La Lyon-SaintéLyon 2009

Episode 1 : Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour économiser le prix des navettes …

Il y a des évènements marquants dans une vie de coureur à pied, comme autant de repères jetés dans le temps. Première compétition, premier marathon, premier ultra, autant d’étapes qui ont jalonné une lente métamorphose. Celle de mon passage de l’état de sédentaire tabagique sclérosé par mon travail de bureau à celui de sportif assidu, au sommet de sa forme. Tout moi quoi. :mrgreen: 😆

Episode 2 : C’est quand même plus court en navette …

La SaintéLyon conservera toujours une place importante dans mon cœur, la saveur toute particulière d’une première fois. Courir pendant toute une nuit, braver les éléments, le froid, la boue, seul face à soi-même et malgré tout en communion avec des milliers d’autres coureurs. Toute cette énergie commune focalisée sur un seul but, un même objectif : rejoindre cette arrivée si lointaine, là-bas à Lyon. Un long passage de la nuit à la lumière pour entrouvrir la porte de l’ultra et découvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles courses. Un monde s’ouvre à vous. La SaintéLyon, c’est un rite initiatique, un mythe.

Mais la SaintéLyon cache en son sein une épreuve d’une toute autre dimension : la LyonSaintéLyon. C’est en attendant le départ dans le Hall d’exposition de Saint-Etienne lors de l’édition 2006 de la SaintéLyon que j’ai entendu parlé pour la première fois de la LyonSaintéLyon. J’étais stupéfait. Des coureurs se rendaient chaque année au départ à pied depuis Lyon, doublant ainsi la distance et le dénivelé d’une épreuve dépassant déjà allégrement le marathon. « Ce sont des UFO ». Des UFO peut-être, des ultra fous furieux, c’est sûr !

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, j’ai usé les semelles de quelques paires de chaussures, épinglé quelques dossards sur mes t-shirts avec des bonheurs divers certes, c’est ce qui est dit dans le roadbook de la SaintéLyon, mais en accumulant peu à peu une expérience qui me permet d’appréhender sans trop de difficultés des trails longs comme les Templiers ou la SaintéLyon.


L’est content Arthur … il va retrouver ses Monts du Lyonnais !

Biscotte m’a annoncé qu’il projetait de rallonger un peu le parcours classique avant même que nous partions à Chamonix pour notre participation commune à l’UTMB. Je me demande encore aujourd’hui pourquoi cette idée ne m’a jamais effleuré l’esprit alors qu’elle aurait dû s’imposer à moi comme une évidence. Peut-être parce que c’est un périple à faire en groupe et que je n’avais jamais imaginé qu’un de mes compères soit aussi addict sinon plus que moi à la doyenne de l’ultra pour avoir une telle envie. « Tiens, je ferais bien l’aller-retour en décembre ». Il va sans dire que cette petite phrase, lâchée l’air de rien au téléphone par un Biscotte faussement innocent, n’allait pas tomber dans l’oreille d’un sourd. Une fois dans la tête, impossible de lâcher l’affaire. Le poisson était ferré, bien ferré. Quoi qu’il arrive, cette fin d’année 2009 serait consacrée à la LyonSaintéLyon.

La LyonSaintéLyon, une idée toute simple mais géniale consistant à faire le trajet Lyon Saint-Etienne en Off pour ce rendre sur le lieu de départ de la course avant de prendre part à la course officielle pour le retour en se fondant aux milliers de coureurs participants.
138 km et 3000 m de dénivelé positif. Un beau morceau pour finir l’année. L’occasion de repousser un peu plus loin mes limites et de me rassurer pour mes futurs objectifs estivaux. En terminant prématurément la Montagn’Hard et l’UTMB cet été, je me suis découvert des faiblesses mentales et physiques qu’il me faut absolument corriger et dépasser pour progresser. Je manque un peu de bouteille probablement mais ça va venir. La LyonSaintéLyon sera idéale pour faire travailler mes neurones sur une distance intermédiaire entre la CCC et l’UTMB.


L’heure du départ approche. Seigneur Arthur et Sieur Biscotte sont dans un bateau … Doutent de rien les deux pinpins.

