De la biscotte c’est bon, mangez-en !

Après avoir titillé le chrono sur 10 km avec succès me voilà mûr à point mentalement pour arpenter les chemins (très) vallonnés des Monts d’Or. Je précise « mentalement » car côté physique, je suis nettement plus vert … Maman me l’avait bien dit : un plan d’entrainement pour un 10 km est loin d’être idéal pour préparer un trail de 40 km et 2100 m de D+. Oui, ben maman, on fait comme on peut. D’ailleurs je ne suis pas le seul dans ce cas. L’ami Biscotte n’a guère fait mieux que moi en optant pour un plan semi. Il a même fait pire.

Même pas peur et pourtant je ne suis pas tout à fait inconscient. Je suis en plein remake des conditions que j’avais vécu en 2008. J’ai le souvenir de cette ascension du Mont Thou par sa face Ouest, la plus dure assurément. Une monotrace tracée au cordeau dans une pente herbeuse s’étire jusqu’au pied du mur terminal. J’ai deux piquets à la place des guiboles. Le mot le plus simple pour décrire ma situation serait le mot « équilibre ». Immobile, dominé par les hauteurs du Mont Thou, j’étais en équilibre entre les crampes qui menaçaient simultanément ma chaine musculaire postérieure et antérieure. Un coup devant, un coup derrière, les quadriceps puis les ischios et rebelote … pas forcément douloureux mais handicapant assurément. Il n’y avait plus qu’à attendre que ça passe, une simple question de patience.


L’arrivée est à côté d’un étang au centre du village.

La différence avec 2008 ? Deux ans d’expérience en plus. Je pense que mes guiboles auront quelques souvenirs de la Montagn’Hard ou de l’UTMB. On verra si mes gambettes sont du même avis. Même pas peur, je suis juste curieux.

Mais c’est quoi au juste les Cabornis ?

C’est une épreuve de course à pied de type Trail se déroulant en quasi totalité sur les chemins et les sentiers des Monts d’Or, un petit massif situé au nord-ouest de Lyon, qui s’étend du nord au sud sur une dizaine de kilomètres. 4 épreuves sont proposées :

  • le Tout Petit Format – 10 km et 400 m+
  • le Petit Format – 20 km – 1000 m+
  • le Grand Format – 40 km et 2000 m+
  • le relais 4×10 km et 2000 m+

Le choix entre le petit et le grand format est effectué au cours de l’épreuve à la porte de séparation des circuits aux environs du 15eme kilomètre.

Le nom de l’épreuve est directement inspiré des cabornes. De petites constructions en pierres sèches qui servaient d’abri aux ouvriers agricoles et aux bergers des Monts d’Or. On avait eu l’occasion l’année dernière d’emprunter le circuit des Cabornes à Poleymieux lors d’un Off avec les compères.

C’est un vrai trail, technique à souhait et très sollicitant physiquement du fait de son profil, une succession de montées et de descentes courtes mais pentues qui exploitent parfaitement le terrain ludique des Monts d’Or.

Je vous conseille chaudement de consulter le site du Syndicat Mixte des Monts d’Or pour en savoir plus sur le massif des Monts d’Or.

Revenons à notre petite balade.

Cette année, la course a délaissé Saint Romain aux Monts d’Or pour prendre ses quartiers à Chasselay. L’organisateur nous a promis un début de course plus roulant sur des chemins plus larges ce qui devrait éliminer les ralentissements qui ne manquaient pas de se produire les années précédentes dès la première monotrace venue. Personnellement, les bouchons ne me dérangent pas, cela me permet de récupérer et j’en profite généralement pour prendre quelques photos.

