L’entrainement et la préparation de la LyonSaintéLyon me laissent peu de temps à consacrer à la rédaction d’un récit de course mais je vais tout de même faire l’effort d’écrire une petite bafouille sur le trail du Lison car les organisateurs méritent bien quelques louanges.

Le Lison est une rivière française qui prend sa source dans la commune de Nans-sous-Sainte-Anne dans le département du Doubs. J’affectionne particulièrement la région. En partie du fait de mes origines (mes parents sont originaires du Hauts-Doubs) mais également parce que c’est un formidable terrain de jeu pour les amoureux des sports nature de tout poil.

On peut dire sans exagérer que les organisateurs ont su exploiter à fond les ressources offertes par la nature environnante pour nous offrir un parcours varié et ludique où se sont succédés portions roulantes et passages techniques. Des chemins plus ou moins larges, des singles tracks étroits et sinueux, des traversées de lapiaz périlleuses pour les chevilles et quelques passages nécessitant l’usage des mains et l’aide des cordes à nœuds mises en place par l’organisation. D’ailleurs, parfois il n’y avait pas de chemin du tout !

Nous avons fait la route la veille avec Biscotte. Nous sommes hébergés pour la nuit par mes parents aux Longevilles Mt d’Or, petit village du Hauts-Doubs à une heure de route de Nans-sous-Sainte-Anne. Il fait nuit quand nous arrivons. Le ciel est très lumineux, une véritable débauche d’étoiles qui s’offrent à nous. On devine très clairement la bande plus claire de la Voie Lactée. La pollution lumineuse est quasi nulle, nous sommes à une vingtaine de bornes de Pontarlier, la ville la plus proche. Voilà qui confirme en tout cas la météo prévue pour le lendemain : une belle journée ensoleillée. Par contre, on ne devrait pas souffrir de la chaleur loin s’en faut …

Je n’ai quasiment pas coupé l’entrainement cette semaine, je risque de manquer de fraicheur demain. Pour rééquilibrer mes chances face à Biscotte, j’avoue avoir tenté de l’alourdir à grand renfort de Comté et de Boite Mt d’Or, mais mon compère a su rester raisonnable. Je ne devrai compter que sur mes guiboles.


Bleu SaintéLyon, orange Quechua, noir Sigvaris, vert Kalenji, et rouge Salomon … migraine ophtalmique garantie.

Dimanche matin :

La nuit est courte (4h30) mais le réveil facile avec la motivation. Il a gelé. Les -6°C nous picotent gentiment les bronches. Pas de quoi en faire un fromage, nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de Mouthe surnommé la petite Sibérie depuis que les températures de la commune ont tâté des -41°C une nuit de janvier 85.

Le trajet pour Nans-sous-Sainte-Anne s’effectue rapidement. La route est bonne et l’absence de brouillard et de brume matinale facilite bien les choses. Nous sommes invités à nous garer sur le parking de la Taillanderie où l’on fabriquait autrefois des outils taillants (logique) et des faux. Le trail du Lison est une course en ligne. Les organisateurs ont prévu des navettes pour nous conduire à Amancey, lieu de départ de la course. Nous n’aurons pas à attendre : elles sont déjà là.

Nous sommes accueillis très agréablement à Amancey dans une petite salle attenante au gymnase. Un petit café, la dégustation d’un gâteau typique de la région, le retrait des dossards, nous voilà occupés en attendant l’heure du départ. Nous papotons un moment avec Nicolas (Boucolas), l’un des organisateurs avec qui nous avons eu l’occasion de gambader plusieurs fois dans le passé et serrons la pince à Luc qui participera à notre périple dans les Monts du Lyonnais pour la LyonSaintéLyon.

Trail du Lison 2011

L’heure du départ approche. La nécessité de s’échauffer un minimum nous décide à affronter les températures extérieures. Finalement, il ne fait pas si froid, un peu au-dessus de zéro. Un t-shirt manches longues et un t-shirt manches courtes par-dessus devraient faire l’affaire.

