Arthurbaldur

Le songe d’une nuit d’hiver
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Le Trail des 3 Châteaux, les 5 et 6 mars 2011

mars 22, 2011 By: Arthurbaldur Category: Compétitions, Course à pied, Trail

Ah ! Mon beau château, Ma tant’ tire lire lire …

Au programme de ce weekend un trail. Le trail des 3 Châteaux. J’avais été emballé par cette course au Creusot en 2009. Plusieurs épreuves sont proposées durant le weekend et notamment un combiné avec une course nocturne de 20 km et 600 m de D+ le samedi et un trail un peu plus long le lendemain avec une balade de 34 km et 1000 m de D+.

J’ai un petit compte à régler avec les châteaux Creusotins. Il y a deux ans, le releveur de mon pied droit n’avait pas beaucoup apprécié l’enchainement deux semaines après la Piste des Seigneurs. Le soir, pour la nocturne, j’avais terminé dans un sprint d’anthologie au coude à coude avec Biscotte lui arrachant 1s au classement général mais j’avais été dans l’incapacité de terminer le grand parcours le lendemain matin. La balade s’était terminée en ambulance avec un tendon en feu et un peu d’amertume vite dissipée par la bonne humeur de mes compères.


Le Château de la Verrerie.

Aujourd’hui, Arthur is back. J’ai bien l’intention de découvrir le château de Saint-Sernin. Enfin, ce qu’il en reste. La tour de Saint-Sernin est le seul vestige du château à avoir réussi sa traversée des âges.

J’ai fait le trajet pour le Creusot avec Biscotte et sa descendance. Le trail des 3 Châteaux, c’est un incontournable familial chez les Biscottes. Non content de s’y coller régulièrement, la Biscotte a fini par entrainer à sa suite deux de ses frangins. Joël s’essaiera à l’épreuve nocturne et le lendemain Grégory tentera le grand format avec une préparation quasi proche du zéro absolu. Il parait que c’est normal. Ils sont comme ça les pompiers. Qu’est-ce que t’en penses Yin-Yin ?

Joël nous héberge pour le weekend. Nous prenons le temps de récupérer un peu du trajet chez lui et puis on enchaine sur les préparatifs pour la première épreuve. La température est plutôt clémente. Un bon 6°C idéal pour courir. Je n’ai pas déménagé toute ma garde robe sinon j’aurais peut-être opté pour le short comme Biscotte. Ce sera corsaire pour moi et mon incontournable t-shirt manche longue finisher du trail Verbier St-Bernard. Je viens de découvrir avec surprise que mon compère Biscotte n’avait pas eu le droit aux manches longues à Verbier … Est-ce à dire que les manches étaient réservées aux coureurs les plus méritants ?

Epreuve du samedi soir : 20 km et 650 m D+

L’heure du départ approche. Nous nous rendons au Château de la Verrerie. Quelques tentes ont été installées dans la cour du château. Retrait des dossards, ravitaillement, buvette et lieu de vie pour le repas du soir sont rassemblés ici. Seules les douches mises à la disposition des coureurs sont un peu à l’écart. Argh, dois-je y voir un sombre présage quant à notre futur classement … Je me vois attribuer le dossard 53 tandis que la Biscotte est gratifié d’un numéro 8 du plus bel effet. Remarquez, le frère de Biscotte à un 222 bien tassé qui équilibre un peu la donne.

Nous avons rejoint Rémi, un collègue de Joël. Monsieur est à classer dans la rubrique : coureur rapide. Il découvre les joies du trail et a de jolis rêves plein la tête qui ne demandent qu’à se concrétiser. En attendant d’aller gambader autour du Mont Blanc, il va falloir commencer par crapahuter dans les collines Creusotines. Et ce n’est pas si facile.

Nous partons nous échauffer dans le parc du château. Il y a de quoi faire : 28 hectares de verdure au cœur de la ville. Le tour de l’étang suffira à faire monter la température. Les sensations sont excellentes, c’est assez rare pendant la mise en route de la machine pour que je le signale. Par contre j’ai oublié de mettre de la crème anti-frottement sur mes petits petons ce qui me vaudra force comparaison avec le compère Tazounet. Il faut dire que j’étais encore empêtré avec mes chaussettes, assis à même la place de l’église à 5 minutes du départ.


Le départ de l’épreuve nocturne.