J’ai retiré mon dossard le samedi histoire de ne pas être bousculé le lendemain matin. L’occasion de voir un court instant Biscotte senior accompagné de son jeune héritier puis de me promener avec ma fille Audrey sur la fin du parcours. On ne sait jamais, un hypothétique sprint avec les compères est toujours possible. Une petite reconnaissance au préalable, ça peut aider …

Dimanche matin, je récupère l’ami Biscotte à une station de métro pour faire le trajet jusqu’à Chasselay en covoiturage. On pourrait se targuer d’avoir la fibre écologique avec Biscotte (ce qui n’est pas faux) mais la raison de ce trajet est plus prosaïque : madame Biscotte a décidé de venir encourager sa moitié à l’arrivée de la course. Bon pas de chance, elle est arrivée après nous …

Nous renonçons à suivre les indications d’un bénévole qui nous dirige vers une rue déjà bien embouteillée pour nous garer sur un petit parking à proximité de cours de tennis. L’ami Oslo aura la même idée quelques minutes plus tard. Nous sommes prêts rapidement, il faut dire que Tazounet n’est pas des nôtres aujourd’hui … Encore qu’il ne faut pas médire, il a fait des progrès, j’ai pu le constater au 10 km des Foulées Tassilunoises. Maintenant qu’il s’est coupé les cheveux, il doit être encore plus rapide … J’imagine un gros gain de temps sur la mise en place du Buff. 😉

La température est relativement douce surtout si on la compare avec le froid de canard qui nous pétrifiait il y a seulement une semaine. Je suis fagoté comme un panneau publicitaire pour organisateurs de course : mon t-shirt finisher des Templiers 2009 est à nouveau de sortie et pour plus de confort, j’ai enfilé par dessus le t-shirt finisher noir de la SaintéLyon 2007. A quand le corsaire finisher SaintéLyon ? Rien sur la tête, pas de veste dans le sac, hormis la poche à eau, j’ai décidé de voyager léger.

Tenue printanière pour Biscotte et hivernale pour Oslo. C’est frileux ces gars du sud …Départ derrière l’église du village de Chasselay.

L’aire de départ est dans le centre de Chasselay sur une petite place derrière l’église. Quant à l’arrivée, elle est située à côté d’un étang de l’autre côté de la départementale pour éviter de bloquer la circulation à chaque passage de coureurs. Et puis ce n’est pas génial d’interrompre un sprint en attendant que l’on vous fasse signe de traverser. C’est sympa Chasselay, un peu moins vieille pierre que Saint Romain mais ce doit être agréable de vivre ici au pied des Monts d’Or.

Histoire de faire un semblant d’échauffement nous faisons un petit crochet par l’aire d’arrivée pour vérifier si les cygnes barbotent toujours dans leur étang avant d’enchainer rapidement par une traditionnelle vidange d’avant course. A chacun son bout de mur, très concentré sur sa tâche … Ah, ça fait du bien.

Une fois sur l’aire de départ, j’essaye de joindre Libellule qui est censée faire le petit format mais je n’obtiens pas de réponse. J’ai bien peur que madame ait préféré la douceur de sa couette ce dimanche matin. Le peloton remplit maintenant totalement la petite place. J’aperçois Iade38 un peu plus loin dans la foule mais le bougre n’entend pas mes appels. Pas de chance pour lui aujourd’hui, je le reverrai bien plus tard, assis sur un talus au bord de la route. Le départ est imminent, nous sommes filmés par TLM, la chaîne de télé locale. Ils ont raison, on est beau, on est fort et on va se régaler …


Le peloton est encore dense. Environ 600 coureurs qui vont se répartir sur les deux parcours à la porte de séparation du 13eme kilomètre.

C’est parti.

Relais 1
Distance : 9 596 m, D+ : 568 m, D- : 256 m

Allez on y va. Un petit bout de bitume histoire de faire chauffer la gomme et nous attaquons notre première grimpette du jour histoire d’étirer le peloton gentiment. Ben tiens, je ne savais pas qu’il y avait une catégorie canicross au Cabornis ! Il a bien de la chance de se faire trainer par son brave toutou. Hé moi aussi j’en veux un. Personne ne veut s’y coller ? Biscotte ne semble pas motiver pour jouer le rôle du compagnon canin quant à Oslo il aurait certainement la force de nous trainer tout les deux mais je le sens déjà prêt à prendre le large. Le bougre … il profite sans état d’âme du manque d’entrainement de ses petits camarades. C’est la deuxième pâtée qu’il me met dans les gencives depuis le début de l’année. Si c’est pas malheureux. On pourrait se venger en le faisant participer à un p’tit cross de derrière les fagots ou à un 10km bien plat et bien roulant mais ce garnement refuse d’y mettre ne serait ce qu’un orteil.