Après un petit briefing, c’est le départ. Plutôt rapide le démarrage, il y a un paquet de fous furieux dans le peloton. Au vu de mon classement final, j’imagine qu’ils ont été nombreux à partir en sur régime.

J’ai du mal à trouver mon rythme au début. Nous empruntons le chemin du Tacot, une ancienne voie ferrée transformée en GR. Je ne suis pas à l’aise sur ce chemin caillouteux où les appuis sont fuyants. D’ailleurs, mon pied gauche lâche subitement et ma cheville se vrille vers l’intérieur. Ca va, je l’ai senti venir, même pas mal mais je ne suis pas passé loin.

Changement de paysage en entrant dans Amondans, un joli village tout en pierres. Nous pénétrons dans la cour du Château d’Amondans avant de traverser ses jardins. Je prends le temps de faire une photo de la façade du château et une autre du photographe qui nous mitraille au passage. Biscotte poursuit son chemin et en profite pour creuser un petit écart que je mettrai longtemps à combler. Difficile de concilier compétition et balade touristique !

Le tracé prend des allures de vrai trail. Le terrain est varié, on traverse des champs, on foule une piste forestière, on se donne une petite suée dans un coup de cul. Ca ne dure jamais bien longtemps et ça évite toute lassitude. Il y a pas à dire, c’est ludique. Je m’amuse comme un petit fou. J’en oublierais presque que je suis parti pour plusieurs heures de course. Advienne que voudra, je me lâche. Je suis revenu sur l’ami Biscotte en me faisant un peu violence. Le temps de récupérer un moment et je prends les commandes pour lui faire admirer mes mollets … Il n’aime pas ça la Biscotte. Ca le perturbe toujours un peu de se retrouver derrière moi. Surtout quand ça dure.

Cette petite démonstration de force a fait monter la température. Je suis obligé de m’arrêter au stand au premier ravitaillement et pour une fois, ce n’est même pas par gourmandise. Je tombe le t-shirt manches longues du trail Verbier St-Bernard pour le remiser soigneusement dans mon sac sous le regard attentif des secouristes sans doute impressionnés par mes abdominaux. On peut toujours rêver … C’est qu’il est précieux ce t-shirt, il m’aura tout de même coûté 29h de chauffe-cuisse sur les sentiers du Valais pour l’obtenir ! Ce bougre de Biscotte en a profité pour mettre les voiles. Si c’est pas petit ça … On lui propose un combat loyal entre frères d’armes et ce mécréant de Biscotte taille la route pour échapper à son destin.
Profiter d’une petite faiblesse logistique pour prendre les devants, m’enfin, l’emportera pas au paradis.

Mine de rien, le traitre a pris une belle avance. La faute à la ceinture de mon sac, il y a tellement de choses accrochées à la sangle ventrale (pochette supplémentaire, sacoche pour le gobelet pliable, GPS) que je n’arrivais plus à la fermer.

Il y a quelques passages étonnants sur ce trail comme cette fente entre deux rochers où nous devons nous glisser à tour de rôle. Un petit ralentissement s’est formé pour franchir cet obstacle, rien de pénible, à peine cinq ou six personnes, juste ce qu’il faut pour reprendre son souffle et se refaire une santé. Je me saisis de la corde, rentre les épaules, baisse la tête et je m’engage dans l’étroit boyau. Fait pas bon être trop grand par ici.


Bon faut pas croire, il y avait tout de même de grandes portions roulantes. Sympa les passages sur les plateaux.

J’ai pris en chasse un jeune coureur sans trop y croire. Peut-être un militaire si j’en crois la couleur de son sac. Il est plus régulier que moi dans son effort et semble plus puissant que moi dans les montées qu’il aborde en trottinant tranquillement. Il prend alors un peu d’avance que je récupère plus ou moins facilement quand la pente s’inverse. Mettez un Arthur sur une pente légèrement descendante où il pourra laisser dérouler ses grandes guiboles et il vous fera des merveilles.

