Jacques a dit : quel bonheur de courir !

Il y a le plaisir simple induit par le mouvement, le plaisir de l’effort, des muscles qui travaillent, du stress qui disparait, autant de petites choses qui me poussent à m’entrainer inlassablement semaine après semaine. Il y a le plaisir de la compétition, du dépassement de soi, l’affrontement amical avec son prochain dans la joie et la bonne humeur. Je marave, tu maraves … quel pied. Il y a le plaisir de la découverte de nouveaux horizons. Que la France est belle, les paysages variés et les courses nombreuses. Mais pour moi, courir c’est avant tout le plaisir de l’autre, de la rencontre.

Une bonne bouffe avec les copains la veille du St-Jacques et ce weekend sportif débutait sous les meilleurs auspices. Nous étions hébergés pour la nuit avec Patricia chez la sœur d’une copine coureuse. Les amis de mes amis coureurs sont mes amis. Ma nuit avec Patricia fut fort agitée. Oh, rien de croustillant là-dedans. Nous avons été brusquement projetés, en plein cœur de la nuit, dans l’ambiance survoltée d’une boite techno. Je n’ai rien contre les rythmes musclés mais je n’aime pas qu’on fasse trembler mon matelas à grand renfort d’infrabasses, ça ne favorise pas mon endormissement. Entre deux eaux, j’ai longuement hésité entre la distribution de baffes et la participation à cette méga teuf improvisée. A défaut de dormir, autant faire la nouba …

Malgré cette courte nuit, nous avons pris la première navette pour le Domaine du Sauvage un peu avant 7h. Compère Taz nous a rejoints de justesse alors que le car commençait à quitter son parking. L’idée m’avait effleuré d’y aller à pied comme pour la LyonSaintéLyon mais pour une première, il était plus raisonnable de se contenter de la course officielle, faut pas abuser des bonnes choses.


Avec compère Tazounet, membre éminent du Taillefer Trail Team.

J’ai l’honneur de porter le dossard numéro 1. Un cadeau fort sympathique des compères d’Extra (les organisateurs de la course) avec qui j’avais effectué la reco du parcours en 2011. Un dossard élite, ce n’est pas le truc que vous épinglez sur votre t-shirt tous les jours, j’ai beau être affuté comme jamais après mon mini UTMB, c’est bien un moteur de 2cv qui se cache sous le capot.

Michel Sorine m’a confié une caméra de chez GoPro pour enregistrer quelques séquences pour un futur teaser de la course. Me voilà harnaché, saucissonné, la caméra saillante sur la poitrine. S’agit de ne pas se mélanger les pinceaux, ce n’est pas qu’il y ait tellement de boutons, mais entre les appuis longs, les courts, les bips bips et l’écran LCD inaccessible au commun des presbytes, il va falloir mobiliser quelques neurones pour que les p’tits gars d’Extra puissent tirer quelque chose d’utile du boitier.

Il y a quelques avantages à porter le dossard N°1, celui d’être à son aise dans le sas élite par exemple. Le gratin des coureurs rapides arrive peu à peu dans le sas puis à quelques minutes du départ, le peloton est invité à se rapprocher. Taz est un peu en retrait sur ma droite. Pas de trace par contre de Patricia. Le décompte est entamé, j’ai le doigt prêt à enclencher la caméra. Go …

Domaine du Sauvage – Saugues

Purée, c’est parti comme une volée de moineaux ! Le départ est un poil rapide pour mes capacités, surtout à froid mais il faut bien suivre : je n’aimerais pas avoir des traces de semelles au dos de mon t-shirt ! Ca fait désordre et c’est mauvais pour l’égo. Plusieurs coureurs me dépassent de chaque côté puis les choses se stabilisent un peu. Il faut dire que nous courons encore à bonne allure avec Taz. D’ailleurs nous serons dans les pas de Karine Herry pendant un bon moment ! Un trop long moment devrais-je dire, ce genre de plaisanterie se paye toujours.


La volée de moineaux en question … Pour ce qui est de me reconnaitre, c’est facile : casquette blanche Columbia du Trail Verbier St-Bernard, Casaque bleu Salomon du Lyon Urban Trail et caméra Hero2 de chez GoPro pour les accessoires. J’ai plus qu’à me recycler dans le mannequinat. Photo Claude Essertel / Le Progrès.