Bien sûr pour finir de me chauffer le neurone, le GPS de ma polar refuse de papoter avec ses petits copains en orbite. Impossible d’attendre plus longtemps … Le peloton qui se blottit sous le porche du château de la Verrerie n’est pas spécialement épais, moins de 200 âmes mais nous sommes obligés de nous faufiler sur les côtés en longeant les barrières de sécurité pour trouver une petite place. La lumière témoin de synchro de mon GPS est toujours désespérément rouge. Bah, au moins elle est raccord avec la couleur des fumigènes. Ambiance féérique garantie. A défaut de cristal,les forges du château vont cracher tout un tas de diablotins.
Les courses, c’est vraiment no-stress, à quelques secondes du départ, je fais encore tranquillement une p’tite photo du peloton. Tiens, j’ai immortalisé Rémi par le plus grand des hasards. Il m’a l’air très concentré.

Oups, ca y est, c’est parti et ça ne lambine pas … Tout occupé que je suis par mes lumières polardesques, je perds de vu l’ami Biscotte. Ce n’est pas bon du tout cette histoire, s’agit de l’avoir à l’œil le compère. Non, le voilà, je l’ai repéré et le voyant est même passé au vert, que demande le peuple ?

Premier sentier, première montée à travers bois, les cuisses sont vites mises dans l’ambiance au 3 châteaux et le palpitant n’est pas en reste ! Quand c’est qu’on marche ? Ben non on ne marche pas. 20 bornes c’est trop court pour jouer les économes. Ici faut que ça chauffe, que ça pulse … Alors on court dans cette première montée, comme tout le monde du reste. Et on ne traine pas en chemin je peux vous le garantir ! 5’45 au kilo en moyenne sur les 2km5 et 118 m de D+ de cette première montée. Bon ok, rien de bien extraordinaire pour les cadors qui cavalent en tête mais pour les abonnés aux courses au long cours que nous sommes sensés être, ça secoue !

« On ne va pas un chouïa trop vite ? demande la Biscotte.
– Ben j’en sais rien ma Biscotte, mais faut croire, d’habitude on marche ! »

Après avoir basculé au sommet de cette première bosse nous relançons la machine sur un long faux plat descendant. J’ai la forme. Il n’y a rien que je préfère autant qu’un profil légèrement descendant pour dérouler mes grandes cannes sans forcer. Notre allure a augmenté. Nous avons gagné une bonne minute au kilo. J’en remettrais bien une couche histoire de jouer avec les nerfs de la Biscotte mais je ne suis pas certain de tenir sur la durée. C’est quand même un peu plus long qu’un cross cette histoire, alors je me contente de petites variations d’allures en essayant de m’économiser pour le sprint final …

La pente s’accentue. L’ami Biscotte prend les devants. Je préfère me retenir un peu. J’ai peur de trop solliciter mon genou dans cette descente rapide d’autant qu’il y a quelques caillasses piégeuses. Il m’a fait suffisamment de misères ces derniers temps. Le bitume remplace le chemin et nous permet de titiller les 4′ au kilo. Ce ne serait pas raisonnable d’aller plus vite, je sens que ça tabasse pas mal avec les trabucos même si ce ne sont pas spécialement des sabots.

Après la traversée de la route du bois de Ruault, c’est reparti pour une nouvelle grimpette. Ca commence gentiment sur un chemin et puis ça se corse rapidement quand le tracé coupe droit dans la pente à travers bois avec un pourcentage qui doit flirter les 15% par moment. Les coureurs de l’association Dunes d’Espoir ont bien du mérite de passer ici avec leurs Joëlettes. Nous avons doublé deux équipages presque coup sur coup il y a quelque temps déjà mais il nous aura fallu faire un bon bout de chemin avant de rattraper la troisième équipe, nettement plus véloce.
Je double les coureurs aux maillots jaunes des Dunes en leur prodiguant quelques mots d’encouragements et je m’empresse de suivre l’ami Biscotte.

J’ai d’ailleurs bien du mal à le suivre. Biscotte est redoutable dans les pentes dès lors qu’elles vous obligent à marcher. Il a une capacité à faire de grandes enjambées que je n’ai pas. Pourtant j’ai de plus grandes guiboles que lui. J’en ai essayé des trucs comme se propulser sur les gros orteils à la fin de chaque pas. Ben, faut croire que cette petite impulsion préconisée par Ultrafondus n’est pas suffisante pour me maintenir dans la foulée de la Biscotte. Ma seule chance était qu’il ait succombé la semaine précédente à l’appel d’un succulent aligot d’Aubrac ou à des ris d’agneau des Causses qui n’auraient pas manqué de le plomber, comme pour la Piste des Seigneurs, mais non, rien, nada. Biscotte s’est transformé en ascète adepte de la feuille de laitue. Déjà que monsieur a ajouté une séance supplémentaire à son planning d’entrainement hebdomadaire, s’il se met à être raisonnable côté diététique comment voulez-vous lutter ? Ben, je n’en sais rien ma bonne dame. Mes neufs ans d’écart avec le loustic me semblent peser davantage aujourd’hui. C’est crédible comme excuse ?

