Températures glaciales et chaleur humaine …

Purée quelle caillante ! Je ne me rappelle pas avoir eu aussi froid depuis la LyonSaintéLyon. La fatigue de ce long retour sur Lyon avait miné la résistance de mon organisme et je me revois encore frissonner dans la grange du ravitaillement de Saint-Genoux.
Ce n’est pas que la température ait été forcément très basse ce samedi dans les Hauts du Lyonnais, quelque chose comme 8°C probablement, mais un vent violent nous transperçait le corps jusqu’à la moelle dès lors que nous nous trouvions dans un espace exposé à son impétuosité. Il faut bien avouer que je n’étais pas équipé en conséquence. J’ai surtout regretté de n’avoir pas pris mes gants. D’autres ont dû regretter à coup sûr d’être partis en short !

Ce n’est pourtant pas le froid que je garderai comme principal souvenir de cette longue journée mais curieusement la chaleur. La chaleur humaine dégagée par cette équipe d’organisateurs et de bénévoles aux petits oignons pour les coureurs. Que d’encouragements et de prévenances à chaque ravitaillement.


Hummm … les belles bosses !

C’est quoi les Coursières ?

L’Ultra des Coursières des Hauts du Lyonnais est une épreuve de type trail assimilable aux épreuves de courses en montagne organisée par ATOS (Association Trail Organisation Solidarité) avec l’accord de la commission des courses hors stade du Comité d’Athlétisme du Rhône.

Un tracé en boucle de 103 km et 4000 m de dénivelé positif, c’est de l’ultra assurément. Le tracé emprunte des chemins et des sentiers plus ou moins larges, du chemin carrossable à la monotrace étroite, longeant des pâtures ou traversant des bois avec régulièrement de beaux points de vue. Normal, c’est du trail mais il y a également de nombreuses portions de bitume. On aime ou on n’aime pas, la question n’est pas là, mais il faut prévoir un chaussant adapté. Gare aux semelles trop rigides …

Côté profil, point de longues montées ni de longues descentes, nous ne sommes pas dans les Alpes, mais une succession de bosses qui finissent par user les jambes tout aussi sûrement à la longue. Une mention spéciale pour la montée sur Sainte Catherine que je ne connaissais pas. J’ai retrouvé dans cette grimpette des sensations similaires à celles rencontrées dans la montée au refuge de Bertone lors de l’UTMB l’année dernière. C’est dire si j’étais cuit à point !

A mon tour de m’y coller

J’ai découvert cet ultra l’année dernière avec la participation de l’ami Tazounet à l’édition 2009. Je me rappelle avoir assisté à son arrivée à Saint Martin en Haut en direct live grâce à ses commentaires au téléphone ! L’ami avait été pleinement satisfait de la course et de son organisation. Une organisation que j’avais moi même pu apprécier en participant à l’Hivernale des Coursières.

Biscotte en pleine préparation.

Cette année c’est à mon tour de m’y coller avec Biscotte. C’est vrai qu’un ultra-trail à une demi-heure de la maison, on aurait tort de bouder son plaisir ! A vrai dire, je n’ai pas vraiment l’impression de partir pour un cent bornes ce samedi matin mais pour un format beaucoup plus court, un truc comme les Cabornis par exemple. Tout accaparé que j’étais par le Nivolet Revard je n’ai pas eu le temps de penser beaucoup à la balade qui nous attend.

Je pars la fleur au fusil de la maison avec l’insouciance du coureur sûr de son fait. Je vais me faire une bonne sortie dans la campagne Lyonnaise et au terme de cette balade j’ajouterai 3 pts dans mon escarcelle pour l’UTMB. A vrai dire, ils ne me serviront pas à grand chose, je suis blindé de ce côté.

Le jour n’est pas encore levé, ma nuit aura été bien écourtée, 4h tout au plus. Je passe chercher l’ami Biscotte et c’est parti direction Saint-Martin en Haut. Une demi-heure de trajet, juste le temps qu’il faut pour finir de me réveiller. « Qu’est-ce que tu dis ? Oups, ah oui je suis en plein phare … ». Mais aussi, qu’est-ce qu’ils ont tous à se balader au petit matin dans les collines Lyonnaises au lieu de faire la grasse mat ?

