Ah ! La gadoue, la gadoue, la gadoue …

Au programme du weekend, c’est thalasso. Cette année Voglans prend des allures de station thermale. C’est boue à tous les étages et les premiers ne seront pas les mieux servis pour une fois. « Ah ! la gadoue, la gadoue, la gadoue … » Pas grave, je préfère abattre ma carte climat humide pendant le Nivolet Revard et garder précieusement dans mon jeu quelques atouts « soleil » pour ma balade estivale à Verbier.

Le Nivolet Revard se déroule chaque année depuis 2003 dans le Parc Naturel des Bauges. C’est une course d’environ 49 kilomètres et 2600 m de dénivelé positif avec un profil plutôt montagnard. En gros, une bonne grimpette, du plat sur le plateau de la Feclaz (plat c’est un bien grand mot) et une descente d’enfer pour retourner à la case départ. Ce sera ma deuxième participation cette année et ce ne sera certainement pas la dernière. Elle me plait cette course. Mes guiboles apprécient également bien l’exercice. Je m’excuse par avance. Je n’ai pas fait beaucoup de photos, mon portable n’aime pas beaucoup l’eau.

Le récit de ma participation en 2009 : Le Nivolet Revard, le 3 mai 2009

La boue ? La pluie ? Même pas peur …

L’ami Tazounet m’a proposé de m’héberger dans son camping car samedi soir. Il devait initialement passer un weekend en famille sur place mais vues les conditions météo annoncées sa petite famille a renoncé aux joies du camping. Vous imaginez ce que ça donne deux minis Kilian condamnés à rester enfermés dans l’espace réduit d’un camping car pour cause de pluie ? Finalement, elle a du bon la flotte, je vais pouvoir faire une grasse mat toute relative dimanche matin.

Arrivés sur place en fin d’après midi, nous aurons eu tout le temps nécessaire pour retirer notre dossard et faire du lèche vitrine devant les stands de Raidlight et consorts. Je suis un peu déçu par la chemise coton donnée en cadeau, j’avais imaginé que ce serait une chemise dans un tissu technique et que j’allais pouvoir jouer au Pascalou avec ma chemise hawaïenne lors de mes entrainements. Quoique sa chemise est probablement également en coton … Ils devraient plutôt nous offrir cette veste imperméable, respirante et fonctionnelle (c’est marqué sur l’étiquette) de chez Raidlight. Hum … 155 euros. On me susurre gentiment à l’oreille que ce n’est pas possible. Tant pis. Au fait, elle est étanche la chemise coton Raidlight ? Va peut-être falloir prévoir une induction néoprène pour demain …

Tiens, en parlant de Raidlight, on aura loupé l’apéro du team. Qu’à cela ne tienne, on a tout prévu, la bière, les caouettes qui vont bien et les incontournables pâtes qui m’assureront la victoire demain après une bonne nuit de sommeil. C’est ce que nous n’allons pas tarder à faire d’ailleurs après avoir préparé consciencieusement nos petites affaires.

La vie n’est qu’une succession de premières fois. Je découvre les joies du couchage en camping car. Bonne surprise, le bonhomme tient en longueur dans la couchette et sans plier les guiboles. C’est nettement moins standard en largeur par contre. Je suis loin d’avoir le profil d’épaule d’un rugbyman mais j’ai quelques points communs avec l’albatros et des bras longs comme un jour sans fin. Va falloir allonger tout cela gentiment le long du corps au risque de jouer du tambourin tout la nuit contre les parois. C’est que je ne veux pas réveiller le Tazounet sinon il ne voudra pas de moi à Millau. J’ai pas ronflé au moins ?
Aller, j’ai passé une excellente nuit même si elle a été entrecoupée de plusieurs réveils. Je peux vous dire qu’il en est tombé de la flotte à Voglans dans la nuit de samedi à dimanche !

D’ailleurs, il pleut toujours au petit matin. Les troupes ne sont pas des plus motivées pour sortir le moindre petit orteil hors de la couette. Aller courage, quand faut y aller … Une fois parfaitement réveillé, ça ne met pas beaucoup de temps pour être prêt un Arthur. Bon, il n’y avait pas grand chose à faire.

Il est 8h15 quand Tazounet se décide enfin à sortir la tête du Camping Car. Il ne faut jamais mettre la pression à un Tazounet en pleine préparation au risque de le détourner de sa tâche et de ralentir sa progression. Ce serait comme demander à un I-pad d’exécuter deux tâches simultanément, c’est contre nature. Vous me direz, nous ne sommes pas bien loin de l’aire de départ mais je suis prêt et quand je suis prêt faut y aller, faut que ça bouge, que ça pulse sinon je piétine, je tourne en rond, je devient nerveux. C’est que j’ai les bâtons frétillants avant une course.