Orange m’a offert un beau portable tout neuf pour remplacer mon vieux Nokia. Un tactile Samsung, le Jet S8000. Je ne sais pas si les photos ou les vidéos seront plus belles qu’avec mon N70 mais je peux vous dire tout de suite qu’il n’est pas des plus adaptés à une pratique tout terrain. Le plastique glossy de la coque à tendance à glisser et il est un peu trop fin pour une bonne prise en main. D’autant qu’il faut éviter, en le tenant, d’appuyer sur l’écran sous peine de déclencher par inadvertance quelques fonctions inopportunes. Ca va être marrant quand j’aurai les doigts bien collants avec les gels … 😆

Je m’aperçois après coup que j’ai eu une fâcheuse tendance à mettre le doigt sur l’objectif … Pfft , je vous jure ! Pendant que je suis scotché sur mon écran à découvrir les finesses du constructeur coréen, l’ami Biscotte poursuit inlassablement sa progression. Je suis obligé de forcer mon allure dans les côtes quand nous passons en mode marche. Ca fait des grandes enjambées une Biscotte, pourtant, j’ai des gambettes plus grandes que lui !

Ca me donne chaud ces histoires. Le t-shirt SaintéLyon terminera la balade dans mon sac en compagnie de mes gants. Je suis même obligé de remonter mes manches ! Ils doivent être grave frileux les coureurs en micropolaire !

Nous voilà en train d’emprunter des sentiers parcourus maintes fois en VTT. Un passage éclair à proximité de la Croix Rampau puis nous remontons en direction de la carrière du Mont Py.
Ah, ça fait plaisir de fouler à nouveau les chemins des Monts d’Or, de gambader dans la nature.

Nous arrivons au premier ravitaillement plus vite que je ne le pensais. Biscotte me demande si je veux m’arrêter un moment mais ça ne me semble pas nécessaire. J’ai pris de quoi m’alimenter et la fatigue ne se fait pas encore sentir, du moins pas suffisamment pour que j’aie envie de me poser 5 minutes. Autant continuer. Faut jouer la gagne et grappiller quelques places au scratch … Bon, je plaisante parce que vu notre niveau !

Relais 2
Distance : 9 754 m, D+ : 432 m, D- : 554 m

Après avoir emprunté un champ tout en longueur, nous arrivons en surplomb du château de la Barollière. Qui a dit qu’il n’y avait que de minuscules cabornes dans les Monts d’Or ? Aller, il faut grimper au Mont Verdun maintenant. 85 m à tout casser à rajouter au compteur de D+ du jour.


La forme est encore là. Biscotte esquisse un sourire au photographe mais pas trop grand, il faut s’économiser.

Tiens, la sonnerie du portable … serait-ce Tazounet ? Et non, c’est Libellule. Elle ne s’est pas laissée tenter par la couette finalement. Elle est en contrebas de la grosse bouboule du Mont Verdun … ok, nous aussi mais elle n’a pas encore traversé la route que je m’apprête à franchir. De toute évidence, elle n’est pas très loin derrière nous. Pourquoi faire court quand on peut faire plus long pour le même prix ? Je tente de lui faire choisir le grand format mais il faut croire que le cours de ma force de persuasion est en chute libre. A ma décharge, je ne comprends pas grand chose à notre conversation. Cette dernière me fait irrémédiablement penser à celle que pourrait tenir deux asthmatiques en crise en plein pic pollinique du printemps. Ca siffle, ça crachote et entre deux craquements, je perçois difficilement quelques mots. Pffft, la téléphonie mobile …

Il est temps de raccrocher, la descente en sous-bois que j’ai entamée demande un minimum d’attention. Il y a beaucoup de branches coupées en travers du chemin et quelques sympathiques cailloux. C’est la deuxième fois que mon pied droit bute contre les aléas du terrain et je n’ai pas envie de faire un câlin forcé avec le sol des Monts d’Or.