Pendant toute ma préparation, j’ai ressenti avec plaisir cette envie teintée d’une légère inquiétude. L’envie de me retrouver sur la ligne de départ avec mon compère, d’être enfin dans le feu de l’action et cette petite inquiétude diffuse face à une distance que je n’avais jamais parcouru. Les conditions peuvent être très difficiles à cette période de l’année et l’alternance des sentiers et du bitume sollicite énormément les jambes, dans quel état allais-je prendre le départ de la course officielle à minuit ?

Les quelques récits des coureurs ayant déjà pratiqué ce périple n’étaient pas forcément des plus rassurants. Je me rappelle cette phrase de Michel (non pas toi Michel, l’autre, celui de Chamonix) : « Bien qu’on soit allé doucement, les 65 km de l’aller sont bien là ! Je me retrouve d’emblée dans les conditions de mes plus longues courses (Fort’iche, UTMB, Nove Colli). ». Hé bien, ça risquait d’être coton cette histoire … J’avais intérêt à faire bosser les guiboles !

L’entrainement :

Je me suis concocté un plan d’entrainement maison avec les conseils de mes compères du forum Athlète Endurance. La Grande Course des Templiers à laquelle j’étais inscrit depuis le début d’année a été l’occasion d’une excellente course de préparation et le Off de 6h00 dans les Monts du Lyonnais avec Oslo et Jeanmik a été idéalement placé 3 semaines avant le départ. Bien placé mais peut-être un chouïa trop musclé à mon goût (plus course que rando en tout cas) et quand même un peu plus long que la séance de 5h00 que j’avais initialement prévue. Mais bon, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour manger du saucisson d’Oslo …

La LyonSaintéLyon 2009, Plan d’entrainement

La logistique :

Bien qu’elle ne nécessite pas des besoins extraordinaires, la LyonSaintéLyon demande quand même un minimum d’organisation.
Il nous fallait penser notamment au transport « des sacs coureurs » de Lyon à Saint-Etienne, au retrait des dossards dans le cas où nous aurions un peu de retard sur le timing établi et aux ravitaillements (le minimum vital étant de faire le plein d’eau) que nous avions choisis de placer comme pour la course officielle dans les villages de Soucieu-en-Jarrest, Sainte-Catherine et Saint-Christo-en-Jarez.

Line et Tazounet se sont chargés de cette tâche en formant ce que j’ai appelé la Taz Force.
Le temps a dû être un peu long pour eux entre deux ravitaillements ! C’est que nous ne sommes pas bien rapides, tout le contraire d’un Christophe Malardé ! Heureusement, le camping car de Taz était de la partie et leur attente aura au moins été effectuée dans le plus grand confort.

Lyon 2ième. La basilique Saint-Martin d’Ainay …… et en face la voute du même nom.

Avantage non négligeable du camping car pour nous autres coureurs, nous avons bénéficié à mi course d’un repas chaud préparé et servi avec amour par Taz himself. Oh, des pâtes ! Certes pas le plat le plus original que l’on puisse trouver dans l’assiette d’un coureur mais c’est tellement bon après avoir couru 70 km ! Aller pour les pâtes et le gruyère râpé qui va bien, je lui colle une note encourageante de 6/10. Hé oui, il faut ce qu’il faut. Il n’était guère possible d’atteindre avec quelques pâtes la note maximale. Celle-ci ne pouvant qu’être attribuée à l’excellentissime Saint-Nectaire arrivé tout droit sur ma table depuis le cœur de l’Auvergne en miaou express. Je ne peux par contre que souligner l’excellente note attribuée pour l’animation : quelle bonne idée de nous ouvrir l’appétit avec cette petite balade depuis Lyon.

La Taz Force ne pouvant prendre en charge le premier ravitaillement (c’est ça de travailler le samedi mon Tazounet), nous avons dû gérer notre approvisionnement à Soucieu. Ce qui nous imposait de facto une contrainte horaire. Il fallait impérativement arrivée sur place avant 13h00, heure de fermeture des commerces. Ben oui, même sur les off faut se mettre un peu la pression ! Il n’était pas question de trouver la pâtisserie close … Biscotte m’avait mis l’eau à la bouche avec ses histoires de flan.