Nous accédons à l’aire de départ après un rapide et obligatoire passage à l’enregistrement des dossards. Au moins, les organisateurs ne risquent pas de chercher inutilement un coureur au fin fond des bois alors qu’il a tout simplement opté pour un dimanche « comatage sur canapé » rapport à la météo sympathique du moment.
La pluie a quand même eu le bon goût de s’arrêter, elle a dû sentir qu’elle n’était pas dans ma liste d’amis mais je ne me fais guère d’illusion pour la suite du programme. La couleur du ciel est bien éloignée des cieux qui nous font baver dans les spots des agences de voyage. Ca va nous tomber droit sur le coin de la gueule et ce sera dru. Voilà comme je le sens.

C’est ambiance musette en attendant le départ. Les riffs de Metallica doivent manquer à Tazounet mais l’accordéon donne une petite touche kermesse de village ma foi bien sympathique. Je tente vainement de repérer les tresses de Mamanpat dans un peloton déjà fort compact. Une coureuse qui sautille dans tous les sens sous l’emprise de son trop plein d’énergie positive, ca devrait pouvoir se repérer facilement. Mais non, point de fuchsia dans mon champs de vision. J’ai une flemmite aigüe à la pensée de devoir sortir mon portable enfoui au plus profond de mon sac, humidité oblige.

De toute façon, il est un peu tard pour se décider à le faire, le départ est imminent. Dix, neuf, huit … Nous les trailers, on est fort en math, on sait tous compter jusqu’à dix et sans les mains. Même qu’on peut le faire à l’envers et qu’on le prouve tous en cœur … trois, deux un … la poudre parle et c’est parti !

Voglans – Pragondran (1h50)

Il faut commencer par rejoindre la commune de Fournet au pied du Nivolet. Un peu de route, des chemins larges, ce n’est pas la partie que je préfère, loin s’en faut et il faudra emprunter plus ou moins le même chemin au retour. On va dire que ces cinq kilomètres sont un mal nécessaire pour étirer le peloton et s’échauffer avant la grimpette format XL qui nous attend pour aller aux chalets du Sire. Côté échauffement pas de problèmes, il y a une petite collinette et 130 mètres de dénivelé positif à franchir. De quoi se mettre dans la course en douceur. Mon coupe vent va d’ailleurs rejoindre mon portable au fond de mon sac avant même d’avoir quitté la portion de bitume du début de parcours. « Tu me tiens mes bâtons Tazounet ? ».

J’ai très rarement de bonnes sensations au début des compétitions, le corps renâcle à la tâche et l’esprit n’est pas encore très investi dans son affaire. Les choses sont différentes aujourd’hui, la sensation d’être en grande forme, ressenti à l’entrainement cette semaine, se confirme. Je ne crois pas que ce soit spécialement une question de physique mais surtout de disposition d’esprit. J’ai envie de faire une bonne course, de moins subir que l’année dernière.
Je sens également que je suis plus en forme que l’ami Taz et ce n’est pas pour déplaire à mon côté obscur. Je prends un peu d’avance sur lui dès la petite montée avant Fournet sur le Chemin du Mollard mais sans aucune vilaine pensée de pourrissage en règle. Je le jure. Je relance la machine tout simplement un peu plus vite que lui.


Montée au Sire par le Passage du Croc.

Le tracé dans le Bois du Fournet est très agréable. C’est gentiment vallonné avec un profil globalement orienté à la hausse mais très roulant et je prends plaisir à doubler quelques coureurs. J’ai un peu lâché le Tazounet qui doit être à une cinquante de mètres derrière moi. Je ne suis pas seul pour autant, entouré que je suis de tout un tas de petits camarades de jeux dont Gilbert fraichement promu responsable en chef du Grand Raid 73 et qui profite que je joue à la locomotive pour m’emboiter le pas.

Impressionnant, cet homme là, il nous a raconté la veille qu’il se lançait mi-septembre sur le Tor des Géants. Une petite balade dans la Vallée d’Aoste de 330 km et 24 000 de dénivelé positif en 150 heures maxi. Hé, moi aussi, je veux la faire quand je serai grand, enfin plus vieux … Il y a pas à dire, ils ont la santé les V3 !

Pour ce qui est de la locomotive, ça ne dure pas longtemps, ma vessie aimerait se délester rapidement du thé avalé au petit déjeuner à moins que ce ne soit ma prostate qui se mette à bouder. Il vaut mieux céder à ses caprices maintenant, il sera plus délicat de faire une pause technique dans les lacets qui vont suivre. Ah, je ne regrette pas, ça fait du bien …
Bien entendu, Tazounet profite que je me sois empêtré avec le cordon de mon corsaire pour me passer devant l’air de rien et filer à l’anglaise. Il n’est pas le seul du reste, les bougres, j’ai bu tant de thé ce matin ?

