La préparation du matériel pour un ultra-trail tel que l’UTMB ou la CCC requiert une attention plus importante que pour des formats de course plus courts. La durée de la course, l’environnement montagnard font que le matériel est un facteur non négligeable pour la réussite de son objectif.

Le parcours est effectué en partie de jour mais également de nuit. Les conditions météorologiques peuvent se dégrader très rapidement et varier d’un versant à un autre. La température ressentie peut chuter brusquement au passage d’un col venté ou progressivement à l’approche de la nuit. L’équipement rendu obligatoire par le règlement y trouve toute sa justification. Il faut donc pouvoir se protéger du froid, de l’humidité, du vent mais également du soleil.

Si l’aspect sécurité est incontournable, le confort et l’ergonomie le sont tout autant pour ne pas gaspiller son influx nerveux dans des efforts inutiles. Votre réserve alimentaire sera-t-elle à portée de main ? Où allez vous mettre vos déchets ? Autant de petits détails qui peuvent vous pourrir la vie à défaut d’être une cause d’abandon.

J’ai bien sûr testé et validé ce matériel lors des sorties longues et des rando-courses effectuées à l’entraînement. C’est indispensable mais ce n’est absolument pas une garantie contre les mauvaises surprises. Un élément validé sur une sortie de 6 heures peut s’avérer défaillant sur 24 heures … Mes guiboles ont passé le baptême du feu de l’ultra-trail avec succès. Voyons ce qu’il en est côté matériel …


Derniers préparatifs la veille de la course …

Sur le bonhomme :

Sur la liste du matériel obligatoire, la casquette, un élément de confort et de sécurité. Indispensable à moins d’être un habitué du cagnard sans pitié que l’on peut trouver en montagne. Et encore, gare aux insolations. Veiller à ce qu’elle tienne bien sur votre tête, les cols sont généralement venté. C’est vite lassant de devoir lever la main au niveau de la tête pour maintenir en place un couvre-chef récalcitrant ou d’être obligé de redescendre précipitamment d’une centaine de mètres parce qu’il s’est fait la malle. Prenez une vraie casquette, pas un truc publicitaire avec une visière cartonnée. C’est sympa de pouvoir la mouiller aux points d’eau pour se rafraîchir. C’est un bon moyen pour éviter les coups de chaleur.

J’ai trouvé le maillot idéal. Il couvre bien la base du cou. La fermeture zippée permet de moduler l’ouverture suivant la température. La coupe près du corps sans être moulante est adaptée au port du sac à dos. J’ai fait l’expérience d’un maillot classique trop large qui se vrille au fil des kilomètres et ne vous protège qu’en partie des bretelles du sac. C’est particulièrement désagréable. Seul petit bémol, le tissu est un peu fragile et laisse apparaître quelques traces d’usure après avoir été au contact de la végétation.

Ma montre Polar s625x était du voyage mais comme simple montre. Je n’ai pas utilisé le capteur de fréquence cardiaque ni l’accéléromètre. J’ai quand même bien apprécié l’altimètre.

Pour le confort de mes mains délicates d’informaticien peu habituées à manier l’outil, j’ai opté pour des gants de VTT avec les doigts coupés. Ils offrent une bonne protection de la main sauf au niveau du pouce qui a tendance à frotter sur les dragonnes des bâtons. Malgré cela, je n’ai pas eu à m’en plaindre.

Ne soyez pas négligent dans le choix du sous-vêtement. Je pense que les modèles de type boxer offrent un excellent maintient dans la mesure où vous ne prenez pas un article trop bas en gamme. Sur les modèles premier prix, le tissus a tendance à perdre rapidement son élasticité et manque quelque peu de tenue à la longue. Je pense que le slip est à proscrire du fait du risque d’irritation à l’entre cuisse. Attention aux coutures mal placées.
Je ne pense pas que l’option « sans » soit envisageable. Ce qui est évident avec un cuissard de vélo ne me semble pas transposable avec un collant ou un corsaire. C’est quand même un peut trop moulant. 😕

Côté guibole, j’avais peur de souffrir un peu de la chaleur avec le corsaire et les manchons. Ca n’a pas été le cas même durant les heures les plus chaudes.

Difficile d’affirmer que les manchons booster sont réellement efficaces. Je n’ai pas eu de crampes aux mollets, les sensations ont même été plutôt bonnes compte tenu du temps d’effort. Ce qui est certain c’est que le maintien musculaire qu’apportent les manchons me convient parfaitement. Je ne peux que vous conseiller de les essayer et de vous faire votre propre opinion.