Le deuxième ravitaillement est installé sur des tables de pique-nique devant un chalet perdu dans les bois à proximité d’Eternoz. Je prends le temps de refaire le plein d’eau car mon sac me semble un peu léger. Je grignote, plus pour le plaisir que par réelle nécessité car je me suis alimenté régulièrement depuis le départ avec quelques gâteries de mon ravitaillement personnel.

A défaut de s’arracher ma vertu, une fan me propose de me prendre en photo pour la postérité. Je ne sais pas si je dois vraiment la remercier. Je m’aperçois en regardant la photo que j’étais fagoté comme l’as de pique. Vachement tendance d’associer le bleu Sainté et le vert pomme Kalenji. Tu rajoutes une touche de noir Sigvaris, de l’orange Quechua et du rouge Salomon et tu te choppes illico une migraine ophtalmique des familles.

Il y a des descentes au trail du Lison mais finalement ce qui vous marque le plus ce sont les grimpettes. Des murs pas bien longs mais qui vous calment un coureur aussi sec qu’un bon saucisson lyonnais. Me voilà scotché sur le sentier du treuil. Je n’ai pas vu le treuil providentiel qui aurait pu m’extraire de cette petite plaisanterie géologique mais mes cuisses ont apprécié à sa juste valeur le pourcentage de la pente et j’ai eu tout le loisir d’observer et de tâter les rochers moussus et quelques arbres vermoulus.

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Je pensais pouvoir récupérer un peu en traversant cette route à mi-pente. C’était sans compter sur cette charmante diablesse, quoique un poil piquante, qui nous encourageait à rejoindre rapidement le bon dieu un poil plus haut en nous menaçant avec sa fourche. Apparition étonnante pouvant s’expliquer pas la proximité du pont du diable à Crouzet-Migette.

Me revoilà dans la pente après une courte accalmie à traverser un champ. Je me traine à nouveau. Il va vraiment falloir que je retourne au charbon pour m’avaler les fractions en côte qui vont bien et tutti quanti. Remarquez, j’ai tout de même réussi à creuser l’écart avec mes proches poursuivants.

C’était la dernière grimpette avant de revenir sur Nans-sous-Sainte-Anne. Un petit crochet pour prendre une photo au belvédère et c’est la longue descente plutôt roulante jusqu’au 3eme ravitaillement.

Je ne traine pas devant les victuailles offertes à mes yeux, ben non. Je m’empresse d’attaquer la seconde section : une petite bouclette de 18 bornes environ sur les hauteurs autour du site d’arrivée.

Le tracé ne fait pas dans la dentelle : un petit crochet pour passer sous les falaises aménagées en via ferrata et puis on attaque droit dans la pente. Un truc raide de chez raide. D’ailleurs, c’est le retour de la corde à nœuds, pas forcément nécessaire car le terrain est sec mais je n’ose pas imaginer ce que ça pourrait donner sous une pluie battante.

Nous nous éloignons du village, le bruit de la sono de l’arrivée s’estompe peu à peu.

C’est fou ce que j’ai la patate aujourd’hui. Je relance dès que la pente me le permet, je ne ménage pas mes forces en descente, pour tout dire je m’attends à me prendre un retour de bâton d’un instant à l’autre. Mais non, rien si ce n’est des jambes un poil paresseuses dans les montées. Quand le moral va tout va et ce dernier est excellent. Je double régulièrement quelques coureurs et il n’y a rien de tel qu’un peu de maravage pour vous mettre de bonne humeur et vous donner du cœur à l’ouvrage.


La croix de Monmahoux.

En arrivant à la croix de Monmahoux, on croise les coureurs qui viennent de quitter le ravitaillement. Je repère mes prochaines victimes, enfin de potentielles victimes tout du moins.
Je prends un peu plus mon temps ici. L’ambiance est bonne, les bénévoles rigolent, ça déconne gentiment et puis il fait bon, le ciel est bleu, le soleil radieux. On se poserait bien dans l’herbe pour partager, avec les quelques randonneurs présents, une tranche de jambon cru et un p’tit verre de vin rouge. Il sera bien temps de flâner à l’arrivée.