Le timing prévu :

Côté prévision de temps, j’avais estimé qu’il me faudrait 23h00 pour en terminer avec cette grande boucle. Rémi Poisvert alias madame soleil a bien voulu nous consacrer un peu de son temps pour nous créer une entrée spéciale LyonSaintéLyon dans son outil en ligne d’estimation des temps de passage : www.softrun.fr. Un énorme merci à lui pour sa disponibilité. Après quelques essais, j’ai déterminé un temps nécessaire de 10h25 pour l’aller et 11h50 pour le retour. J’avais déduit des 23h00 total un temps de pause de 45 minutes pour le ravitaillement de Saint-Etienne à mi-course.

Le suivi du parcours (partie off) :

A défaut d’avoir à notre disposition un GPS, nous avions reporté la trace disponible sur le site de la SaintéLyon sur les trois cartes Ign nécessaires pour couvrir le parcours complet. J’espérais que nous pourrions tout de même suivre facilement le balisage bien qu’il soit destiné à une progression dans le sens inverse. Ce fut effectivement presque tout le temps le cas mais nous avons quand même dû faire appel au talent d’orienteur de l’ami Biscotte à deux reprises ce qui nous a permis de porter la distance de 136 km à 138 km … 😉
Nous avons constaté quelques petites différences minimes entre la trace GPS et le balisage sur le terrain mais il était de toute façon plus simple et plus logique de suivre le balisage.

Il y a eu une petite portion sur laquelle nous avons hésité du fait d’un balisage un peu plus clairsemé. Nous étions sur la D23 à proximité de l’Hôpital et nous avons bien failli louper l’embranchement avec le GR7 sur notre gauche …

Avec qui ?

Nous avions prévu de faire l’aller-retour avec Biscotte depuis le mois de Juillet. Line était également partante au début mais après avoir hésité longuement elle a préféré renoncé pour ne pas trop entamer ses forces pour le Raid 28. A défaut de faire la grande boucle, elle comptait nous accompagner tranquillement pour le retour sur la course officielle.

Après la Montagn’Hard et l’UTMB, le binôme Biscotte-Arthur a bien failli ne pas se reformer. A quelques jours du départ, l’ami Biscotte a eu quelques déboires en voiture avec son collègue de travail. Grosse frayeur après avoir exécuté quelques pas de valse sur l’autoroute. Franchement, il a quand même mal choisi son moment pour se mettre aux danses de salon. Résultat : contracture des muscles dorsaux et une grosse incertitude quant à sa participation. Je ne pense pas que j’aurais renoncé à la balade mais elle n’aurait pas eu tout à fait la même saveur.

Samedi matin :

Biscotte m’a annoncé la veille qu’il serait de la partie au moins pour l’aller. Pour le retour il aviserait en fonction de son état de forme. J’avoue que je suis bigrement rassuré de ne pas me retrouver seul face à ce défit.

Nous passons le prendre place Jean-Macé avec Marie-Hélène avant de nous rendre au Palais des Sports de Gerland, lieu d’arrivée de la course et départ de la partie Off.
Marie-Hélène filme nos derniers préparatifs sur le parking, enfin surtout ceux de Biscotte qui avouera remplacer allégrement le Tazounet aujourd’hui dans sa propension à se hâter avec lenteur. Je l’encourage quand même à se dépêcher, il est bientôt 10h, la presse doit trépigner d’impatience, les téléobjectifs des photographes de sport et les caméras des grandes chaines tv doivent être braqués depuis de longues heures sur l’arche toute symbolique du départ … On aura bien déliré là-dessus !


La Montée des Epies. Première grimpette du jour. Un régal quand on est en forme.

Il y a effectivement quelques personnes au palais des sports mais ce n’est évidemment pas pour nous. L’enceinte du Palais des Sports est déjà en pleine effervescence afin que tout soit prêt à temps pour l’arrivée des concurrents le lendemain. Nous passons un petit bonjour à un collègue de Michel (non, pas celui de Cham, essayez de suivre un peu) qui chapeaute les préparatifs. On aurait dû lui demander de donner le top départ mais je n’y ai pas pensé sur le moment. Bon, de toute façon, il semblait être un peu occupé cet homme-là.