Les chaussettes Run 800 offrent un niveau de technicité suffisant pour garantir une bonne tenue au pied. Les fils en Profilen sont sensés réduire les frottements générateur d’ampoule. Il faut croire que ce n’est pas suffisant. Elles ont quand même un atout indéniable pour un membre du GCO … leur couleur ! 😉

J’ai opté pour des chaussures mixtes (bon de toute façon, je n’ai pas le budget pour acheter une paire de chaussures spécifiques à chaque compétition). Un bon amortis, une semelle suffisamment protectrice sans être trop rigide et une bonne accroche pour ne pas se retrouver les quatre fers en l’air. Les Asics Trabucco répondent bien à ce cahier des charges.

Pendant ce temps, ma petite famille prépare son excursion du lendemain pour l’aiguille du midi.

Pour la partie nocturne où s’il fait froid :

Compte tenu d’une météo clémente, je n’ai pas souffert du froid mais j’avoue avoir quand même bien supporté le bonnet et la micro polaire. Il ne doit pas faire bon s’arrêter trop longtemps par mauvais temps la nuit … en cas de blessure par exemple. Dans ce cas, la veste ne doit pas être de trop et on doit apprécier à sa juste mesure le caractère obligatoire de la couverture de survie.

J’avais pris des manchettes de cyclistes. Cela permet d’avoir une solution intermédiaire entre la micro polaire et le t-shirt manche courte et d’éviter de se changer complètement pour enfiler un t-shirt manche longue. Il est facile de les replier plus ou moins suivant l’effort et la chaleur ressentie. Du fait d’une météo particulièrement clémente, je ne les ai pas beaucoup utilisés. Je les ai enfilés au ravitaillement de la Fouly et remis dans le sac lors de mon passage en mode nocturne à Champex soit une utilisation d’environ 2h30. Je pense que j’aurais pu m’en passer. Je les avais particulièrement appréciés par contre lors ma dernière rando course à la dent de Vaulion.

J’ai hésité entre mes gants de VTT (prévus pour une température de 5°) et des gants de soie. J’avais peur que mes mains aient tendance à glisser à l’intérieur des gants de soie en utilisant les bâtons et que ce frottement provoque une ampoule à la longue ou du moins une gêne.
J’ai opté finalement pour les gants de VTT. Ces gants sont conçus pour saisir un guidon, la main est bien protégée et le grip est excellent. L’inconvénient est qu’ils sont un peu chauds et que leur épaisseur n’est vraiment pas adapté à la minutie requise pour l’ouverture d’un emballage de gel ! La bonne idée est d’aller visiter le rayon ski de fond de votre magasin de sport.

Côté lumière :

  • Lampe Petzl Myo XP
  • Lampe Petzl Tikka Plus

J’ai la chance d’avoir une Myo XP, la rolls des frontales. C’est vrai que ce n’est pas le modèle le plus léger mais quel puissance d’éclairage ! Ma pauvre Tikka Plus est bien faiblarde à côté. Il existe un modèle avec un boîtier d’alimentation déporté à placer dans le sac à dos. C’est nettement plus léger pour votre tête mais ce doit être pénible à gérer lorsqu’on enlève le sac. Personnellement, je ne trouve pas que son poids soit pénalisant.
L’autonomie est largement suffisante. Je n’ai donc pas eu besoin des piles de rechange.
Je n’ai pas utilisé la lampe de secours mais celle-ci peut avoir de l’intérêt en cas de brouillard. En la tenant à la main ou à la ceinture, on bénéficiera d’un éclairage rasant qui permettra de diminuer un effet de mur désagréable.

Les batons sont indispensables :

Il n’y a pas à hésiter, les bâtons sont indispensables. L’aide procurée est indéniable. Ils soulagent les muscles des jambes mais également le dos en vous donnant la possibilité d’être moins voûté dans les montées. Dans les descentes techniques ils offrent un appui supplémentaire pour passer les barres rocheuses, escaliers …
Il n’est pas nécessaire d’avoir des bâtons pliables ou du moins d’avoir des trois brins. Je ne les ai pas pliés une seule fois. Mieux vaut privilégier le poids. Dans les portions courues, je me suis contenté de les porter à la main, pointe en avant. Ils ne constituent en aucun cas une gêne et se font oublier totalement.
Personnellement, je les règle à une taille de 125cm (je mesure 182cm). Avec l’habitude et si la musculature suit, j’augmenterai un peu leur longueur. Aux alentours de 130cm. Au-delà, ce ne serait pas rendre service à mes pauvres bras !
Je pense qu’il faut supprimer la rondelle ou le panier qui ont tendance à se coincer dans les rochers. Le risque est de plier le bâton et de se faire plus ou moins mal aux bras.
C’est pour cette raison qu’il est vivement conseillé de ne pas passer les dragonnes des bâtons lors des descentes.