Le trail des coursières a pris ses quartiers d’été dans le gymnase de Saint-Martin en Haut. Tout est calme à l’intérieur. Des membres de l’organisation vaquent à leur tâche paisiblement, quelques coureurs sont attablés devant le petit déjeuner offert par l’organisation. Je pensais que le matériel obligatoire serait contrôlé au retrait des dossards comme annoncé sur le site mais non, rien de tout cela. Je suis prêt en dix minutes. Biscotte se lamente, il aurait pu dormir une demi-heure de plus. Il est très attaché à son édredon ce garçon. Un bénévole intentionné nous propose un peu de repos dans une pièce plongée dans l’obscurité mise à la disposition des coureurs mais bon il ne faut quand même pas déconner, on vient de se lever. Je préfère me boire un petit café.

La liste des têtes connues est courte. Tidgi, rencontré au Lyon Urban Trail, est de la partie pour son premier ultra ainsi que Eric P., un ami de de Xavier B. que je rencontre pour la première fois.


Le gymnase de Saint Martin en Haut sert de base de vie à la course.

Je dépose mon « sac coureur » qui sera acheminé au ravitaillement de Saint-Symphorien sur Coise au kilomètre 66. Pas de sac calibré fourni par l’organisation, ici on dépose son propre sac sans même y accoler son numéro de dossard. Il faut dire que la course est à dimension humaine. Nous serons 69 coureurs à nous élancer sur les chemins des Hauts du Lyonnais. Un petit briefing de l’organisateur et nous quittons le gymnase pour nous rendre sur l’aire de départ, enfin je veux dire sur le parking.

Saint-Martin-en-haut / Thurins

6h04. Pas d’arche de départ, pas de flonflon, un décompte rapide et le peloton s’ébroue paisiblement. C’est parti à l’allure d’un petit footing. On ne court pas bien longtemps, la première pente de la journée est vite là et nous invite à passer en mode marche. Les coureurs de tête sont encore en vue, c’est dire si c’est parti lentement mais ça ne va pas durer bien longtemps, l’ordre naturel des choses va vite reprendre cours. Biscotte et moi ici et les fortiches bien loin devant.

Les premiers kilomètres défilent lentement. Pas encore chaud Arthur. Un des coureurs doit avoir quelques supporters pour le suivre car nous voyons régulièrement les mêmes personnes le long du parcours. Personnes qui ne manquent d’ailleurs pas de nous encourager.

Un peu avant Thurins, on se fait rattraper dans cette première portion par une féminine que nous imaginons être la deuxième dans le classement actuel de la course. Elle nous double tranquillement à petite foulée dans une montée alors que avons opté pour une marche rapide. Le différentiel de vitesse n’est pas énorme mais suffisant pour nous laisser penser que nous avons peu de chance de revoir madame avant l’arrivée. Nous ne manquons pas de lui faire savoir comme nous trouvons déprimant de voir ses petites gambettes trottiner inlassablement dans la pente. Biscotte me fait remarquer qu’elle porte la casquette verte de la dernière SaintéLyon et que c’est probablement une bonne recrue pour l’aller-retour.


Village de Thurins

Nous arrivons dans le village de Thurins considéré comme la capitale de la framboise. Point de fête du fruit en ses lieux aujourd’hui, il faudra revenir en septembre, mais un premier ravitaillement situé peu après l’église du village. Un verre de coca, quelques morceaux de quatre quart, des tucs et nous poursuivons notre chemin. Je n’ai même pas eu à sortir mon écotasse, des gobelets jetables étaient fournis et déjà remplis. C’était bien la peine que j’investisse dans une housse pour porter le précieux récipient à la ceinture ventrale de mon sac. C’est que cette course est le début pour moi d’une ère nouvelle dans ma pratique de l’ultra. L’ère de l’autonomie. Biscotte ne sera désormais plus réquisitionné manu militari pour extraire de mon sac la fameuse écotasse. Bon, à défaut de l’utiliser, je lui aurai fait prendre l’air. Je parle de la tasse pas de Biscotte. Remarquez, il aura aussi pris l’air. Nous quittons les lieux à 7h15 au moment où Tidgi arrive au ravitaillement.