A défaut d’être mitraillé par les paparazzis, Marie-Hélène se charge d’immortaliser notre départ. Voilà c’est parti, six ans après qu’elle ait vu le jour pour la première fois, nous reprenons le flambeau de la LyonSaintéLyon.

Les premiers SMS tombent, tantôt sur le portable de Biscotte, tantôt sur le mien, parfois sur les deux presque simultanément. « Tiens, ça c’est Tazounet … »
Que c’est agréable de se sentir soutenu.

Lyon – Soucieu en Jarrest :
Heure : 12h51, Temps de course : 2h45, Pause : 17′

Nous partons en petites foulées tranquilles dans le parc de Gerland. L’objectif : s’économiser un maximum à l’aller pour faire le retour dans les meilleures conditions possibles. Notre seul impératif : arriver à Soucieu avant la fermeture des commerces à 13h. Cela nous laisse quand même 3 heures pour cette première partie et je suis motivé à fond par le flan pâtissier promis par Biscotte au téléphone.

Il y a foule sur la place Carnot. C’est le marché de Noël. Nous contournons les petits chalets disposés là chaque fin d’année pour prendre la rue Victor Hugo. C’est une rue piétonne très fréquentée. Nous slalomons entre les groupes de passants. On ne passe pas inaperçu avec nos tenus de trailer. « Alors, dernière révision avant ce soir ? » nous lance un piéton amusé. « Mais non, on va à Saint-Etienne à pied pour économiser le prix des navettes. » répond Biscotte le plus sérieusement possible. « Ouais, c’est cela … » T’as pas été crédible sur le coup ma Biscotte.

Le chemin de Montray. Encore deux virages et ce sera Beaunant mais il n’y aura pas de ravitaillement dans ce sens, il faudra attendre le retour demain.On traverse quelques vergers avant Chaponost.

On quitte le quartier d’Ainay en traversant la Saône par la passerelle Saint-Georges pour entrer sur mes terres. Fini le plat, chez moi ça grimpe. La montée des Epies nous offre nos premiers mètres de dénivelé puis c’est le Gourguillon et ses pavés disjoints. On regretterait presque de ne pas avoir pris les bâtons, hein Tazounet … 😉
Bon, il va sans dire que nous marchons dans les pentes. On ne voudrait quand même pas arriver trop tôt à Saint-Etienne. Ca ne se fait pas d’arriver en avance.

Voici la montée des Tourelles. 300 mètres à 15%. Elle va faire mal à quelques mollets demain matin cette grimpette ! Même pas peur pour le moment. Le passage de Choulans n’est pas des plus agréables avec la circulation toujours assez dense dans la journée. Un bon shoot aux gaz d’échappement mais heureusement ce passage n’est pas bien long.

Nous n’avons pas vu la moindre petite balise SaintéLyon jusqu’à présent. Michel m’avait bien demandé de débaliser au retour pour déconner mais quand même pas de faire le balisage à l’aller ! En fait, nous allons rencontrer les baliseurs dans la longue portion du chemin de Fontanières. « Michel vous l’a pas dit ? Il faut faire également le balisage dans l’autre sens ! »

Un petit coup de cul et nous émergeons à proximité de l’église dans le centre de Sainte-Foy.
Le balisage n’est pas forcément toujours évident à suivre dans ce sens. Les pancartes sont souvent dissimulées plus ou moins entièrement par leur support. Et puis les pancartes indiquent le chemin à suivre pas le chemin qui les précède. Au bout d’un moment, nous prenons le truc, il faut juste faire confiance à l’orientation des pancartes qui nous permet de deviner plus ou moins la route à prendre lors des changements de direction.


L’étang dans le parc de Chaponost.

Nous dévalons tranquillement la fameuse côte de Montray avant de traverser la route pour atteindre le ravitaillement de Beaunant au km 57 enfin seulement le 11ème pour nous.
Biscotte contourne l’enceinte du garage qui abrite traditionnellement le ravitaillement tandis que je préfère rentrer sur le parking pour respecter au plus près le tracé officiel. Dommage pour moi, la portail opposé n’est pas encore ouvert, il me faut rebrousser chemin sous les quolibets de l’ami Biscotte.