Bon cela dit, Biscotte n’a pas réussi à me distancer totalement. Je vais le garder plus ou moins en point de mire pendant une bonne partie de la course. La dernière vision fugitive de mon compère sera une silhouette quittant le ravitaillement de Montcenis. S’est-il arrêté au ravitaillement ? J’en doute. Je ferai quant à moi une pause express. Un record personnel ! Le temps de prendre au vol trois pruneaux et de regarder s’il y avait un peu de coca planqué parmi tous les verres remplis d’eau posés sur la table de ravitaillement.


Cette courte pause a suffi à Biscotte à asseoir sa domination, d’autant que je perdrai encore un peu de temps dans la dernière ascension en suivant un coureur qui s’était engagé sur un mauvais chemin. A défaut d’être un régal pour mes cuisses, cette dernière difficulté l’est pour les yeux. Les lumières de la ville du Creusot s’offrent à nous en contrebas. Bourgui a bien raison quand il dit qu’une ville est toujours belle la nuit. C’est magnifique. Et puis il y a toutes ces loupiotes déposées par les organisateurs pour matérialiser notre route.

Une arche de lumière rouge se détache dans la nuit au sommet des Hauts de Baudots ajoutant à la féérie du parcours. Encore un effort et je franchis cette porte symbolisant très certainement notre passage au point haut de la course. J’ai abandonné tout espoir de trouver une quelconque symbolique à l’arche suivante matérialisée par une guirlande verte. C’était surprenant en tout cas d’entendre les gazouillis d’oiseaux émis par cette guirlande musicale.

Il y aura bien encore un petit coup de cul pour rejoindre la promenade des crêtes à proximité du karting du parc des Combes mais globalement il ne reste qu’une longue et sympathique descente pour rejoindre le centre ville. Après le passage souterrain, je rejoins l’avenue de l’Europe pour une longue ligne droite. Il y a des coureurs au loin, trop loin pour que je puisse espérer les rattraper et personne derrière moi mais je fais tout de même l’effort pour maintenir une bonne allure sur cette longue zone plate.

Finalement, je rattrape assez rapidement un premier coureur et je quitte l’avenue à sa suite pour traverser la place de l’université. Une dernière ligne droite et je passe encore quelques coureurs rendus frileux par le finish dans les fameux escaliers. Surprise, on quitte ceux-ci après quelques paliers pour emprunter un chemin par la droite. Pas le temps d’être frustré, ce petit détour nous permet de rejoindre une autre série de marches qui débouchent pile-poil en face du porche du château de la Verrerie. Je traverse la rue et j’accélère pour la forme sur les cinquante derniers mètres.

Et hop et de une en 1H55’47 ».

L’entre deux parce qu’un coureur ne fait pas que courir.

Biscotte est là. Pas depuis bien longtemps d’ailleurs. Moins de 2 minutes. Yin-yin peut bien m’appeler Papy Arthur s’il a envie, le papy a encore de beaux restes.

Ben zut, il n’y a rien à grignoter à l’arrivée … Il y a eu un loupé quelque part semble-t-il. Bon, je n’en ferai pas tout un fromage mais j’aurais bien grignoté un petit quelque chose avant d’aller me changer. Quand on parle de se changer … Nous n’aurons pas trop trainer pour aller enfiler quelques couches supplémentaires de vêtements parce qu’il y avait tout d’un coup un petit vent frais qui faisait bien sentir sa présence. A notre retour, le ravitaillement avait fait son apparition. Impeccable, voilà qui contribuera à faire patienter mon estomac en attendant Joël.

Biscotte est parti à la rencontre de son frangin. Pendant ce temps, j’assiste à l’arrivée d’une première Joëllette puis d’une seconde et enfin d’une troisième … Hé bien non, c’est le compère Joël qui arrive à son tour encouragé par son frère ! Il n’est pas fâché d’arriver l’ami Joël mais pour une première sur cette distance il peut être content de lui. Lui qui avait peur de finir dernier a même devancé une bonne dizaine de coureurs.

Bon c’est bien beau ces histoires mais il est grand temps de passer à table. Au menu de ce souper Creusotin : une soupe à l’oignon avec de l’emmental râpé à moins que ce ne soit du fromage à la soupe. C’est que j’ai tendance à avoir un (gros) faible pour les produits laitiers. Les traditionnelles pâtes à la sauce tomate et un yaourt. Le tout pour 32 euros. Meuh non, ce n’est pas le prix du repas, il est compris dans le prix de la course … Pour 32 euros vous participez au combiné, on vous offre un polo floqué et trois tickets repas (repas du samedi soir, petit déjeuner et repas du dimanche). Ca le fait comme dirait mes filles. Et l’organisation met même à disposition des coureurs un gymnase pour la nuit. Il paraît que le gardien a oublié d’éteindre les lumières mais bon tout ne peut pas être parfait ! Le dernier arrivé était sensé payer sa bière … ben j’avoue qu’on a pas trop insisté, on devait tous être un peu fatigués. Véronique et Thierry sont venus nous faire un p’tit coucou pendant le repas. Et hop voilà de nouveaux copains facebook rencontrés physiquement.

