la sono de l’arrivée. Les spectateurs applaudissent à notre passage.
Hé, mais c’est WildInTheWoods, il court devant en nous filmant. « Alors c’était comment ? » « C’était dur. » « Et puis ? » « C’était long » « c’est tout ? » « Non, c’était bon ! ».
Je suis rejoint par mes trois filles, elles courent à mes côtés. On remonte la rue en direction de la Place de l’église. Tout en courant, je fais un bond en hauteur en levant mes bâtons pour faire le spectacle. Ca c’est de l’arrivée qui décoiffe. Grosse émotion. Je l’ai fait.

Je suis finisher.

J’en ai presque les larmes aux yeux et je ne suis pas le seul … On l’a bien mérité notre polaire North Face !


11h32. WildInTheWoods, Line et Arthurbaldur.

L’après :

Nous sommes rentrés au chalet de mon oncle pour nous restaurer. WildInTheWoods est avec nous. Je suis content de pouvoir partager ce moment avec lui. Ce sera un peu court par ma faute. Je suis incapable de lutter contre le sommeil. J’ai beau essayer, mes paupière se ferment toutes seules !
Je vais m’effondrer et dormir comme une souche toute l’après-midi. Je n’ai même pas pris de douche ! La douche ce sera au réveil avant de partir chez ma cousine pour faire trempette dans son Jacuzzi.
Jamais je n’ai été autant vidé de mes forces qu’en sortant de celui-ci. Plus aucune force mais plus de courbature non plus. Une merveille. Ce petit intermède redynamisant m’aura permis de reprendre du poil de la bête et de profiter d’un apéritif sympathique en famille. On ne va quand même pas se laisser abattre par quelques heures de crapahute !!!


13h30. Physiquement je suis littéralement cloué au banc mais côté tête je nage dans le bonheur …

Déjà une semaine de passée. Je suis agréablement surpris. Je récupère vraiment bien de ce long périple. Pas de courbatures. Pas d’impression de fatique. Juste cette ampoule qui se guérit peu à peu.
Quand c’est qu’on repart ?

Merci, ma Douce pour ta patience. J’ai bien conscience de ne pas être toujours aussi disponible qu’il le faudrait. Il faut du temps pour préparer un ultra ! Entraînements qui s’allongent, compétitions sans fin et puis il y a ce blog, le forum Athlète Endurance … Passion dévorante, dire que c’est toi qui m’a envoyé courir ! 😉

Merci, Line de m’avoir tenu compagnie tout le long de ce périple. Le hasard fait vraiment bien les choses ! Je compte sur toi pour une balade nocturne dans les monts du Lyonnais cette fin d’année … A bientôt.

Merci à tous mes proches, copains, copines pour vos coups de fils, vos sms, vos messages d’encouragements et de félicitations, ca fait vraiment chaud au coeur …

Merci à tous les bénévoles pour leurs sourires et leur gentillesse.

Bon allez, j’arrête le patos, manquerait plus que je verse ma p’tite larme comme à l’arrivée … 😆

Quelques photos de notre séjour à Chamonix à l’occasion de la CCC 2008.

Récapitulatif :

Temps : 24h08
D+ 5549m, D- 5734m
Distance : 98.3km
Classement scratch : 902 / 1315 arrivants / 2032 partants
Classement V1H : 324 / 445


La polaire finisher et le t-shirt offert à l’ensemble des participants.

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