Direction Chaponost. Ah cette longue traversée de Chaponost ! Avec la fatigue, elle me semble généralement interminable surtout le quartier du Plat de l’Air mais dans ce sens tout va bien. Nous voilà sur notre premier sentier au milieu des vergers. Il fait beau, la température est agréable, c’est un régal.

Une petite descente et nous arrivons dans le parc de Chaponost. Je redécouvre les passages les plus marquants de la course comme cette petite montée pour sortir du parc où nous glissions dans la boue l’année dernière. Faut dire, ça ne s’invente pas, le chemin qui nous y amène se nomme chemin de la Merdarie ! Quelques enjambées nous suffisent pour la descendre. Tout cela me semble tellement plus facile en plein jour.
Il y a bien quelques flaques d’eau dans le parc à proximité de l’étang mais c’est finalement plutôt sec malgré les épisodes pluvieux de ces derniers jours.

Après une traversée rapide du parc nous débouchons dans le centre de Chaponost. Comme chaque année, quelques forums se sont installés sur la place. Demain, ce sera la fête à neuneu. Ca va sentir la frite et la saucisse et j’imagine que le petit blanc va couler à flots. Nous quittons enfin Chaponost après avoir traversé le centre équestre de la Dame Blanche et ses effluves chevalines.

L’église St Prix à Chaponost. On n’a pas idée de faire des clochers si hauts. Impossible à cadrer ce genre de truc avec mon pauvre nokia.Comme chaque année, c’est la vogue à Chaponost. Demain, ça va sentir la saucisse et les frittes et le p’tit blanc va couler à flots.

Je n’ai aucun souvenir de certaines portions malgré mes trois précédentes participations. Parcourir le tracé de plein jour et en sens inverse change suffisamment la donne pour me faire perdre tous repères par moment. Et puis, l’instant d’après, le plus minime des éléments du décor peut faire subitement remonter à la surface quelques souvenirs et images fugaces.
C’était le cas avant d’arriver à la passerelle qui enjambe le Garon. Je pensais découvrir de nouveaux chemins mais comment oublier cette passerelle que l’on découvre subitement la nuit à la lueur des frontales à travers une brume souvent présente dans ces sous-bois humides. Difficile d’oublier également cette petite descente en lacets sur un sol bétonné que nous empruntons pour une fois en la montant.


Le futur ravitaillement de Soucieu-en-Jarrest. On nous regarde d’un drôle d’air. Qu’est-ce qu’ils foutent ici à cette heure ces deux gugusses déguisés en trailer ?

Foulée après foulée, nous finissons par arriver à Soucieu un petit peu avant 13h. Pile dans les temps. Les seigneurs de l’organisation, c’est nous ! Nous quittons provisoirement le parcours pour faire un passage éclair dans le petit casino afin de faire le plein d’eau puis c’est au tour de la pâtisserie de nous accueillir. Le flan promis à mes papilles gustatives est bien présent dans les présentoirs et s’en va retrouver illico notre sac à provisions. On a même eu une part en rab. Faut croire que notre charme légendaire a encore opéré.
La part de flan supplémentaire n’a pas été de trop mais nous avons été surpris en constatant que le niveau de nos poches à eau n’avait pas beaucoup baissé. J’ai laissé la bouteille inutilisée à quelques donzelles venue nous encourager. Bon, elles étaient surtout là comme bénévole pour le téléthon mais elles n’ont pas manqué de nous souhaiter bonne route.

Soucieu en Jarrest – Sainte-Catherine :
Heure : 16h02, Temps de course : 5h56, Pause : 34′

Nous retrouvons le parcours officiel et passons devant les tentes de ce qui sera le futur ravitaillement de Soucieu. On nous a regardé pour le moins bizarrement … Ben quoi, vous n’avez jamais vu des coureurs faire la LyonSaintéLyon ?

Jusqu’à présent ça a été plutôt gentillet côté dénivelé. Ca va changer sur cette portion. Il faut bien qu’on les grappille ces 1700 m de D+ ! Ce n’est pas que ce soit énorme, loin de là, mais il y a quand même de sacrés coup de cul comme cette grimpette particulièrement pentue sur bitume qui fracasse si bien les jambes quand on la dévale dans l’autre sens.