Soir ou matin, ça ne prend pas beaucoup de place une Biscotte.

Il est temps d’aller faire un gros dodo et de soigner la récupération pour le lendemain. Le départ est fixé à 10h30. Cool, on va pouvoir trainer sous la couette ! J’espère que le genou va être sage, j’ai envoyé pas mal dans la dernière descente …

La nuit a été bonne. Le genou est sagement à sa place de genou, prêt à servir. Les muscles sont un peu raides mais aucune douleur suspecte ne vient gâcher mon réveil. Joël s’est levé avant nous pour faire quelques emplettes pour le petit déjeuner. Il nous a gâté. Ils savent accueillir chez les Biscottes. Ce matin, Grégory prend le relai de Joël. Il ne s’est quasiment pas entrainé et n’a jamais couru une si longue distance en course ni à l’entrainement d’ailleurs. Hum, j’en connais un qui va sentir passer les 34 kilomètres !

Une fois tout ce petit monde préparé, nous nous rendons à nouveau au Château de la Verrerie. L’échauffement a été bien plus court aujourd’hui. Un simple aller retour pour se rendre aux toilettes publiques à l’autre extrémité du parking ! Papa Biscotte est venu encourager sa progéniture, quand je vous disais que les 3 Châteaux c’était une histoire de famille.

Epreuve du dimanche : 34 km et 1 000 m D+

Le départ est à l’intérieur du Château. La sono trépigne autant que les coureurs. Tut tut tut turlututu tut tut … Elle a même fini par péter un câble cette pauvre sono. La voilà qui part en boucle, qui se crispe, qui ne veut plus rien savoir. La note passe pas, rien à faire. Il n’y aurait pas une âme charitable pour lui couper définitivement le sifflet ? Bon ce n’est pas grave, dans un moment nous allons quitter ce tohubohu pour la sérénité d’une balade de plusieurs heures dans la campagne environnante. La course nous rend délicieusement zen.


Trouvez l’intrus : Grégory, Arthurbaldur, Joël et Biscotte.

Malgré une température plus basse que la veille (les vitres des voitures étaient blanches ce matin), je me suis équipé à l’identique que pour l’épreuve nocturne : corsaire et t-shirt manche longue. Pour le moment ça pèle un peu (4°c) mais ça devrait se réchauffer en fin de matinée avec ce grand soleil. A quand peut bien remonter la dernière course où je n’ai pas souffert du froid à un moment donné ? Faut que je me fasse une raison …

Le départ est donné, tout va bien, j’ai même pensé à mes copains satellites suffisamment tôt cette fois. Histoire de commencer doucement, on débute notre balade par un p’tit tour dans le parc du Château. Ca permet de s’échauffer tranquillement, l’air de rien, et d’étirer un peu tout ce petit monde (un peu moins de 300 personnes pour les trois épreuves : combiné, 34 et 20 km) avant le seul petit engorgement de l’épreuve : quelques marches d’un escalier étroit qui se faufile entre les murs d’anciennes maisons ouvrières.

Notre allure est un chouïa en-dessous de la veille mais je ne ménage pas ma peine pour autant. Très vite, la course semble être un remake de l’épreuve nocturne. Dans la montée qui suit le Bas-de-Marais, l’ami Biscotte prend peu à peu une dizaine de mètres d’avance sur moi tandis que deux ou trois coureurs nous séparent. Je le rejoins à la faveur d’une portion de bitume mais l’effort consenti m’a coupé les jambes et je n’arrive pas à me maintenir à son niveau. Voilà l’ami Biscotte qui s’éloigne à nouveau.

La descente dans la forêt au-dessus de l’étang de Saint-Sernin est vraiment agréable. Un sentier souple chemine dans une plantation de grands arbres, le regard porte loin dans ce sous-bois dégagé, la pente est modérée, c’est un régal. Le terrain idéal pour tenter de rattraper mon compère. Et bien c’est loupé le bougre a du également se lâcher dans la pente. Dans la côte qui suit, point de Biscotte. Les seules personnes rattrapées sont les randonneurs partis avant nous ce matin. Mais il ne faut pas désespérer, j’aperçois à nouveau mon compère à quelques encablures dans la descente dans Bouvier, ce qui me motive pour accélérer un peu.