Je m’élance à la poursuite de tous ces coureurs pour le moins irrespectueux avec ma personne. Je compte sur ma forme pour réparer au plus vite cet affront et repasser en tête ou tout du moins devant Tazounet. La chose s’avère plus difficile que prévu, j’ai bien doublé un ou deux coureurs mais mon ardeur vengeresse a vite été stoppée. Nous avons entamé la rude montée en lacet en direction de Verel. Il n’est guère possible de doubler les coureurs qui me précèdent sans les gêner dans ce sentier étroit. Sans compter la folle débauche d’énergie qu’il faudrait déployer pour accélérer dans cette pente sévère. J’essaye de repérer une casquette blanche et un maillot vert et blanc mais aussi loin que le regard porte il n’y a point de Tazounet en vue. Il faut dire qu’avec les lacets, le regard ne porte pas bien loin.

Le bougre. Il ne serait pas en train de me faire un coup de Trafalgar à la Arthur ? Je l’imagine voler vers Pragondran, creusant inexorablement l’écart avec son petit camarade. Définitivement coincé derrière ce coureur bouchon, je ronge mon frein, je bouillonne, j’enrage, je travail ma férocité. Le bouchon en question est pourtant loin du gastéropode, il avance somme toute d’un bon pas mais je suis obnubilé par l’idée de rattraper l’ami Tazounet au plus vite. Et un p’tit coup de bâton, vous pensez que ça peut le faire avancer plus vite le bouchon ?

Nous débouchons (c’est le cas de le dire …) sur une première ligne de crêtes que nous longeons en direction du Nord vers Pragondran. Ca grimpe encore pas mal mais le sentier est désormais plus large m’offrant toute la latitude nécessaire pour doubler. Je ne m’en prive pas quitte à faire le forcing sur la pompe à énergie. Boudiou, il a avancé le bougre ! Il se passe un bon moment avant que je ne reconnaisse sa silhouette dans un groupe de coureurs.

Je reviens sur lui discrètement histoire de le passer en criant un « coucou, mon poulet » vengeur, mais arrivé à portée de running, j’abandonne finalement l’idée et me contente de me placer à ses côtés. « Tiens, tu es là toi ? ». Pffft … A d’autres ! Tu ne vas quand même pas me faire croire que tu m’as passé sans me voir ! Tiens, pour la peine, je reprends les commandes. Place c’est moi Arthur, j’ai la forme, la frite, à moi le Nivolet, le Revard et le bisou de la crémière. Je sème à nouveau Tazounet peu à peu.

Il y a quelques portions rendues très glissantes par le passage des autres concurrents. Il faut souvent éviter la partie centrale de la trace pour chercher une meilleure adhérence en bordure de chemin sur les feuilles et les morceaux de branches. La coureuse qui me précède se met subitement à faire du sur place dans la pente. J’essaye de lui bloquer les pieds tant bien que mal au risque de m’étaler. Je ne vais quand même pas tâcher mon fond de culotte, ça fait désordre, mon égo n’aime pas ça.

On poursuit notre chemin en laissant Pragondran sur notre droite. On ne passe pas dans le village cette année mais on continue un peu au nord toujours sur la crête pour passer à proximité d’une piste d’envol pour parapentes, ailes delta et autres engins pour fous volants.


Le Tazounet dans ses œuvres.

Une petite descente et j’arrive au premier ravitaillement. 1H50 au compteur. Je picore à droite et à gauche puis je me décide à tomber le sac pour prendre l’écocup coincée dans les filets de mon sac. Purée, on ne peut pas compter sur Tazounet pour le coup, il faut tout que je me tape moi même. A si seulement ma Biscotte était là.

Un coureur s’approche vers moi. « Salut, c’est Arthur ? ». Arthur ? A ben oui c’est moi ça. Il se tourne alors vers son compagnon de route resté un peu en retrait. « Hé, c’est bien lui. C’est Arthur ! ». Une nouvelle poignée de main s’en suit. Cool, des lecteurs grenoblois. Dire que j’avais un petit côté ours jadis quand j’étais sédentaire. Jamais je n’ai rencontré autant de monde depuis que je suis un coureur blogueur et ce n’est pas pour me déplaire. On déconne un peu sur « la renommée mondiale » du site Arthurbaldur puis ils me quittent pour reprendre leur chemin.
Si vous lisez ce récit, j’en profite pour vous passer un petit bonjour. A bientôt sur les sentiers.