Le paysage est somptueux et mérite le détour, enfin l’aller-retour. On devine encore derrière nous les Monts-d’Or identifiables grâce aux radars militaires installés aux sommets du Mont Verdun et du Mont Cindre. Sur ma gauche, le ciel est suffisamment dégagé pour offrir une vue magnifique sur la chaîne des Alpes tandis que sur ma droite j’aperçois au loin les habitations de Rontalon. On ressent une grande sérénité en contemplant ces vallons paisibles qui s’offrent à notre regard.


Aller maintenant, direction Saint-Genoux.

Nous quittons la route pour découvrir la nouvelle portion de chemin qui devrait nous amener à proximité de Saint Genoux. De toute évidence, cela rajoute un peu de distance ainsi que du dénivelé mais qui s’en plaindrait ? La forme est toujours là, la bonne humeur règne en maitre et l’humour potache est de rigueur comme le prouve la petite séquence clin d’œil à 3fred5 reconnu grand maitre de la vidéo de course depuis les Templiers.

Effectivement nous voilà à Saint Genoux. Tiens, plus de pancartes ! Biscotte inspecte la carte … Il faut descendre par là. Bizarre, je me voyais plutôt traverser ce petit groupe d’habitation pour rejoindre le chemin que l’on distingue à peine de l’autre côté du vallon. Je me range à l’avis de l’expert n’étant pas un grand habitué de la lecture de carte. Nous descendons la départementale sur un bon kilomètre mais pas la moindre petite pancarte.
Il faut se rendre à l’évidence même les experts peuvent se gaufrer ! :mrgreen:
La Biscotte grogne un peu en remontant. Elle doit déjà s’imaginer en train de se faire chambrer dans mon futur CR. Elle n’a pas tord … Bon, on va dire que c’était pour compléter le kilométrage initial. Quand on aime, on ne compte pas.
Après être remontés un peu dans le temps, nous voilà de nouveau plantés au milieu de ce croisement qui semble plonger Biscotte et sa carte dans un abîme de perplexité. Ai-je bien orienté cette fichue carte ? Si le nord est au sud et le sud au nord ne fallait-il pas prendre le chemin opposé ? D’où vient le vent ? Reverrais-je un jour mon doux pays ?
Un petit aller-retour d’une dizaine de pas dans ce qui me semble être la bonne direction nous permet de découvrir le sésame tant recherché. La petite pancarte jaune SaintéLyon était dissimulée derrière un poteau. Tellement évident une fois découverte …

Je suis bluffé par le temps. Les conditions météo sont idéales.Le balisage est nickel mais pas toujours adapté lorsque l’on fait le trajet en sens inverse.

D’ailleurs, nous avons vu un motard emprunter ce chemin pendant notre visite improvisée de Saint Genoux. Nous nous sommes demandés sur le moment, si ce n’était pas quelqu’un de l’organisation qui vérifiait le tracé avant le départ de la course. Peu probable avec le recul …

Nous voilà dans la célèbre descente du bois d’Arfeuille. Ca grimpe gentiment au début puis la pente s’accentue fortement. Le terrain est vraiment sec. De grosses pierres dissimulées sous un épais tapis de feuilles rendent le terrain technique à souhait. Quelques grosses branches mortes se sont même invitées à la fête pour ajouter un peu de piquant. Cette nuit encore, cette descente sympathique ravira les trailers et ralentira les spécialistes du bitume. Bah, ils auront l’occasion de se rattraper dans la longue descente sur Soucieu.

Et puis le tracé GPS n’est pas toujours conforme.Malgré mes trois participations à la SaintéLyon, je suis loin de reconnaitre tous les lieux traversés.