Beaucoup d’efforts pour pas grand-chose. Je perdrai définitivement l’ami Biscotte dans la longue ligne droite qui mène au Château de Brandon. Me voilà bien obligé de reconnaître que cet affreux jojo est un cran au-dessus de moi. Je rajouterais bien « aujourd’hui » mais le « aujourd’hui » dure déjà depuis quelques courses. N’empêche qu’il n’a pas intérêt à relâcher son effort parce que je ne serai pas loin derrière …

Le Château de Brandon.

En attendant j’abdique un peu et je relève la tête du guidon pour profiter du paysage. Il y a deux ans j’étais à l’agonie dans ce chemin à l’approche du premier ravitaillement. Cette année les voyants sont au vert ou presque et même le genou droit semble s’être fait une raison et fait sont travail de genou sans rechigner à la tâche.

Je n’ai pas spécialement trainé au ravitaillement du Château de Brandon mais c’est toujours plus sans doute que l’ami Biscotte. M’en fous, je suis là pour courir certes mais également pour faire du tourisme. Bon, je n’aurai pas eu le temps de faire la visite complète du Château (il n’est d’ailleurs ouvert qu’à partir du 15 avril) mais j’aurai au moins franchi l’ancien pont levis, traversé sa cour et quitté les lieux par un couloir et une porte dérobée.

Après avoir longé l’Etang de Brandon et traversé un bois, j’arrive au croisement avec la D43 lieu de mon ancien abandon. Il va sans dire que je reconnais parfaitement les lieux pour les avoir faits en marchant si ce n’est en rampant. L’affront est enfin lavé. Je vais découvrir la fin du parcours et fouler enfin ses sentiers restés vierges de mes pas. Et bien, c’est globalement plutôt roulant comme sentier et un poil longuet …


Une vieille bâtisse après l’étang de Brandon.

J’ai baissé de régime sur cette portion et c’est probablement plus la faute à la tête qu’aux jambes. Quelques coureurs en ont profité pour me doubler mais j’ai réussi à m’accrocher à Stéphane, un Grenoblois avec qui j’ ai fais connaissance. On a fait un bout de chemin ensemble en s’aidant mutuellement. Tantôt devant, tantôt derrière, j’ai imaginé un moment que l’on finirait la balade ensemble car notre niveau sportif semblait équivalent. Bon, j’avoue avoir tenté de le lâcher dans la descente sur Saint-Sernin mais Stéphane m’a rattrapé au train en arrivant au niveau du premier étang. Je suis incorrigible mais c’est tellement bon de jouer.

Un peu calmé, nous longeons le bord du lac tranquillement et une petite grimpette le long du cimetière municipal nous amène devant l’ancien Prieuré de Saint-Sernin-du-Bois et l’ancienne tour du château, dernier vestige d’un passé révolu. A vrai dire, la tour m’importe peu actuellement, je suis surtout préoccupé par la localisation du ravitaillement.

Le ravitaillement est abrité dans une cour à l’intérieur de laquelle on accède en descendant quelques marches. Joël et son papa sont là pour nous encourager et me renseigner par la même occasion sur l’avancée du fils prodige. Le prodige en question a 10 minutes d’avance sur moi. Bigre, c’est un sacré gouffre d’autant que Joël complète ses informations en m’annonçant que le frangin est au taquet, dans une forme époustouflante et qu’il veut tous se les bouffer et en particulier Rémi. Bien oui, c’est un Rémi perclus de crampes et proche de l’abandon qui est passé au ravitaillement 7 petites minutes avant la Biscotte. La gentille Biscotte s’est transformée en cracotte sanguinaire, l’œil injecté de sang, la bave aux commissures des lèvres (ben oui quoi, on se venge comme on peut de s’être fait maravé). Le fait est que je ne risque pas de le rattraper, il doit être motivé comme jamais et je n’aimerais pas être dans la peau du lapin Rémi dont la seule motivation est désormais de finir la course pour ne pas se faire chambrer lundi matin par un Joël revanchard.

Nous reprenons la route avec Stéphane. Lui non plus n’est pas du genre à trainer aux ravitaillements. J’ai juste eu le temps de faire le plein de la poche à eau aidé par Joël et de grignoter deux ou trois babioles qui me faisaient de l’œil et il m’annonce qu’il va rependre la route. Bon, ben moi aussi alors. On contourne l’étang ce qui nous permet d’admirer la tour sous un autre angle et puis nous bifurquons pour nous enfoncer dans les bois.

Je ne sais pas quand c’est apparu. C’est là depuis un petit moment probablement mais je n’en ai pris conscience que maintenant. J’ai la forme. J’ai une p… de grosse forme subitement, comme par magie. Tout me semble plus facile, je prends plaisir à jouer avec le terrain, à relancer après les difficultés. La fatigue s’est envolée (enfin presque faut pas abuser). Peut-être un déclic au plus profond de mon cerveau du genre « Coucou c’est la fin … faut se réveiller ! » ou alors un brusque retour de forme. Je ne sais pas mais soudainement j’ai une sacrée patate.