Ravitaillement de Thurins (11eme km).
Arrivée : 7h11, Temps de course : 1h07, Temps de Pause : 4'

Thurins / Saint-Clair

Nous empruntons une succession de chemins agricoles plus ou moins larges bordés de haies au travers desquelles nous découvrons les paysages vallonnés du Lyonnais. Les prairies succèdent aux parcelles cultivées, des bosquets de feuillus posés ça et là agrémentent le tout. Quelques vaches dans les pâtures nous regardent passer, impassibles derrière les barbelés des clôtures. Le chant des oiseaux accompagne notre progression. Un paysage bucolique par excellence et ce ne sont pas les quelques portions effectuées sur de petites routes de campagne qui viendront changer cette impression.

Nous croisons régulièrement des personnes de l’association qui vérifient probablement le bon déroulement de l’épreuve. L’un d’eux mitraille régulièrement les coureurs lors de leur passage. C’est même un véritable duel photographique qui s’engage entre lui et moi dans la grimpette du Bois de Bel-Air après les Bruyères.

Dans la partie en sous-bois, nous avons rencontré l’homme aux fractions, un adepte du Random Interval Training. L’homme en question a une gestion de course pour le moins atypique. Il alterne de longue phases marcher avec des phases de course rapide. Jusque là rien de bien extraordinaire, bien au contraire. Seulement les phases courues le sont à une vitesse étonnamment rapide quand on considère notre classement dans le peloton et notre participation à un ultra et surtout elles semblent être déclenchées de manière totalement aléatoire. Plat, montée, descente rien dans la nature du terrain ne semble expliquer leur amorce. L’homme en question, fort sympathique du reste, n’est pas pour autant un débutant puisqu’il a terminé l’édition précédente des Coursières. Un bénévole me dira bien plus tard qu’il manque étonnamment de régularité. Bah, ça ne l’a pas empêché de terminer.

Nous faisons un moment le yoyo avec lui mais notre effort régulier est probablement plus efficace, nous finissons peu à peu par prendre le large. En regardant derrière nous, je m’aperçois au gré des accidents du terrain que Tidgi est revenu sur nous et c’est à son tour désormais de faire un bout de chemin avec l’homme aux fractions. Tidgi finira par le lâcher un peu plus tard pour se joindre à nous.

Notre allure semble convenir à notre nouveau compagnon de route. L’œil rivé sur le profil de la course, l’ami Tidgi a une fâcheuse propension à nous révéler dans le moindre détail les dénivelés positifs qui vont nous titiller les mollets. Argh … Faut-il y voir une veine tentative pour fissurer le mental de « winner » de ses petits camarades ? Mais non et puis ce serait mal connaitre notre amour du dénivelé. L’homme a l’œil pétillant et le teint rose, il sait marcher bien sûr et même courir et n’hésite pas à pousser des cris devant la caméra sans qu’on ait besoin de lui demander. Bref, l’homme est sympathique et le duo se transforme tout naturellement en trio.


Avec Tidgi (en jaune), nous formons désormais un trio de choc.

Après Vaugneray, la couleur du ciel devient de moins en moins engageante. Ca s’obscurcit même pas mal à l’horizon. On va prendre, comme dirait Tazounet. Bon, on ne prend pas pour le moment et c’est tant mieux car ce serait probablement désagréable avec une température ressentie plus conforme à celle d’un mois de Novembre qu’à celle d’un mois de Mai ! Nous allons bientôt traverser Saint-Bonnet le Froid. C’est un signe.

Dans la descente sur Courzieu nous avons eu la surprise de rejoindre et de doubler la féminine à la casquette verte. Elle s’est trouvée quelques compagnons de route en chemin. Nous sommes plus rapides qu’eux dans les descentes que nous dévalons à un rythme soutenu sans être excessif mais nous sommes ensuite peu à peu rejoints dès lors que la pente s’inverse. J’aurai joué beaucoup au yoyo aujourd’hui.

Au terme de la descente, nous avons fait un petit coucou aux aigles du Parc animalier de Courzieu, un parc qui, outre des rapaces, accueille toute une meute de loups. Le lieu idéal par une sortie dominicale en famille. La pente s’adoucit par la suite jusqu’à Verchères. On laisse les quelques maisons de ce hameau derrière nous. Il s’agit de remonter maintenant pour rejoindre le second ravitaillement.