La suite est plutôt roulante jusqu’à Crouzet Migette. Le tracé est trompeur. On se dirige vers Nans, on se réjouirait presque d’une arrivée prochaine et puis on tourne subitement casaque pour s’en éloigner dans la direction opposée. Le profil m’est favorable. Je double encore quelques coureurs mais en donnant tout de même un poil de ma personne.

Il y a pas mal de monde à Crouzet Migette. Un ravitaillement express pour les coureurs et, un peu à l’écart, un ravitaillement pour les randonneurs avec un attroupement plus conséquent.

Il reste une belle grimpette au programme (200m de D+ environ) avec un passage plutôt raide sous les sapins. J’ai l’impression de me retrouver dans les Bauges. J’ai dans l’idée que le baliseur doit être bauju. Cette complète méconnaissance de la notion de lacets, une trace droit dans la pente, au plus court, nous sommes très certainement en présence d’un des innombrables cousins d’Arclusaz.


Nans-sous-Sainte-Anne. On était sur le versant opposé tout à l’heure.

Le sentier étroit longe le pied d’un mur rocheux avant de s’engouffrer dans une faille qui permet de franchir l’obstacle. C’est la porte de Couloux. Enfin, c’est ce qui est marqué judicieusement sur une petite pancarte. Délicate attention pour les touristes trailers que nous sommes. Le Lion Comtois nous accueille sur le pas de la porte : « Là où flotte le drapeau comtois, qui que tu sois tu es chez toi ».

C’est curieux, je n’ai toujours pas eu de coup de fil de la Biscotte. Le bougre ne va pas se priver. Il va encore me demander s’il a le temps de prendre sa douche avant que j’arrive …

Bon, je ne serai tout de même pas fâché d’arriver moi, l’appel de la mousse se fait sentir. Point positif, la pente s’est inversée, ça descend. Ca descend même plutôt rapidement, sans doute encore quelques accointances bauju. Cela me convient tout à fait, nous serons plus vite en bas.

La suite du tracé consiste en un long aller-retour pour admirer la source du Lison dont les eaux émergent d’un vaste porche. Le détour en vaut la chandelle assurément. On traverse le Lison sur une petite passerelle et c’est le retour vers Nans en longeant la rivière. 1.5 km (une misère) avant d’apercevoir l’arche d’arrivée. Je m’attendais à ce qu’elle soit un peu plus loin au niveau de l’église, j’ai eu comme un doute un instant. Je la franchis tranquillement après 6 heures et 30 petites secondes d’effort. Ben zut alors 30 secondes ! Si j’avais su, je serai allé les chercher …


Le site d’arrivée en bordure du Lison.

Compère Biscotte est là, assis sur un talus. Rien d’étonnant jusque là mais ô surprise, la Biscotte est encore toute rouge et transpirante, un poil flapi si j’ose dire. Monsieur est arrivé il y a moins de 6 minutes ! Hé, l’a eu chaud aux fesses la Biscotte. 😆
Mes parents ont également fait le déplacement pour nous féliciter et profiter de l’ambiance.

Cool, on va pouvoir enfin la boire cette mousse …

Un grand merci aux organisateurs et aux bénévoles pour cette belle journée. Un sans faute assurément surtout quand on pense que c’était une première édition. Un sans faute pour le parcours en lui-même bien sûr, pour le balisage (fallait vraiment vouloir en faire plus inconsciemment pour se planter) et pour les panneaux d’informations (un peu de géographie et d’histoire) mais également pour la logistique parfaitement huilée (toujours plus difficile de surcroit avec une course en ligne). Le repas à base de produits locaux, les douches écolos (les eaux usées sont récupérées), les cadeaux originaux (des œufs, une plante et un calendrier).

Longue vie au TrailIsOn …

Arthurbaldur. 🙂

Récapitulatif :
Temps : 06h00’30 »
Classement : 64/122.
Classement VH1 : 24/44
Distance : 45 km
D+ : 1845 m

Le site : Le Trail du Lison

Quelques photos :

Trail du Lison
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