Pragondran – Croix du Nivolet (3h45)

L’ami Tazounet arrive. Histoire de ne pas rester inoccupé, je refais un petit tour des popotes puis nous repartons ensemble à l’assaut de la seconde difficulté du jour : le Passage du Croc.
Après le Malpassant, la pente s’accentue rapidement et nous attaquons une monotrace étroite et pentue dans les bois. Le sentier serpente en lacet à l’assaut de la pente. J’adore. Il ne pleut plus et je me décide à sortir le portable du sac pour immortaliser les passages les plus intéressants de la grimpette. C’est bien parce que j’ai la forme car mener cette opération tout en continuant à progresser s’avère très consommateur d’énergie.

Je filme un moment la progression de Taz puis je repars de plus belle. Comme je suis un vilain garnement bien dans sa tête, bien dans son corps, je décide d’augmenter un peu l’allure histoire de mettre la pression à Tazounet. L’écart se creuse. Quelques mètres, un virage puis c’est peu à peu tout un lacet qui nous sépare. Quelques minutes plus tard, je l’ai perdu complétement de vue. De toute évidence, il n’est pas en mesure de me suivre dans la montée aujourd’hui. Il y a pas dire, pour être fort en montée faut en bouffer … Bah, il me rattrapera un peu plus loin sur le plateau ou peut-être pas …


Encore un p’tit effort et on émergera sur le plateau.

J’en termine avec les Passage du Croc en émergeant sur le plateau à proximité des bâtiments d’une colonie de vacances. C’est le retour à la civilisation. Un petit bonjour aux secouristes présents. Les pauvres, ils doivent se cailler, il y en a même une qui se mouche preuve à l’appuie sur la petite séquence vidéo … J’entame la traversée du plateau en direction de la croix. Voilà qu’il se remet à pleuvoir ! Il va falloir rentrer le portable avant qu’il se noie. C’est fragile ces petites bêtes.

Je cours, voilà une différence de forme flagrante avec l’année dernière. Bon, pas bien vite mais c’est suffisant à mon niveau pour me satisfaire. Je me retourne de temps en temps pour tenter d’apercevoir le Tazounet. Rien à moins que ma myopie ne me joue des tours.

Voilà l’embranchement avec le nouveau tracé qui va nous amener à la Croix du Nivolet par le Pas de l’Echelle. Des coureurs arrivent en sens inverse par le sentier un peu plus haut sur ma gauche. Ils ont déjà fait l’aller-retour à la croix. Cette petite boucle ne semble pas bien longue sur le papier, quelque chose comme 5 bornes mais elle va m’occuper un bon bout de temps !

On longe le bas de la falaise dans les bois. Mine de rien on redescend pas mal ! Plus que je ne le pensais en tout cas. Il y a des portions où le sentier est extrêmement gras. Une espèce de glaise qui glisse tout en formant une épaisse gangue de boue sous les chaussures. Les bâtons facilitent énormément la progression et me permettent de doubler tranquillement des coureurs en perdition.

Et puis il faut remonter dré dans le pentu à travers un pré et l’opération s’avère délicate car encore une fois des plus glissantes. Bah, j’ai une technique diaboliquement efficace. Suffit de marcher en canard et de pousser avec les bâtons un peu comme en ski de fond. C’est pas forcément gracieux, ça fait ventilé mais ça me permet de doubler à nouveau deux coureurs.
La Croix est juste au dessus de nous. C’est un régal de la découvrir sous cet angle.

Le Nivolet Revard 2010
Ce n’est pas la trace de la course mais d’une reco de Christophe Boebion. Il y a quelques différences notamment au niveau de Pragondran.

Une petite pancarte … « Interdiction de doubler ». J’arrive à la portion « aérienne » durant laquelle la course est neutralisée. Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne suis plus tout seul. Purée le bouchon ! Un bouchon qui commence d’ailleurs bien avant le début du passage délicat. On progresse lentement à la queue leu leu. Je ne suis pas au mieux dans mes runnings. Je souffre du vertige. Pas celui provenant d’une anomalie de l’oreille interne. Non, cette simple et banale répulsion/attirance face au vide. La répulsion passe encore mais l’attirance me paraît nettement moins agréable vu la profondeur et la proximité du trou qu’il nous faut longer. Heureusement, le passage est sécurisé par un câble semblable aux lignes de vie dans les via ferrata.