L’aiguille du midi. Sympa la vue !

Côté sac :

  • Sac Diosaz Raid 17 avec sifflet
  • Mini poubelle en filet (offerte lors de la remise des dossards)
  • Plan du parcours plastifié
  • Sacs étanches (type sac de congélation)
  • Piles de rechange pour chacune des lampes
  • Carte d’identité
  • Téléphone portable Nokia N70
  • Mouchoirs en papier
  • Couverture de survie
  • Bande adhésive élastique pour faire des strappings (3 cm de largeur)
  • Comprimés Ibuprofène
  • Comprimés Spasfon
  • Pansement double peau Compeed
  • Crème Akileïne NOK anti-frottements
  • Arnica 9ch
  • Réserve alimentaire

Je ne pense pas qu’il soit judicieux de choisir un sac trop limité en volume même si l’aspect poids ne doit pas être oublié. Ranger vos petites affaires dans votre sac après vous être changé à la base de vie de Champex ne doit pas se transformer en casse tête. Avec une petite marge de volume, le remplissage de la poche à eau sera facilité. Il faut également penser qu’un sac trop chargé va s’arrondir, se déformer, les appuis au niveau du dos seront irréguliers et cela risque de créer des tensions supplémentaires sur une statique déjà bien sollicitée.

Les heures de courses transforment n’importe quel coureur en un incroyable flemmard dès lors qu’il faut prendre quelque chose dans son sac. Il faut pouvoir limiter au maximum cette dépense d’énergie. Penser ergonomie en choisissant votre sac. Les sacs Diosaz disposent de deux poches latérales facilement accessible. Je devrais me contenter de dire accessibles car il faut un peu se tourner pour y accéder. C’est vraiment le strict minimum.
J’utilise la poche gauche pour ma réserve alimentaire, la poche droite pour mon portable. Ca me permet de prendre quelques photos et de répondre rapidement à mes compères. Ca casse un peu l’ambiance nature de se transformer subitement en juke box nokia. Quoique les sonneries de type cri d’animaux ont un certain succès. C’était marrant le passage à la frontière, la plupart des opérateurs téléphonique semblent envoyer un ou plusieurs sms pour rappeler les modalités d’utilisation du mode international ou proposer quelques options dédiées.

Je n’avais pas de solution idéale pour mes déchets d’alimentation avant de recevoir en cadeau pour la CCC une mini poubelle en filet à accrocher sur les bretelles du sac. Bonne idée que voilà !

Il est intéressant de savoir à quelle sauce on va être mangé … profil de la section, temps jusqu’au prochain ravitaillement, nature du ravitaillement (ravitaillement solide, simple point d’eau), barrière horaire. Autant de bonnes raisons pour prendre un plan du parcours. Encore faut-il l’avoir à portée de main. L’idéal à mon avis est de plastifier le plan (pour la pluie), de le perforer pour y passer un fil et de le fixer au sac.

Penser à prendre quelques sacs plastiques étanches. Les sacs utilisés pour la congélation des aliments sont idéals. Choisissez un modèle disposant d’un curseur pour une fermeture plus aisée. Les sacs permettent de cloisonner le petit matériel dans le sac à dos (trousse de pharmacie, réserve alimentaire) d’une part et protège de la pluie (portable, papier, piles).