Stéphane s’en est aperçu lui aussi par la force des choses et il a été le premier a en subir les conséquences. Je suis en train de le lâcher progressivement et ce sera définitivement le cas après le passage à la fontaine Ricard me semble-t-il. On ne s’était pas jurés fidélité et il m’avait même proposé « d’y aller » … ben j’y suis aller. C’était demandé gentiment, difficile de refuser et franchement ç’aurait été du gâchis de ne pas profiter de se sursaut d’énergie.

Dans la descente sur les Vanniers, je trouve une candidate au poste de lièvre pour remplacer Stéphane. Bien costaud le lièvre … ou plutôt bien costaude la hase ! Je n’arriverai jamais à la rejoindre dans la montée pour rejoindre les crêtes, tout juste à la suivre de loin et encore elle me lâchera un peu plus tard en relançant immédiatement dès que la pente redeviendra plus favorable. Je ne me rappelle plus d’ailleurs si elle a fait partie des coureurs que j’ai doublés dans la descente finale. Rien n’est moins sûr.

J’ai donc doublé quelques coureurs cuits à point dans cette dernière montée. J’en ai même vu un se laisser tomber à genoux à mi-pente, comme s’il avait été foudroyé ! Rien de grave, juste un bon coup de fatigue. Hé bien, il va s’en rappeler de sa promenade celui-là !

Je m’étais imaginé que l’on descendrait directement sur la ville, mais non : après avoir ajouté une vingtaine de mètres à notre compteur de D-, voilà que nous remontons sur la crête pour passer à proximité du circuit de karts. On passera d’ailleurs suffisamment près pour que je puisse apercevoir un court instant un de ces bolides dans les méandres du circuit. Ce petit surplus de dénivelé n’est pas pour me déplaire, je n’irais pas jusqu’à réclamer un tour supplémentaire mais je n’aurais rien contre un petit bonus en kilomètres supplémentaires tant la journée s’avère agréable.

Les organisateurs en ont décidé autrement et me revoilà rapidement sur l’avenue de l’Europe. Pas un chat devant ni derrière. A la différence d’hier soir, je ne traverse pas la place de l’Université et j’opte pour le contournement du bâtiment. Quel est le bon tracé ? Ca ne change pas grand-chose de toute façon.

Donnez-leur quelques marches et ils sont contents !

A l’approche des escaliers, j’ai démarré une séquence vidéo pour immortaliser mon finish. Des cris d’encouragements éclatent tout là-haut, auxquels je réponds bien volontiers. J’entame la première série de marches deux par deux puis une deuxième série. Un spectateur m’encourage : « Allez, allez. Deux par deux, on y va ! » « Ah ouais trois par trois même. ». Le kéké que je suis sens qu’il va devoir très vite se calmer s’il ne veut pas exploser en vol. Je tiens encore une troisième série puis une quatrième à ce rythme pour rejoindre le palier où m’attend l’ami Biscotte. J’aperçois son frère Joël un peu plus haut. Déconnade et papautage avec mes compères oblige, j’ai ralenti pour les deux séries suivantes que je gravis marche par marche, mais toujours en trottinant. Maintenir le portable à hauteur du buste pour filmer me gène alors je m’en débarrasse et je confie la fin de la séquence au compère Biscotte.
Les bras libérés, je m’élance à nouveau pour franchir les deux dernière séries à fond les ballons. Comment ça, tu n’arrives pas à suivre ma Biscotte ?

Je déboule sur le trottoir et découvre avec surprise deux coureurs juste devant moi. Et là vous pensez forcément : il va nous ressortir une histoire de sprint comme à son habitude. Et bien même pas. J’ai bien accéléré, c’est plus fort que moi, mon petit plaisir en fin de course, mais les collègues n’ont pas eu la force ou l’envie de suivre … Et ce n’est pas faute de ne pas avoir été prévenus. Biscotte a fait le nécessaire : « Attention, ça revient vite derrière … ».

Encore quelques secondes d’effort et je passe sous le porche du château après 3h49 de course. C’est plus que mes prévisions mais forcément mieux qu’en 2009 … Voilà qui me convient. J’aurais aimé vous montrer la vidéo de ce finish sympathique mais de toute évidence Biscotte est plus doué pour courir que pour filmer. C’est la faute à toutes ces nouvelles technologies. Un portable avec tout plein de boutons et tactile qui plus est, s’en est trop pour une seule Biscotte et une Biscotte fatiguée de surcroît. Bref, pas de séquence vidéo, pas la moindre image d’Arthur pulvérisant la ligne d’arrivée, nada. Dès lors que l’ami Biscotte a pris l’appareil en main, mon portable a tout bonnement refusé de coopérer. M’enfin Biscotte, mais qu’est-ce qui t’a pris de toucher au bouton, il suffisait de le tenir …

L’après course.