Nous arrivons à la porte de séparation du petit et du grand format vers 1h25 après une bonne descente. Les bénévoles calment un peu notre ardeur. « Attention, ça glisse. Méfiez-vous ! »
Pas le moindre petit soupçon d’hésitation, je tourne à droite à la suite de Biscotte. Il doit nous rester à peine 26 bornes, ce n’est même pas le cinquième d’une LyonSaintéLyon, ma nouvelle distance étalon, autant dire qu’on est arrivé. 😆
Il y a nettement moins de monde de ce côté. Pour ainsi dire personne. Pourtant, nous avons de la marge sur la barrière horaire, il doit y avoir encore pas mal de monde derrière nous.

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La fatigue me gagne peu à peu, me rappelant mon manque de volume actuel et je fais moins le fier au pied du Mont Thou (vous savez la fameuse grimpette de la face ouest). Aller, courage, on commence la pente herbeuse en douceur, lentement mais sûrement avant de s’attaquer au mur terminal. Et m..rde, qu’est-ce que ça glisse ! Je vais devoir me résoudre à me baisser pour m’aider de mes p’tites mimines. Gel et boue, c’est mon pote samsung qui va être content. Une corde … elle tombe à pic celle-ci. Avec Biscotte, on aime bien déconner avec l’air de ne pas y toucher. « Et celle là, tu l’as faite en vélo ? » « Oui, mais sur le petit braquet, je manque un peu de pratique en ce moment … ». Tu parles, si un mec est capable de grimper ici sans mettre pied à terre, je veux bien me faire moine. Quoi que, je préfère me la mettre en veilleuse, il y a des furieux en ce bas monde.

D’ailleurs, je viens à peine d’émerger sur le plateau au sommet du Mont Thou, qu’un vttiste déboule en sens inverse, probablement pour admirer les athlètes que nous sommes. « Faites attention, la descente est super rapide et il y a des ronces sur votre droite ! ». Il m’a regardé d’un drôle d’air. Non, me dites pas qu’il m’a pris au sérieux ? 😆
Aller, je prends rapidement une photo et une petite vidéo du panorama avant que Biscotte ne s’impatiente de trop. « Vas-y, vas-y, je te rattrape … pas de problème. » le tout avec le petit ton du mec super fort, qui va super vite et qui va combler l’écart en moins de temps qu’il ne faut pour prononcer distinctement le mot cacou.

Première rencontre avec Yanshkov qui profite d’une semaine de repos avant le Trail du Ventoux pour donner un coup de main à l’organisation. Il nous apprend qu’Oslo a une sacré avance sur nous …

Un petit tour du côté de Saint-Fortunat puis on file du côté de Saint-Cyr. Je retrouve à nouveau mes marques sur le sentier des Rapaces on l’on croise quelques familles en balade et nous arrivons au second ravitaillement. Un ravitaillement en liquide exclusivement. Et encore, quand je dis liquide, il ne faut pas croire que c’était déjà l’heure de la mousse. Un petit verre de coca histoire de se nettoyer l’estomac puis je recharge ma poche à eau qui n’est pas loin d’être vide. Zut, il faut que j’enlève un petit cailloux. Voyager léger qu’il disait l’Arthur. Ben la prochaine fois je prendrais quand même les mini-guêtres. Bon, ça va les pieds sont nickels, même pas un p’tit coup de chaud. Faut dire que j’ai pas lésiné sur la Nok ce matin. « T’as fait le plein de la poche Arthur ? » « Ben oui mon poulet, je sais que je suis pas un rapide aux ravitos mais ça c’est fait ! ».
En tout cas, l’estomac va bien, je me serais bien bouffer une p’tite tranche de saucisson, histoire de.