Les mouchoirs en papier en pochette compacte me semblent une alternative intéressante au rouleau de papier hygiénique. Rechercher un feuillu adapté (taille, texture) en pleine nuit, je laisse cela aux imprudents. 😆

Dans ma mini trousse à pharmacie, on trouve la bande adhésive obligatoire, de quoi calmer la douleur (en cas de chute par exemple), de quoi apaiser un système digestif malmené par les chocs et le manque de vascularisation et pour les adeptes de l’homéopathie, une dose de granules magiques d’arnica. Pour les ampoules, un ou deux pansements double peau font l’affaire. Si l’ampoule est très gonflée, elle va constituer une gêne malgré la protection du pansement, du simple fait de son volume. Il faut donc prévoir un moyen de la vider. Une solution est d’emmener une seringue et de l’éosine aqueuse pour désinfecter et sécher la plaie. On vide l’ampoule de sa sérosité et on injecte un peu d’éosine. Le mieux est encore d’éviter les ampoules. Ce sera l’objet d’une future petite cogitation.

Je n’ai pas mis de crème anti-frottement au pied le matin du départ et je n’ai pas emmené de quoi corriger le tir en cours de route. Bonjour les ampoules … C’était d’autant plus stupide que cette erreur n’était pas due à un manque d’information ou à l’inexpérience mais à une simple négligence de ma part. Je n’ai pourtant pas manqué de me tartiner l’entre cuisse et les lobes fessiers. On croit difficilement qu’un simple frottement puisse conduire à de telles plaies avant de les avoir connues. J’espère bien ne plus refaire la même erreur. J’ai donc ajouté la crème NOK au rang du matériel incontournable avant et pendant la course.

Pour ma réserve alimentaire, je vous invite à relire cet article sur la gestion de l’alimentation pendant la course.

Le dossard :

Attention, il faut penser que sur de telles durées de course vous serez obligatoirement amenés à adapter votre tenue à un moment ou l’autre. Le port du dossard avec le système classique des épingles à nourrice n’est absolument pas adapté. Le dossard doit être toujours visible. Le règlement l’impose. Manipuler ce système d’attache n’est pas aisé pour un coureur fatigué et il faut que l’environnement s’y prête. Vous n’imaginez quand même pas faire cela au détour d’un chemin à la tombée de la nuit ! J’avoue y avoir pensé tardivement. La veille de la course pour être exact. J’ai résolu le problème en enfilant mon t-shirt par-dessus ma micro polaire. Ca ne m’a posé aucun problème mais on ne peut évidemment pas considérer que ce soit une solution satisfaisante. Un porte dossard s’avère indispensable.

Quelques babioles pour le départ ou l’arrivée :

  • Gel corporel Silicium Organique DexSil
  • Crème Akileïne Relax défatiguant
  • Sparadrap, Ciseaux

Mon pharmacien m’a conseillé de me masser les mollets la veille de la course avec un gel à base de Silicium Organique. C’est un anti-fatigue avec un effet jambe légère. Pourquoi pas … 😕 Est-ce que c’est efficace ? Je n’en sais fichtre rien !

Le sparadrap, je l’utilise pour protéger les bouts de sein. Je ne lésine pas sur la taille, histoire qu’il tienne longtemps.

Les Sacs coureurs :

  • T-shirt de rechange
  • Chaussures
  • Chaussettes
  • Lingettes
  • Crème Akileïne NOK anti-frottements
  • Crème Akileïne Relax défatiguant
  • Réserve alimentaire
  • Bombe de froid

Je n’ai participé qu’à la CCC, je n’ai donc pas eu à me préoccuper du contenu des sacs coureurs acheminés par l’organisation sur les bases de vie de Courmayeur et de Champex.
J’ai noté quand même quelques idées glanées de-ci, de-là pour l’année prochaine.

L’idée des lingettes est de faire une rapide toilette du buste et des jambes avant de se changer. Avec cela vous êtes comme neuf. Je pense que changer de t-shirt et de chaussettes doit suffire.

Il faudra adapter le change aux conditions climatiques notamment si la pluie est de la partie. Dans ce cas, un change complet ne sera pas du luxe histoire d’être au sec quelques minutes.

La réserve alimentaire permet de ne pas trop se charger au départ.

Pour l’UTMB, pas besoin d’emmener le tube NOK dans son sac. Une couche de crème aux deux ravitaillements principaux doit être suffisant.

Les podologues avaient des bombes de froid pour atténuer la sensation d’échauffement des pieds et peut-être diminuer le risque d’ampoule ? Sensation divine en tout cas.

Voilà une bonne base de départ pour préparer une future promenade autour du Mont Blanc. Il vous faudra cogiter quand même un peu pour affiner la liste et l’adapter à vos petites exigences personnelles mais je pense avoir quand même bien dégrossi le sujet. Si vous avez d’autres idées …

Bonne préparation.

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