Nous arrivons à Sainte-Catherine que nous traversons pour rejoindre le stade. Hop, le panneau des 40 bornes est derrière nous, une bonne chose de faite. La Taz Mobile est garée sur le bord de la route. Salut les copains !
La Taz force est au grand complet comme prévu. Tazounet bien sûr avec toute sa descendance et Line que je n’avais pas revue depuis l’UTMB. Les sandwiches au kiri et le thé bien chaud sont grandement appréciés. On supporte bien une petite couche supplémentaire après quelques minutes d’arrêt.
S’en suit une séance nokage faite dans les règles de l’art pour palier tout risque d’échauffement intempestif de nos petits petons. Tazounet s’occupe l’esprit et les mains en filmant notre environnement tout en le commentant d’une voix calme et didactique. Tout y passe : Line, la Taz mobile, les lampadaires du stade qui émergent à notre vue derrière les murs du cimetière, la croix du Châtelard qui domine le village et à proximité de laquelle nous sommes censés passer, un échantillon de la chaine des Alpes sur fond de ciel bleu entre deux nuages et même un gros plan sur le revêtement de la chaussée. Sans compter les inestimables plans séquences sur les derniers préparatifs des héros du jours. De quoi faire un tabac sur youtube. Si on ne s’arrache pas notre vertu après cela …
Seul le froid aura eu raison de cette passion nouvellement révélée … et de la batterie du caméscope !

La demi-heure estimée pour le ravitaillement est passée, il est temps de quitter nos hôtes pour poursuivre notre chemin. Nous avons tout juste dépassé la moitié de la distance de l’aller !

Sainte-Catherine – Saint-Christo en Jarez :
Heure : 18h22, Temps de course : 8h16, Pause : 23′

Nous longeons le bord du stade sur lequel s’affairent quelques bénévoles avant de quitter Sainte Catherine en nous hissant rapidement sur les hauteurs qui dominent le village. Le terrain est étonnamment plus gras désormais.

Tiens la chasse est ouverte, ça canarde à tout va dans le bois du Châtelard. Ce n’est pas le top comme endroit pour improviser un pique-nique même si la probabilité de se prendre quelques plombs dans le fondement est probablement peu élevé.

Il n’y a encore personne au ravitaillement de Moreau, c’est encore un peu tôt, mais un stock de bouteille d’eau matérialise déjà l’emplacement du futur ravitaillement.

A la Croix Bicouri, nous attaquons une longue ligne droite sur bitume. Avec la nuit, la prudence est de rigueur. La circulation automobile est loin d’être dense en cette fin d’après-midi mais les quelques voitures qui nous croisent roulent vite. Biscotte a passé sa frontale en mode clignotant pour attirer leur attention mais le mieux reste encore de se réfugier dans le talus à leur approche.

On ressent immanquablement une sensation d’apaisement et une grande sérénité en courant sur ces grandes étendues paisibles.
On approche de Saint-Genoux.Premier jardinage de la journée … C’est juste histoire de rajouter les deux bornes qui manquent au parcours pour atteindre les 138 bornes théoriques.

Ce secteur nous causera de nouveau quelques hésitations quant à la lecture de la carte. Je ne sais pas pourquoi mais Biscotte semblait vouloir nous faire visiter Marcenod … Un village probablement charmant mais pas vraiment sur notre route. En fait, nous nous imaginions déjà plus loin sur le parcours et en tout cas pas au bon croisement.
Je me demande également par quel miracle nous avons réussi à ne pas louper l’embranchement avec le GR7. Le balisage était plus clairsemé à ce niveau probablement parce que des bénévoles étaient prévus pour sécuriser l’accès à la route lors de la course officielle.


Compte tenu du jardinage, nous sommes à mi parcours … mais pour l’aller seulement !

Le stade de Saint-Chisto est en vue. Le passage sur bitume qui nous y amène me semble un peu longuet. La route semble le contourner par la gauche mais nous quittons bientôt l’axe principal pour emprunter une voie secondaire qui nous fait aborder le terrain de sport par la droite sur son point haut. Une petite descente et nous retrouvons la Taz mobile à proximité de l’entrée du stade.
Taz nous invite à nous abriter au chaud dans le camping-car, option qui nous convient parfaitement. Nous sommes bien un peu gênés d’apporter avec nous les nombreux échantillons de glaises et boues récoltées depuis Sainte-Catherine mais le froid et les encouragements de Taz ont vite raison de nos dernières réticences.