Relais 3
Distance : 9 598 m, D+ : 516 m, D- : 639 m

Les portions qui vont suivre vont être un régal pour la tête mais laisseront des traces dans les jambes. Je me régale. C’est fou le nombre de petits sentiers et autres chemins qu’il peut y avoir et cela même sur les hauteurs déjà bien urbanisées de Saint-Cyr.

Nous rejoignons le chemin abrupt qui monte en ligne droite dré dans le pentu depuis Saint-Romain. Vous savez, celui avec la fontaine aux Salamandres. Une bonne descente où je déboule joyeusement en tête avant de m’arrêter après quelques centaines de mètres … Aie, pas de ruebalises ni la moindre petite trace de peinture orange. Glups … mes jambes me font immédiatement la gueule. Purée, tu pouvais pas faire gaffe ! Bon, ben faut se rendre à l’évidence, il va falloir remonter …


C’est un régal de courir sur ces monotraces.

Et c’est reparti dans l’autre sens mais bien moins vite ! Quelques coureurs déboulent au moment même où nous retrouvons la trace. Un des coureurs, l’homme en rouge pour ne pas le nommer, s’approche de moi, enlève son gant et me serre chaleureusement la main. Je mets tout d’abord cette marque d’affection sur le compte du petit crochet facultatif qu’il n’aura pas à effectuer. Plausible, les remerciements dans ce cas sont directement proportionnels au pourcentage de la pente évitée. Mais non, ce coureur sympathique originaire du beaujolais est tout simplement un lecteur assidu et un fan du site www.arthurbaldur.fr. Bon, j’en rajoute un peu, il était peut-être surtout physionomiste. Quoi qu’il en soit, ça fait toujours plaisir et ça motive pour faire des beaux (je l’espère) CR.

Le petit passage dans les carrières aura été fort sympathique quoique un peu traumatisant pour mon amour propre. Force est de constater que je suis aussi monotâche qu’un iPad. Faire le kéké en caracolant en tête tout en faisant les réglages de mon Samsung pour immortaliser la beauté des paysages est au-dessus de mes possibilités. La photo est ratée, c’est un moindre mal pour mon égo mais j’ai glissé sur un pierrier et je me suis vautré au sol comme un girafon au moment de sa naissance. Vous n’avez avez jamais vu naitre un girafon ? Désolé, je ne suis pas chargé de votre éducation !

Nous voilà maintenant au dessus de Couzon au Mont d’Or. Nous rejoignons la route qui mène au Titan discothèque d’où nous avions pris le départ de la Tonight l’année dernière. C’est une course nocturne comme son nom le laisse supposer. Le bénévole chargé d’assurer la sécurité de cette traversée de route n’est autre que Yanshkov ! Depuis le temps que je visite régulièrement son site ! Nous n’avions jamais eu l’occasion de nous voir en chair et en os. Il nous annonce qu’Oslo a une avance considérable sur nous. Ah, ces p’tits jeunes ! Ils ne savent pas prendre le temps d’apprécier les choses.

Jeune ou pas, s’il y a une chose que j’ai apprécié à sa juste valeur c’est bien le troisième ravitaillement. N’en déplaise à Biscotte, je compte en profiter pleinement. J’ai faim, bigrement faim. Je ne pense pas que ce soit les premiers signes d’une hypoglycémie mais tout simplement que l’heure du déjeuner doit être déjà bien dépassée. Biscotte est déjà dans les starting-block prêt à repartir. « Ok, je suis prêt, on y va. » Je finirai de grignoter mon dernier morceau de fromage dans la descente sur Curis.

Relais 4
Distance : 9 761 m, D+ : 502 m, D- : 560 m

On aperçoit bientôt les tours du château de Curis. Ca ne présage rien de bon. On est descendu bien bas, il va falloir remonter maintenant ! Je commence à en avoir vraiment plein les guiboles. L’ascension du mamelon qui domine le château de Curis me semble bien laborieuse !
Nous passons devant la chapelle d’inspiration musulmane qui domine le sommet du mamelon avant de filer sur la Croix Vitaise. Purée les cuisses sont vraiment dures dans les montées.