Après nous être changés, nous sommes allés attendre Gregory. Monsieur s’est fait un peu désirer, probablement un peu de fatigue accumulée, la faute au surentrainement sans doute … Bon, il a eu un peu de mal avec les escaliers, il n’a pas une montée de la Sarra à sa disposition lui mais n’empêche qu’il a la santé le frérot ! Va falloir s’accrocher dans quelques temps, je ne vais plus savoir où donner de la tête avec toutes ces Biscottes … Quant à Rémi, peu habitué au trail, il a connu une fin de course un peu difficile. Il s’est fait fumer en beauté par une Biscotte en forme mais a résisté au classement du cumulé. L’honneur est sauf, il peut garder la tête haute mais il a eu sacrément chaud aux fesses.


Traditionnelle bière post-course.

Moment capital de la journée : le repas offert par les organisateurs et notre traditionnelle bière post course. Cuisse de poulet et riz sauce tomate. Un peu de féculents pour recharger les batteries. J’allais en avoir besoin plus vite que prévu. Pour déconner, l’ami Biscotte m’avait proposé de rentrer à pied à Lyon et était prêt à me fournir le tracé GPS étudié sur le site OpenRunner. Le truc bien préparé quoi (je dis pour déconner parce qu’Oslo pourrait le prendre au premier degré). Dans le cas où le trail des 3 Châteaux m’ait un peu fatigué, il me proposait de rentrer en TGV et m’avait d’ailleurs pris un billet. Douce attention de sa part, je me voyais mal me taper 160 km pour rentrer dans mon chez moi.

Quand il n’y en a plus, il y en a encore.

Après avoir pris une douche chez Joël, monsieur et madame Biscotte m’accompagnent à la gare TGV. Nous sommes partis au dernier moment mais Biscotte m’a répété plusieurs fois : « Cool, tu vas voir, c’est à 5 minutes … ». Hum, ça me fait penser aux spectateurs ou aux bénévoles qui t’annoncent en toute bonne foi qu’il te reste 2 km à parcourir alors qu’il t’en reste bien le double.

Nous arrivons à proximité de la gare. Oh ben tiens, c’est bizarre, il y a déjà un train en gare. Et ce bougre de train ressemble à s’y méprendre à un TGV tout ce qu’il y a de plus TGV. Biscotte relativise : « Ca va aller, ce n’est pas encore l’heure. Il est un peu en avance c’est tout. ». Les secondes s’écoulent rapidement tandis que l’on rentre sur le parking. Forcément, c’est toujours quand vous êtes pressés qu’un abruti (oups je m’emporte) se retrouve planté devant vous avec sa caisse à savon et vous bloque le passage. C’est marrant mais je sens comme qui dirait une galère pointer le bout de son nez.
Les secondes ont pas mal tourné mine de rien. Pas le temps de se garer, pas même le temps de faire des bisous (enfin si quand même à madame), Biscotte m’invite même à me booster quelque peu … pourtant c’est un p’tit gars posé, pas le genre à s’affoler.

Je prends mon sac à la main et c’est parti pour le sprint de l’année. Je m’élance vers une des portes automatiques qui s’ouvre lentement, comme à regret, pour me laisser passer et je pénètre dans le hall de la gare. Un coup d’œil à travers les parois vitrées. Le train est sur la voie opposée. Vite un passage souterrain, je veuuuuuux un passage souterrain ! Je m’élance sur la gauche, rien. Ah, le voilà, il est là, à ma droite. Vite poinçonner mon billet. Ok, c’est fait. Je dévale les escaliers comme je peux au risque de me rompre le cou et je relance aussitôt dans le couloir. Oh purée, je vais droit à la rencontre d’un mur compact de voyageurs descendus du train. La SNCF devrait organiser des stages de trail dans ses gares. Analyse instantanée du terrain … éviter l’impact avec le petit gros bedonnant, ménager cette frêle jeune fille, ne pas piétiner le chien-chien à sa mémère. Mes quadriceps durcissent sous la violence de l’effort, l’acide lactique me tétanise (oui bon, j’en rajoute).

Enfin j’atteins l’extrémité du tunnel, alors que j’entame la première marche des escaliers qui doivent me ramener à la hauteur des voies, j’entends le petit jingle de la SNCF « tin tin tinnnnn » et un « Prenez garde à la fermeture automatique des portes. » guère rassurant et peu compatible avec un retour rapide sur Lyon. Purée, la décharge d’adrénaline ! Je n’ai jamais enquillé des marches aussi vite, pourtant je n’étais pas des plus frais … Je déboule sur le quai comme un fou furieux. Le train est toujours là. La porte du wagon est encore ouverte. Quelques mètres à franchir. Les frères Wachowski auraient placé un ralenti du plus belle effet pour magnifier la scène.
Yesssssss ! Je suis dedans. Je l’ai fait !!!!!