Au début, je suis plutôt crispé mais bon faut y aller alors je serre les fesses. Cramponné au câble comme l’enfant à la jupe de sa mère, j’avance d’un pas mal assuré et puis je finis par m’habituer au vide. Je m’y habitue d’autant mieux que j’ai d’autres chats à fouetter. J’ai froid. Je mets le vide entre parenthèses le temps de sortir ma veste coupe vent de mon sac. Je ne la quitterai plus jusqu’à l’arrivée. La sensation de froid qui me plombait les épaules disparaît. Par contre, ce n’est pas terrible côté main surtout celle qui retrouve sagement sa place sur le câble. Pas terrible le contact du métal quand il fait froid mais non, non pas de négociation possible, elle continuera à serrer ce p… de câble. Le coureur devant moi sort un « Je plains ceux qui ont le vertige. » Et merde, c’est moi ça …


Le Pas de l’Echelle. La photo n’est pas de moi mais de jln_sk8 et elle n’a pas été prise le jour de la course mais vous devez vous en douter vu la couleur du ciel ! Ca a de la gueule, non ?

Malgré cela, l’ambiance est bonne et ça déconne gentiment. « Alors, c’était bien les bâtons dans la boue tout à l’heure. Maintenant, vous faites moins les mariolles ! » C’est clair que c’est loin d’être pratique. Il y a un passage un peu abrupt à gravir. La main gauche qui serre le câble fermement, la droite qui tente de s’agripper au rocher tout en maintenant mes bâtons, je me retrouve le buste collé contre la roche les jambes à l’équerre, mon pied droit cherchant désespérément un point d’appuis stable sur le rocher mouillé et boueux. « Rangez vos bâtons ! » Je tourne la tête, pour apercevoir en contrebas une coureuse inquiète. Elle n’a pas tord, c’est un truc à se recevoir un bâton sur la gueule. Bah, tant que c’est pas un coureur …
Un petit coup de rein et je passe enfin l’obstacle. Bon j’ai du boulot avant de grimper comme Dan Osman mais au moins je suis toujours du bon côté de la surface du sol à la différence de lui.

Le passage des échelles est finalement le moins impressionnant. On progresse dans un couloir entre la falaise et un piton rocheux en laissant le vide derrière nous. Des barres et des échelons métalliques ont été scellés dans la roche pour faciliter l’ascension. A la sortie de la cheminée, un bénévole me prend mes bâtons. Je m’extrait du passage avec plus de facilité. Et hop un Pas de l’Echelle terminé. Je ne suis pas à l’aise sur le moment mais je suis le premier à en redemander ! Une sympathique bénévole m’invite à admirer la vue. Une trouée c’est formée dans la brume compact et on peut apercevoir la cluse de Chambéry en contrebas. Bon, ça ne dure pas longtemps mais c’est pas grave.

Encore un petit crapahute et je suis enfin au pied de la croix ! Je suis radieux en arrivant au point de contrôle. Je gratifie les bénévoles qui assurent le pointage de mon plus large sourire en leur disant bonjour. « Plus il fait un temps dégueulasse et plus ils sont contents ! »
3h45 de course. Une heure pour venir ici depuis l’embranchement aux Chalets du Sire !

Croix du Nivolet – La Feclaz (4h30)

Le retour aux Chalets du Sire sera nettement plus rapide ! Peut-être une vingtaine de minutes. A l’embranchement, il n’y a plus le moindre petit coureur en face. Bon, vu mon niveau, il vaut mieux que tout le monde soit déjà passé. Il y a quand même une barrière horaire à la Feclaz ! Côté météo ça ne s’arrange pas des masses. Ce n’est pas vraiment de la neige qui tombe mais ce n’est plus tout à fait de la pluie. Brrr … Ca me motive pour accélérer la cadence.

[dailymotion xdaoey_le-nivolet-revard-2010_sport nolink]
Direction le Sire via le Passage du Croc. Une courte séquence vidéo. Trop de pluie … et de flemme pour faire plus long !

Le peloton s’est à nouveau étiré et je me retrouve souvent seul. C’est le cas quand j’entame ma descente sur la Feclaz et que je rencontre mes premières plaques de neige. Aller, on y va gaiement, on se croirait presque à Marlhes. Je fais quand même gaffe à mes appuis, je n’ai pas mes yaktrax et ce n’est pas le moment de faire le mariole et de finir en vrac avec une entorse. Je ne veux pas louper l’Ultra des Coursières et abandonner l’ami Biscotte.

J’arrive au ravitaillement de la Feclaz après 4h30 de course. Tiens il n’est plus au même emplacement. Ca me va, d’autant qu’il est plus près ! Une fois n’est pas coutume, je gère mon ravitaillement à la Biscotte. Un vrai stand de F1. Un petit planté de bâton dans l’herbe pour avoir les mains libres et j’enchaine rapidement le remplissage du réservoir d’eau puis le remplissage de l’estomac sans oublié le traditionnel verre de coca. Il n’y avait plus des masses de choses au ravitaillement mais une bénévole nous a fabriqué des minis sandwichs au jambon. Des perles ces bénévoles.