Je pense connaître le chemin qui sera le nôtre pour descendre sur Poleymieux. Nous l’avions emprunté à l’occasion d’un Off en avril 2009. Je me rappelle que l’ami Bourgui nous y avait montré ses qualités de descendeur. Gagné. Aller, je me lâche dans celle-ci … Yessssss ! J’ai mal partout mais je me fais plaisir …

J’arrive dans Poleymieux en tête bientôt rattrapé par Biscotte et par quelques autres coureurs. Ne vous méprenez pas, je ne cherchais pas à lâcher mon compagnon de route. D’ailleurs j’ai ralenti mon allure après avoir traversé la route principale de Poleymieux.
« Vas-y Arthur ! » Ben m..rde alors, je tombe sur le cul, encore un fan !!! 😆
« Tu le connais ? » me dit Biscotte. « Euh non, me semble pas ! »

Bon, il va falloir se farcir l’escalier de Poleymieux pour rejoindre le pied de l’église du village. Elle semble bien loin l’église perchée sur son promontoire à flanc de colline. Il y a un truc qui cloche immédiatement au niveau de mes quadriceps. Un truc qui n’est pas bon mais alors pas bon du tout pour la suite. A chaque fois que je lève péniblement la jambe pour atteindre la marche supérieure mon quadriceps se met à vibrer comme la lame d’une vielle guimbarde. Des crampes ! Bordel. Je suis en train de me chopper des p… de crampes ! J’essaye de gérer. Gérer quoi ? Je n’en sais rien. Je marche sur des oeufs, j’essaye de ne pas trop forcer, de ne pas trop me relâcher.

J’arrive au niveau de l’église avec soulagement. Hé voilà qu’il faut redescendre ! La descente me soulage. Les muscles sont douloureux mais je ne suis plus à la limite de la contraction. Portant les cuisses sont bien sollicitées. Bizarre. Je suis peut-être plus relâché ? Et c’est reparti pour une grimpette. Le vibrato est de retour ! J’en informe Biscotte histoire de me faire plaindre.

« Biscotte, je suis à la limite de la crampe là … » Le bougre m’apprend qu’il en souffre depuis le 23eme kilomètre mais qu’il s’est bien gardé de me le dire me connaissant. Il m’apprend qu’il ne faut jamais réveiller le compétiteur qui sommeille dans l’esprit d’un Arthur. Montrer lui votre point faible et il en profitera, c’est plus fort que lui. Oh le vilain cachotier ! Et en plus il me colle le rôle du vilain coureur sans état d’âme. Bon c’est vrai que ça a pu m’arriver pas le passé mais c’était toujours indépendant de ma volonté … 😆

Il y a un petit plat avant une dernière montée. J’entends un coureur derrière moi lancer un « Allez les gars, faut relancer maintenant … » Relancer ? Il veut que je relance maintenant avec mes muscles en mode vibrato ? « Non, je ne relance pas, je ne peux pas. » Si je le faisais mon petit père, je serais tout juste bon à planter dans un champ pour faire fuir les moineaux. Il insiste le bougre : « Aller, on relance ! » Biscotte, vient à mon secours : « M’enfin, on te dit qu’il est crampé ! ». Les quelques coureurs de notre petit groupe me passe devant dès lors que la trace s’élargit un peu.

Une petite chapelle sur le mamelon qui surplombe le château de Curis.L’église de Poleymieux.

S’en est terminé des montées. Nous attaquons la descente sur Chasselay. J’ai bien failli m’arrêter un moment en haut tellement j’avais les muscles des cuisses durs et douloureux mais Biscotte m’a conseillé de continuer et de dérouler tranquillement. Faut gérer quoi … Il n’a pas tort. D’ailleurs le vibrato musculaire douloureux s’arrête miraculeusement dans la descente. Elle est pas belle la vie ? Ca va nettement mieux. Tellement mieux que l’on commence a envoyer du lourd. Du très lourd même quand on considère l’état des deux bonshommes !