Hé ben, ça c’était du sprint ! Un vrai finish de cross urbain. Il me faudra bien 10 minutes pour m’en remettre. Le meilleur dans l’histoire c’est que je suis rentré directement dans le bon wagon ! Merci Biscotte, je l’aurai eu mon sprint de fin de course ! Cet épisode imprévu a clôturé un excellent weekend.

Bien sympa ce trail des 3 Châteaux. Il a vraiment un p’tit goût de reviens-y. Le parcours varié est un régal et l’organisation est bien rodée. Et puis j’adore ce finish dans les escaliers. Je n’y peux rien, j’ai un faible pour les escaliers. Je vous le conseille vivement.

Un grand merci à la Biscotte Family et félicitations pour votre course les frérots.

Arthurbaldur. :)


Le polo en cadeau.

Récapitulatif :
Epreuve nocturne du samedi soir 20 km et 600 m de D+ : 1h55’47 »
Rang Gen. 46/79
Epreuve du dimanche matin 34 km environ et 1000 m de D+ : 3h49’12 »
Rang Gen. 48/79
Classement pour le combiné : 43/79

Le site : Le Trail des 3 Châteaux

Quelques photos :

Trail des 3 Châteaux 2011

10 Responses to “Le Trail des 3 Châteaux, les 5 et 6 mars 2011”


  1. Taz le Diable dit :

    Oh ben ça c’est du CR (presque) rapide dis-donc… pas comme toi apparemment !!!!

    Sinon, le WE a été bon semble t’il, je ne vous ai pas trop manqué :)
    Vivement le mois de Juin :D

  2. Eponyme dit :

    Toujours aussi sympa à lire tes CR, bravo à vous tous !

  3. Arclusaz dit :

    Après la source Ricard
    Rattrape ton retard.

    Bon, je sais, mais ce n’est pas pire que le lard du St Gothard !
    Belles courses, beau combiné, beau CR.

    Et effectivement le Creusot, c’est bot !

  4. cocolecyclo dit :

    Joli compte-rendu une fois de plus, on ne s’ennuie pas ! Bon, à quand tu fais de la panure de la Biscotte ? La qualité de la Biscotte s’améliore, ou c’est l’Arthur qui ramollit ? Rendez-vous à St-Fons dans 15 jours… pour une autre paire de manches !

  5. Arthurbaldur dit :

    @Tazounet
    Purée, ça sent la provocation là … D’autant que t’es gonflé amigo, ça fait un moment que je n’ai pas lu un cr aux petits oignons sur ton blog. Ben si tu m’as manqué, à défaut de maraver une Biscotte, je me serai bien fumé un Tazounet. J’imagine la scène. Un Tazounet dans la grimpette de la fontaine Ricard observant impuissant la remontée inexorable de son compère Arthur … Tout bonnement divin. :lol:

  6. Arthurbaldur dit :

    @Eponyme
    Merci m’sieur. :)

  7. Arthurbaldur dit :

    @Arclusaz
    N’empêche que je vais pouvoir me régaler à nouveau avec les sentiers du Valais grâce à ce slogan de haut vol. Et puis d’abord ce n’est pas St Gothard mais St Bernard. M’enfin, si c’est pas malheureux de dénaturer une pure merveille. ;-)

    « Si t’as du lard viens le perdre au St Bernard. »

  8. Arthurbaldur dit :

    @Cocolecyclo
    Faut bien que je le ménage un peu. Il a terriblement souffert d’avoir été abandonné à la Piste des Seigneurs comme une vielle tartine cramée. C’est dur à vivre pour une Biscotte de sentir continuellement la pression de son compère vétéran. Un petit relâchement et hop, il sait qu’il va se faire bouffer tout cru. Parfois je craque comme ce vendredi soir et je me laisse aller à un p’tit sprint sauvage histoire de remettre les pendules à l’heure.
    A très bientôt … :)

  9. Taz le Diable dit :

    Je note que tu « IMAGINES » la scène, rien de réel donc, et surement pas un pourrissage dans des escaliers, rappelle toi ce que ça t’a coûté la dernière fois :lol:

  10. grumlie dit :

    La biscotte est elle allégée… On n’a pas d’info mais elle envoie du lourd pour enfumer le compère Arthur… Bien sympa ce combiné.
    Je verrai bien le duo de choc sur une course comme l’Euskal Trail. En même temps il manquerait la saveur du sprint final entre les 2…



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