La Feclaz – Le Revard (5h29)

Ce n’est pas la partie que je préfère alors je passe rapidement dessus. On passe devant l’ancien emplacement du ravitaillement puis on traverse la prairie en direction du bois. Globalement c’est plutôt roulant, enfin trottinant. Il y a bien quelques plaques de neige disposées à intervalles réguliers histoire de corser un peu les choses mais ce n’est pas la mère à boire.

Je vais trouver sur ma route pour la première fois la coureuse en bleue avec qui je vais faire le yoyo pendant un bon bout de chemin. La bougresse … mais je reviendrai sur son cas un peu plus tard. Pour le moment, je rattrape la dame en question et je profite d’une partie marcher pour la doubler. Je n’ai pas envie de parler alors je trace la route sans un mot en accélérant un peu. Je sais, je suis un mufle mais seulement pendant les compétitions. De toute façon, c’est de la faute à Mamanpat. J’ai subi un grave trauma à la SaintéLyon 2008. Elle m’a abandonné au ravitaillement de Sainte Catherine alors que je venais de la ravitailler en eau ! Et en plus elle m’a fumé sur le chrono final. Je m’en suis jamais remis. Vous comprenez pourquoi j’ai décidé de faire l’aller-retour maintenant ?

Ce n’est pas tout près le Revard. J’avais trouvé cette portion interminable l’année dernière et je m’attends tout naturellement à ce qu’il en soit de même aujourd’hui. Dès lors que l’esprit n’est pas pressé d’arriver tout se déroule étrangement plus vite. Et puis c’est sympa de retrouver des lieux parcourus il y a maintenant un an. J’ai régulièrement des flashs en me rappelant de tel ou tel paysage comme cet arbre tortueux frappé par la foudre. Autant de souvenirs qui me reviennent à l’esprit.


Une vidéo de Serge Jaulin pour http://tvsport-nature.com/.

Une dernière grimpette et j’arrive au Revard. On traverse la route et je descends vers le point de vue aménagé (on le voit sur la photo d’entête du site officiel. Pas de gamelle cette année, je peux vous dire que j’ai regardé à deux fois où je mettais les pieds. Je profite un peu de la vue en longeant les barrières. Il y a de la brume mais on voit tout de même une bonne partie du lac du Bourget. C’est beau, ça vaut le coup de mouiller un peu sa chemise.

Le Revard – Les Mentens (6h39)

C’est pas le tout, j’ai une descente à descendre justement … Il y a un bon petit raidart au départ, du genre glissant mais ca ne dure pas longtemps. Le col du Pertuiset ce n’est pas encore pour tout de suite. On emprunte d’abord un sentier juste en contrebas de la route de la Feclaz. Une horreur. Que de boue ! Je glisse plus que je ne cours. Je m’efforce de trottiner mais mes pieds chassent à droite puis à gauche à qui mieux mieux. Un exercice casse gueule. Le truc à se faire une entorse et pire encore, à se retrouver le cul planté dans la marre au cochon. Très très mauvais pour l’ego ça !

Je lève le nez sur ma gauche et là consternation ! La coureuse en bleue déroule tranquillement sa foulée sur la route au lieu de patauger dans la glaise avec ses petits camarades. Hé, c’est pas du jeu ça ! C’est même complétement déloyal, veux-tu bien redescendre tout de suite dans la boue ! Mais non, la femme en bleue poursuit son chemin. Pas moyen d’accélérer l’allure, le handicap boueux est de taille, la femme en bleue disparaît au loin. L’emportera pas au paradis foi d’Arthur ! Justice sera faite.

L’affront m’a donné une raison d’accélérer, on se motive comme on peut. Je réussis à rattraper l’effrontée au début de la descente du Pertuiset. Impossible de doubler dans la descente, d’abord c’est interdit. Ce ne sera pas nécessaire … Nous allons faire la descente à un rythme d’enfer. Nous devons être une petite dizaine de coureurs à nous élancer dans la pente. Ca commence gentiment car le pourcentage de la pente est élevé et les lacets plutôt serrés mais après le passage du col lui-même l’allure forcit considérablement.