Je cavale en tête depuis un moment quand un cri guttural à la Johnny Weissmuller éclate subitement à mes oreilles. Le silence se fait dans la jungle. Plus un bruit. Je remonte le sentier sur quelques dizaine de mètres pour découvrir ma Biscotte allongé sur le sol. La bête est terrassée par une bonne crampe aux ischios mais l’oeil est encore vif et le teint rose. Je suis rassuré, je m’attendais à une bonne gamelle … A sa demande, je procède à un étirement de sa gambette tandis que deux ou trois coureurs, dépassés quelques instants auparavant dans la descente, me passent tranquillement sous le nez. L’emporteront pas au paradis …

Biscotte semble se réconcilier avec sa musculature. Aller, c’est reparti. Fin de ce petit interlude. Je part en tête. Biscotte est dans mon sillage. Je me sens en forme. Elle me plait cette descente. Une montée d’adrénaline me pousse à accélérer. J’ai envie de jouer. Jouer avec le terrain et jouer avec Biscotte … alors j’accélère un peu, l’air de rien, histoire de voir. Ca semble répondre mollement alors je maintiens l’allure sans en remettre une couche. On n’est pas des sauvages !


La fin du parcours. On aperçois le clocher de l’église de Chasselay

Hé! Je viens de reconnaître le sentier parcouru hier après-midi avec ma fille … Pas de doute, je me rappelle de ce virage sur la gauche … M..rde ! On est si près de l’arrivée ?!
J’accélère alors franchement. J’ai encore de l’énergie à revendre et il n’est pas question que j’en ramène de trop à l’arrivée. J’ai toujours un petit regret lorsque je ne me suis pas assez donné.
Biscotte n’a pas l’air de suivre. J’ai creusé un écart confortable. D’ailleurs en regardant derrière moi un peu plus tard, je ne l’aperçois même plus. Ce n’est plus un écart, c’est le gouffre de Padirac !
Je profite de ma vitesse pour gober goulument deux premiers coureurs. Le clocher de l’église de Chasselay n’est plus très loin.

Voici les premières maisons. On tourne à droite pour emprunter notre dernier chemin de la journée. Dans un ultime effort je double à nouveau deux coureurs avant de rejoindre la rue des Darbonnières puis la rue de l’étang. Bon, ils n’ont pas trop résisté les bougres. Ils auraient pu faire un effort !
L’arrivée est en vue. J’aperçois Oslo. J’ai la banane. Je passe en trombe devant lui en criant un « Je l’ai niquééééééé !!! ». Enfin, c’est ce que raconte Oslo … Franchement, vous me croyez capable de sortir des horreurs pareilles ?

Il m’aura fallu 5h23 pour en venir à bout. L’objectif était de 5h30. Elle est pas forte madame soleil ?
Une éternité plus tard (bon ok, on a juste 1’25 d’écart), Biscotte arrive à son tour tranquillement. « Je croyais que j’avais un ami … ». Oh l’autre, il essaye de me culpabiliser !

Oslo nous a quittés rapidement, il avait un rendez-vous urgent avec sa télé. Des histoires de ballon ovale semble-t-il. Biscotte et moi, nous sommes allés nous remplir la panse et satisfaire au traditionnel partage de mousse d’après course en compagnie de toute la Biscotte familly.

Voilà c’est fini. Je garderai un excellent souvenir de cette journée passé en ta compagnie Biscotte.
C’est cool, dimanche on remet ça pour le Lyon Urban Trail mais c’est une autre histoire …

@rthurbaldur.

Récapitulatif :
Temps : 5h23’57 »
Distance : 39 km
D+ : 2020 m

Classement général : 144/205


Un bandeau Husky en cadeau …

Le site : Le Trail des Cabornis

Le CR d’Oslo : 38 km de cabornes, ça use les souliers.

Quelques photos :

Le Trail des Cabornis 2010
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