Le profil jusqu’à Saugues est globalement descendant même si quelques coups de culs émaillent le tracé comme cette petite montée sur bitume dans le Villeret d’Apchier. Ce n’est peut-être pas la partie la plus belle du St Jacques mais elle reste attrayante avec une alternance de portion en sous-bois, des chemins en bordure de pâtures, la traversée de petits hameaux comme celui de Chazeau avec ses maisons en pierres de taille et le passage au pied de la Tour de la Clauze classée aux Monuments Historiques. Une construction qui a la particularité d’être heptagonale et d’être juchée sans fondation sur un socle granitique.

Nous avons décidé de faire la balade ensemble avec Taz. Avec l’effort, nous sommes nettement moins bavards que la veille mais j’apprécie de pouvoir partager ces moments avec lui. Nous arrivons à Saugues en 1h51. Moins de 2h pour faire 19 bornes, j’ai peur que ce ne soit pas des plus raisonnables, ça risque de tourner en eau de boudin ces conneries.

Saugues – Saint-Privat d’Allier

Le temps de faire le plein d’eau, de piocher dans les aliments à notre disposition et nous repartons sans tarder. Nous marcherons un moment à la sortie du ravitaillement le temps de manger. De toute façon, rien ne sert de s’exciter, il y a une bonne grimpette au programme.

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La batterie de la Go Pro vient de lâcher. De toute évidence, l’autonomie n’est pas le point fort de ce gadget. Curieusement, la caméra consomme même lorsque l’on n’est pas en train de filmer. J’aurais dû l’éteindre entre chaque séquence, ce n’est pas des plus pratiques.

Nous montons lentement en direction de la statue de la Vierge Blanche Margeride qui domine la ville. La vue porte loin sur la plaine. C’est un régal.

Avec la chaleur et l’échauffement de mes petons, j’ai la désagréable impression que les ampoules ne sont pas loin. Bon, pour le pied gauche, le mal est déjà fait. Ce n’est pas encore une ampoule mais la peau a déjà bien souffert du frottement. Nous profitons d’un banc à proximité de la Vierge pour nous tartiner copieusement les pieds avec de la Nok.

Cette petite pause a permis à Runslow (un futur participant de la LyonSaintéLyon) de nous rejoindre. Il a fait bout de chemin avec Patricia et nous annonce que madame est en grande forme et qu’elle a profité du ravitaillement de Saugues pour lui fausser compagnie et pour nous doubler par la même occasion.

Après la Vierge, c’est au tour de la bête du Gévaudan de nous accueillir. La statue en bois de la bestiole n’est pas très engageante, rapport à la dimension de sa gueule et à la longueur de ses canines mais les quelques personnes qui chantent en cœur pour encourager les coureurs donnent le change. L’ami Luc ne chante pas mais il prend des photos et nous encouragera à chaque ravitaillement. A défaut de pouvoir courir (une blessure qui peine à guérir) il est venu en supporter au St-Jacques.

Nous quittons le secteur de Saugues après avoir posé pour la postérité sur le trône de Saugues, une sculpture en bois, tortueuse et élancée, qui offre, au niveau de sa base, une assise aux marcheurs fatigués. La tradition veut que l’on pose un petit caillou sur la statue, comme on le fait avec les cairns quand on randonne.

Je passe rapidement sur la suite du parcours, rien de bien notable, pour arriver à proximité des Gorges de l’Allier après un cheminement en plateau entre Rognac et le Vernet. La descente débute par de larges lacets peu pentus où il est agréable de courir. En étant un peu attentif on repère facilement le bloc rocheux qui sert d’assise à la tour et à la chapelle de Rochegude sur le versant opposé.

Un petit passage sur route et nous attaquons une descente plus raide ainsi qu’une portion en escalier. Les marches sont irrégulières, je préfère passer sur la droite. Il y a un peu de caillasses, ça glisse un poil mais ce n’est pas pour me déplaire. Une falaise de basalte s’élève peu à peu sur notre gauche au fur et à mesure de notre descente. C’est curieux, par endroit la roche semble découpée en lamelle comme si la falaise avait été recouverte de tavaillons. Le fronton de la chapelle troglodyte de Sainte-Madeleine et son petit parvis apparaissent bientôt dans un renfoncement. En face, la vue s’ouvre sur les gorges de l’Allier et sur le village de Monistrol en contrebas avec ses maisons blotties le long de l’Allier.

La descente finale vers les gorges est effectuée en partie sur un sentier étroit en balcon. On aperçoit les eaux paisibles de l’Allier à travers les frondaisons. C’est magnifique.

Descente dans les Gorges de l’Allier. Le village de Monistrol en contrebas.