Le peloton initial se disloque peu à peu et je me retrouve dans un groupe de cinq coureurs à envoyer du gros dans la descente, la femme en bleue en tête, moi en avant dernière position. Qu’importe les douleurs dans les cuisses, pas question de se faire lâcher, l’effet de groupe est stupéfiant, nous entrainant au plus vite dans les nombreux lacets. C’est un rouleau compresseur qui descend du Revard, quelle pêche cette femme en bleue ! Je suis presque enclin à lui pardonner sa félonie c’est dire si cette descente m’a plu. Bon aller, je lui pardonne.

Le chemin s’est élargi, on peut jouer au bourrin à loisir désormais alors les positions changent à nouveau. Je double, je double et je suis doublé. Il n’y a plus de peloton, plus que des coureurs répartis dans la pente. La femme en bleue est à nouveau derrière moi. Faut quand même pas déconner.

[youtube vIJOUc06crc]
Une vidéo de titanium38000

C’est plus rapide la descente mais il m’aura tout de même fallu près d’1h10 pour atteindre le ravitaillement de Mentens. Je ne m’éternise pas, juste quelques minutes pour boire un coca et grignoter un peu de solide. La femme en bleue est arrivée entre temps et s’est emparée d’une chaise. J’ai l’impression qu’elle a laissé quelques plumes en chemin dans la descente. Hé hé. Voilà ce que c’est. On veut maraver Arthur, on profite qu’il patauge dans le gras pour passer à l’acte et puis on n’assume pas et on pousse même le vice jusqu’à piquer la chaise d’un malheureux bénévole pour s’assoir et se refaire une santé.

Note de l’auteur : je précise avant de me faire lyncher par les connaissances de la dame, voir par la dame elle même, que l’histoire de la femme en bleue, bien que véridique, est relatée avant tout pour égayer et apporter une touche de fraicheur à un récit qui serait bien tristounet avec toute cette pluie.

Les coureurs doublés dans la descente arrivent peu à peu. Je n’ai pas envie de redoubler tout ce petit monde alors je salue les bénévoles présents et je poursuis mon chemin.

Mentens – Merry (7h20)

Pour ce qui est de la descente, c’est plié. Reste maintenant à longer le bas des falaises pour revenir sur Merry. C’est très roulant notamment lorsque les chemins sont larges mais il reste des passages en sous bois sur des sentiers étroits et quelques bons coups de cul qui nécessitent d’avoir gardé un peu de fraicheur. Cela tombe bien, j’en ai encore, certes un peu moins dans les grimpettes mais j’arrive à dérouler tranquillement sur le plat et en descente. La fatigue musculaire modérée malgré une descente du Revard d’anthologie me permet de courir en continue. La tête doit également y être pour beaucoup.

Il y a un dernier ravitaillement à Merry. C’est curieux d’avoir mis un ravitaillement ici. J’ai suffisamment d’eau mais je m’offre le luxe d’un verre de coca. J’ai pris le coup de main pour détacher moi même l’écocup sans enlever le sac mais je ne refuse pas l’aide que m’offre une bénévole. Elle m’aura gentiment agacé par moment cette écocup, à force de se balader dans mon dos mais j’avais la flemme de tomber le sac pour la ranger. J’avoue avoir également eu la flemme de répondre aux sms reçus mais ça faisait sacrément plaisir de savoir qu’il y avait des copains pour les envoyer.

Merry – Voglans (8h03)

L’année dernière, j’avais souffert de la chaleur sur un large chemin exposé en plein cagnard, chaque pas soulevant derrière moi un nuage de poussière. Cette année, on ne souffre pas côté température mais ce chemin n’est guère plus folichon. Cela dit, je cours toujours, un excellent travail mental à un moment de la course où je me serais bien laissé aller à marcher. Cela me permet de doubler encore quelques coureurs avec un sourire, un petit geste ou quelques mots à chaque fois surtout quand ils sont seuls.

Il y a une dernière difficulté à passer, la petite collinette franchie juste après le départ et qu’il va bien falloir passer à nouveau pour rentrer au bercail. Une courte grimpette, on traverse la voie rapide et on termine la montée sur le bitume d’une petite route de campagne.
J’attaque l’ultime descente avec plaisir, ça sent bon l’arrivée à plein nez. Et généralement plus celle-ci se rapproche et plus j’ai hâte d’en finir.

La pancarte 1000 m ! Yes ! Comme l’année dernière. Il ne reste plus qu’à mettre la gomme pour se faire plaisir et finir en beauté. C’est quoi 1000 m ? Je m’en suis enquillé un paquet cet hiver pour préparer les 10 km des Tassin ! Aller à donf et gare aux mémés si elles traversent quand j’arrive, j’ai tout lâché et c’est pas avec ce qu’il me reste de cuisses que je pourrais freiner. C’est bon de sentir que le corps réagit encore.