Saint-Christo en Jarez – Saint-Etienne :
Heure : 20h54, Temps de course : 10h48

Le temps imparti est écoulé. Nous reprenons notre route. Biscotte voulait s’abstenir de faire la petite boucle autour du stade. Pas question. Je suis là pour veiller au grain.
Je m’apprête à rentrer dans l’enceinte du stade quand toute une bande de vttistes en sort comme autant de diables de leur boite. Ils m’ont l’air affutés les gaillards, on sent que la gomme va chauffer autant que les cuissots. J’avais entendu dire que des cyclistes du CT Lyon faisaient le parcours chaque année. L’allégation est vérifiée.

Notre passage devant les bénévoles du premier relais ne manque pas de provoquer d’immanquables questions et les désormais traditionnelles réponses. Nous leur souhaitons bon courage et rendez-vous dans quelques heures. On contourne le stade et on longe le ruisseau en contrebas. Il fait tout de suite plus frisquet dès lors que l’eau n’est pas loin.

Une belle journée de décembre. Je ne pensais pas voir les Alpes aujourd’hui.Sainte-Catherine. On devine le panneau des 40 km en face.

Les barrières de sécurité qui formeront un couloir de sécurité en empiétant sur une partie de la chaussé n’ont pas encore pris leur place définitive sur la route à la sortie de Saint-Christo. Nous sommes obligés de courir dans le talus ce qui ne facilite pas notre progression.

Sur les sentiers qui nous rapproche peu à peu de Sorbiers, nous rencontrerons à plusieurs reprises des groupes de randonneurs ainsi que des personnes sans dossard venue probablement pour encourager les coureurs et se régaler du spectacle du long serpent lumineux qui apparaitra plus tard dans la nuit.
Nous croiserons à nouveau un groupe important de cyclistes en arrivant sur Sorbiers.

Jusqu’à présent, je me suis régalé, le temps est passé rapidement et j’ai été surpris de ne jamais ressentir la moindre lassitude. Les longues lignes droites sur les boulevards qui nous amènent à Saint-Etienne me semblent par contre interminables. Je commence à en avoir ma claque et je ne pense plus qu’à arriver dans le hall d’exposition. Biscotte semble plus en forme. Le bougre, je suis toujours le premier à lâcher prise et et à basculer en mode marche. Les ronds-points défilent puis c’est le passage sous le pont du chemin de fer, encore de longs trottoirs et nous arrivons devant la route d’accès à l’enceinte du Parc des Expositions. « On vient de Lyon, on peut passer par ici pour franchir l’arche d’arrivée, heu de départ ? »


Sainte-Catherine. Second ravitaillement et premier ravitaillement assuré par la Taz force. Un thé bien chaud … le pied !

Une ligne droite, un dernier virage à gauche, je savoure ces derniers instants à courir côte à côte. La route est maintenant bordée de part et d’autre par des barrières de sécurité, l’arche est là juste devant nous. Nous remontons la centaine de mètres qui nous séparent de celle-ci en poussant quelques cris de joie fort à propos. Ca y est ! L’air de rien, on vient de s’avaler avec délice un Off de 70 kilomètres. Je suis vraiment heureux de l’avoir fait et la difficulté ressentie dans les derniers kilomètres est vite oubliée. Ce n’est pas le genre de chose que l’on fait quotidiennement, c’est même une première pour nous deux.

Un truc de fou et qui n’a de sens que parce qu’il est partagé. Je suis heureux de l’avoir partagé avec toi. Merci Biscotte. 🙂

Tous mes remerciements également à la Taz Force pour son aide précieuse et son soutien sans faille et à vous tous pour vos sms chaleureux …

Je descends les quelques marches du camping-car et me retrouve dans la fraîcheur et l’humidité de la nuit stéphanoise. Il bruine encore un peu mais ce n’est pas bien méchant. J’ai une petite poussée d’adrénaline en traversant le parking du hall d’exposition. Je ne ressens pas la fatigue, les jambes vont bien. Pas de douleurs musculaires, ni articulaires, je me vois presque déjà égaler mon chrono de l’année dernière ou tout du moins celui de ma première participation en 2006. A euphorie quant tu nous tiens !

L’épisode 2 : « Le retour » est pour bientôt … 😉

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