La brume matinale a vite laissé la place à un beau soleil et il fait même plutôt chaud depuis Saugues.
Nous franchissons l’Allier sur une passerelle métallique construite par Eiffel. Une navette attend les participants en difficulté sur l’autre rive. Dommage d’abandonner ici, la montée à Rochegude est un moment fort de la course.

C’est une grimpette en deux temps avec un passage en plateau. Dieu sait que j’aurai souffert physiquement dans cette montée et pourtant j’ai apprécié les lieux visuellement parlant. Mes jambes ne répondent pas, je me traine. Taz a pris le large sur le replat, le bougre. J’ai adoré la seconde partie en sous-bois. Imaginez : un petit sentier de terre qui serpente entre les rochers avec de nombreuses racines qui affleurent au ras du sol. Tiens, je ne me rappelle pas ce mur pour atteindre la chapelle de Rochegude. Sans doute une des variantes mises en place depuis ma reco en 2011.

Il y a un point d’eau disponible après avoir passé Rochegude. L’ami Taz m’a attendu là. J’avoue avoir cru ne pas le revoir. Il mériterait que je le lâche dans la prochaine descente. Bon allez, ça va pour cette fois.


Saint-Privat d’Allier. Le ravitaillement était situé dans la cour du château.

La suite du parcours est plus paisible avec un cheminement très agréable en sous-bois. Nous arrivons au Château de St-Privat après 5h de course et quelques marches d’escaliers. Cette manie de construire les châteaux en hauteur, je vous jure ! La pause sera longue, une bonne vingtaine de minutes, ce n’est pas tant la fatigue qui me cloue au sol mais ces fichues ampoules. De la bonne grosse ampoule du genre qui fait mal et vous pourrit la vie d’un coureur. Même pas peur, je suis équipé. Un petit coup de seringue judicieusement placé et le cours de l’ampoule chute brusquement. Une fois raplapla on fait tout de suite moins son orgueilleuse, hum ? Un petit pansement hydrocolloïde et l’affaire est réglée. Enfin presque, le bougre se rebelle et refuse de coller. Purée, si on ne peut plus faire confiance à son matos … Les quelques minutes de pause restantes seront consacrées à papoter, à rendre la défunte GoPro à ses propriétaires (toujours ça de moins à porter) et à déguster quelques douceurs salées. J’ai un gros faible pour le fromage.

Saint-Privat d’Allier – Le Puy en Velay

Il reste encore un poil de dénivelé au programme pour passer au point le plus haut de la course. Les choses se passent plutôt bien jusque-là mais cet état de grâce va se transformer rapidement en calvaire, une fois atteint le plateau qui conduit à Bains. Je suis mûr à point, je lâche prise. Compère Taz prend les choses en main et nous impose un Cyrano efficace. Cinq minutes de course, trente secondes de marche. Je laisse monsieur gérer l’affaire, mes pauvres neurones déclarent forfait. Je me demande quand même si ce bougre de Taz n’est pas un poil flexible sur la durée des fractions en fonction de son envie du moment. Et que je te cours cinq minutes, puis six … C’est humain ça ?


Pierrier version XXL sur le sentier des Chibottes.

Pas sûr mais la tactique s’avère en tout cas efficace. Nous gagnons même facilement quelques places au classement. Le Cyrano prendra fin après la Roche avec cette ultime plaisanterie qu’est le sentier des Chibottes. Quand je vous disais qu’il fallait être un coureur complet pour briller sur le St-Jacques ! En moins de temps qu’il n’en faut pour avaler une mousse, nous voilà passés d’une route lisse comme le crâne de … (je ne citerai pas de nom) à un pierrier tout ce qu’il y a de plus caillouteux. Ah ça, ils peuvent en construire des Chibottes dans le coin. Personnellement, j’adore. Un petit atelier ludique, il n’y a rien de tel pour réveiller un Arthur.

Enfin, pour le réveil, il faudra attendre la descente sur le Puy. Et quel réveil ! Je me sens pousser des ailes, mes jambes retrouvent leur fraicheur originelle et il me prend des envies soudaines et irrépressibles de maravage. J’enquille dans cette descente sur bitume assez raide en malmenant un peu l’ami Taz qui s’inquiète de la tournure de l’affaire. « Oooh purée, tu déconnes pas hein ? » « Meuh non, je vais juste à mon rythme … ».