Hé mais c’est l’ami Tazounet sur le bord de la route ! Je ne l’ai pas vu me filer entre les doigts, il a donc abandonné le bougre. J’avoue ne pas être surpris outre mesure, je ne l’ai pas senti super motivé par la boue ce matin. Par contre, il y a MamanPat et ses deux couettes à côté …
Les deux amigos m’encouragent en cœur alors j’accélère un petit peu pour ne pas les décevoir. C’est bien parce que c’est eux.

Encore une bonne centaine de mètres et je passe la ligne d’arrivée en 8h03 !

Et après ?

Les deux compères sont venus me rejoindre sur la ligne d’arrivée. Tazounet me confirme qu’il a arrêté en chemin mais une question démange fortement la partie de mon cerveau dévolue à la curiosité. « Et toi Pat ? » le tout demandé l’air de rien. Cette …. de Pat (j’ai préféré m’autocensurer pour ne pas choquer la sensibilité des plus jeunes lecteurs) a décidé de me faire tourner en bourrique. En plus c’était prémédité ! « T’as trainé en route dis donc, je suis arrivé en 7h20. » Hein, quoi ! Je donne le change, je me contiens, impassible mais les neurones fonctionnent à plein régime, enfin du mieux qu’ils peuvent avec la fatigue. Pffft, quand j’y pense. Je me suis arraché, j’ai donné de ma personne comme rarement, je suis fatigué, on me dit même que j’ai le visage marqué … et purée, elle a encore trouvé le moyen de me maraver, de me fumer comme en 2008 sur ma course fétiche. Et pour couronner le tout, elle a même eu le temps de se doucher et de se refaire une beauté … J’aurais quand même dû tilter que t’avais fait tout cela bien rapidement … Je suis vraiment désolé pour vos deux abandons les copains.


Encore une centaine de mètres et s’en sera terminé.

Après une bonne douche dans la Taz mobile, et je vous jure qu’il y en avait vraiment besoin, nous avons fait honneur au repas d’après course. Petite soupe, tartiflette, tarte aux pommes, le tout arrosé de bière au génépi. Bon la bière, c’était en sus mais on ne pouvait quand même pas passer à côté d’une bière aussi verte que mon maillot de la SaintéLyon !

Et le bilan de cette longue journée ?

Et bien il est plus que positif. Je me suis à nouveau régalé sur les chemins du Nivolet. Quelle course magnifique ! Aucun regret même si la météo n’était pas des plus agréables. Ca fait partie des impondérables et ça ajoute un peu de piquant à la chose. Et puis les vrais warriors, ça ne craint pas la boue, hein Pat ?
J’ai beaucoup apprécié le nouveau parcours et ce passage au Pas de l’Echelle malgré mon appréhension du vide. C’est vrai que cette partie pour le moins technique a généré de gros ralentissements, pas forcément des plus agréables par ce temps, mais je pense que c’est un plus indéniable pour l’image de cette course. Un passage obligé comme la Croix du Nivolet et le Point de vu du Revard ou pour tenter de faire un parallèle, comme la montée au premier étage de la tour Eiffel pour l’Ecotrail.

Il me plait tellement ce parcours, que je vais me faire grand plaisir à le refaire en off très bientôt avec les copains On va quand même tronquer la partie entre Voglans et Fournet qui est loin d’être la plus intéressante, il faut bien l’avouer.

Coté bonhomme, je pense avoir vraiment bien géré mon effort pour une fois. J’ai réussi à trouver le bon compromis pour ne pas me griller dans la longue montée jusqu’aux Chalets du Sire. Cela m’a sans doute permis de courir ensuite en continue sur toutes les portions plates. Et puis quel plaisir cette descente de folie du Revard ! Que du bonheur …

J’ai mis 1h10 de plus que l’année dernière ce qui semble cohérent compte tenu de la longue attente au Pas de l’Echelle, du dénivelé supplémentaire et du terrain très glissant par moment mais j’ai également dégringolé d’un centaine de place au scratch … Le niveau était si relevé ?

Un grand merci aux organisateurs pour cette belle course et aux bénévoles pour leur bonne humeur. Merci aux copains d’avoir déclenché des bips bips d’encouragements dans mon sac et enfin merci à toi Tazounet pour m’avoir fait découvrir les joies du camping car.

A bientôt sur les chemins. Ce sera dans les Monts du Lyonnais cette fois, pour l’Ultra des Coursières des Hauts du Lyonnais.

A bientôt.

@rthurbaldur.

Récapitulatif :
Temps : 8h03’14 »
Distance : 49 km
D+ : 2546 m

Classement général : 459/529 (693 partants)
Classement VH1 : 146/173


La chemise en cadeau

Le site : Le Nivolet Revard