Je reste sage comme une image. Nous traversons ensemble la zone piétonne. Ca tournicote un poil. Bon alors, elle se planque où, cette foutue cathédrale ? Un virage à droite et nous débouchons dans la rue des Tables. Pourquoi s’embêter à tourner quand on peut aller tout droit. Ici c’est dré dans le pentu jusqu’au pied de l’escalier monumental qui conduit au parvis. Malgré la pente, on ne peut plus raide, on ne risque pas de glisser : la rue est pavée de bonnes intentions et de pavés grossiers en pierre de lave.

Nous suivons deux jeunes donzelles qui progressent gentiment devant nous en se tenant par la main. On aurait pu leur emboiter le pas en se trémoussant au rythme des pavés disjoints mais j’envisageais les choses d’une manière plus virile. On pourrait même dire un poil bourrin, mais c’est tellement bon.


Les escaliers de la cathédrale du Puy façon finish de cross … J’adore !!!

Nous avons donc doublé rapidement tout ce petit monde à l’approche des escaliers histoire de jouer un peu avec le public. « Vous faites du bruit … et on vous la joue spoooooort … » « Allez, on veut vous entendre là !!! » Et nous voilà partis pour une montée des escaliers au sprint, façon finish de cross. Grimper les marches deux par deux en tapant dans les mains et en haranguant la foule : grosse décharge d’adrénaline garantie, le corps proteste sous la violence de l’effort et le cœur en oublie même quelques battements. On va bientôt tourner à gauche. Oh non, on passe tout en haut. Encore une volée de marches. Ca y est, on l’a fait, purée ce que c’est bon.

Enfin, c’est peut-être bon mais ce n’est pas encore fini. On range notre surplus de testostérone et on reprend notre souffle peu à peu en traversant l’office du tourisme. La fin du parcours est laborieuse et mine de rien, on fait un sacré détour pour passer au pied du rocher Saint-Michel. Mais tout a une fin : nous arrivons bientôt en vue de l’arche d’arrivée que nous franchissons main dans la main sous les encouragements du public …

Sauf que ce n’est pas l’arrivée. Il nous reste encore 200m à parcourir pour passer la véritable arche. Moi je dis qu’ils font vachement fort chez Extra, trois arrivées pour le prix d’une. Pas fâché quand même qu’il n’y en ait pas une quatrième … je suis fourbu mais heureux d’avoir partagé l’aventure avec compère Taz. Une passion n’a de sens que si elle est partagée. Ca, je l’ai bien assimilé, mes compagnons aussi. Merci à eux, ils se reconnaitront.

Vous avez compris que le parcours était de toute beauté mais il faut également souligner la qualité de l’organisation et cela d’autant plus que nous avions à faire à une première édition. Vraiment bluffant. A noter aussi, les dotations pour chacun des coureurs … Buff aux couleurs du St-Jacques, Lentilles Vertes Sabarot, bonbons à la liqueur de verveine, thé vert, sac fourretout griffé St-Jacques, t-Shirt finisher Scott et même une frontale Led Lenser H7 ! Oups, ah non ! La H7 c’était une dotation spéciale Arthur, je vous en reparlerai très bientôt …

Elle est pas belle la vie ?

Arthur. 🙂

PS : je dédicace ce CR à Patricia et à sa grosse performance : 60ème au scratch, 4ème V1. Cela force le respect. Je m’incline bien bas. Pas trop quand même parce que ça fait vachement mal après 70 km …


Les cadeaux : dossard number one, t-shirt finisher Scott, buff aux couleurs du St-Jacques et une Led Lenser H7 qui déchire. Désolé pour les bonbons à la verveine et les lentilles Sabarot mais ça fait longtemps que le tout est digéré.

Le site : Le Grand Trail du St Jacques

Récapitulatif :

69,7 km, 1800 m D+, 2300 m D-

Temps de course : 09:24:42

Classement général : 212/511
Classement VH1 : 76/180

Le Villeret d’Apchier
Heure de passage : 11h03
Temps de course : 00:46:12
Classement : 171

Saugues
Heure de passage : 12h08
Temps de course : 01:51:00
Classement : 253

Le Vernet
Heure de passage : 13h11
Temps de course : 02:53:46
Classement : 287

Monistrol d’Allier
Heure de passage : 14h06
Temps de course : 03:49:13
Classement : 264

Saint Privat d’Allier
Heure de passage : 15h20
Temps de course : 05:03:12
Classement : 57

Bains
Heure de passage : 17h20
Temps de course : 07:03:34
Classement : 248

La Roche
Heure de passage : 18h31
Temps de course : 08:13:57
Classement : 222

Le Puy en Velay
Heure de passage : 19h41
Temps de course : 09:24:34
Classement : 212

Quelques photos :

Le Grand Trail du St Jacques 2012
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