Il y a quelques très bons marcheurs sur cette course, certains avec des bâtons. Il faut voir avec quelle rapidité ils reviennent sur nous dans les phases marcher.

Les paysages sont nettement plus sauvages qu’en début de course. Nous cheminons en forêt sur ce qui semble être par moment une ancienne voie romaine tant les pierres qui le recouvrent semblent avoir été disposées sciemment par endroit. Biscotte va même jusqu’à évoquer Notre Dame de la Gorge … Par moment de beaux points de vue sur la vallée s’offrent à nous. Ca vaut le coup de se cailler un peu.

Nous arrivons au ravitaillement de Saint Clair à 10h36. Le ravitaillement est installé en pleine nature sur un point haut balayé par les vents. Avec l’arrêt, la sensation de froid est immédiate. Le coupe vent est le bienvenu mais il est tout juste suffisant pour atténuer la morsure du vent. Je n’ai pas pris mes gants et je le regrette amèrement, mes mains virent progressivement au rouge vif ! Pas étonnant qu’il y ait eu des abandons par ici même si nous ne sommes qu’au 33eme kilomètre. Deux secouristes sont présents emmitouflés jusqu’au cou dans une épaisse parka. « Ca vous dirait d’essayer ma fine couche de plastique Quechua ? Non ? »
Heureusement, les bénévoles ont installé un réchaud et la soupe bien chaude est un vrai réconfort. Le froid ne m’a pas coupé l’appétit, je me suis fait une razzia de sandwich pain de mie/jambon entre autres ! Je recharge la poche à eau et je suis prêt à partir. Quelques coureurs sont arrivés entre temps parmi lesquels madame SaintéLyon. Quand je pense qu’elle est en short ! Je suis frigorifié pour elle.

Ravitaillement de Saint-Clair (35eme km).
Arrivée : 10h36, Temps de course : 4h32, Temps de Pause : 12'

Saint-Clair / Duerne

C’est reparti en direction de Duerne. Je suis obligé d’enlever ma veste très rapidement mais ce sera pour mieux la remettre quelques kilomètres plus loin. En fait, je ne vais pas arrêter d’enlever puis de remettre mon coupe vent au gré des passages exposés au vent, hésitant en permanence entre la tiédeur humide de mon sauna portatif Quechua et la morsure du vent. Et puis franchement, ça me gonfle profondément d’avoir à tomber le sac pour ranger cette fichue veste tout en continuant à avancer. Une mention spéciale pour le passage du Col des Brosses, il manquait plus que la mer et on aurait pu s’initier au kite.

Nous avons un peu moins de fraicheur dans les jambes désormais et l’uniformité de nos allures s’en ressent. Nous sommes tour à tour en retrait avec Biscotte. Aller, j’ose le dire, Biscotte l’est un peu plus souvent que moi ce qui me fait penser qu’il est probablement en train de gérer un petit coup de moins bien. De toute façon il ne prendra pas le risque de me l’avouer au risque de réveiller ma fibre de compétiteur. Il ne faut pas tenter le diable. Tidgi semble avoir un peu plus de marge de manœuvre que nous et caracole toujours au niveau de l’homme de tête ou en deuxième position. Cela dit, mes cannes répondent bien et le Nivolet Revard ne semble pas avoir laissé de traces. Côté mental, pas d’euphorie, ni d’abattement, c’est le calme plat, une vraie mer d’huile, s’en est presque désespérant.

Après la Grande Goutte, au début de la montée sur Duerne, nous sommes rattrapés par Marat, un kikoureur qui s’essaie pour la première fois sur cette distance. Pour un essai, ce sera un coup de maitre, il va finir 20eme en 13h38. Moi, je dis bravo. Ca papote dur avec Tidgi et Biscotte. J’en ferais bien autant si je le pouvais mais un petit coup de mou m’est tombé sur le coin de la figure sans prévenir et je suis à la peine, légèrement en retrait derrière mes trois acolytes. Je me fais une raison, il me faut économiser ma salive le temps de me refaire une santé alors je me concentre sur le paysage. Bien sympa cette montée dans les bois avec le bruit du ruisseau en contrebas.


Le ravitaillement de Duerne est dans une grange à l’abri du vent.

Purée le masque ! Ca promet, nous ne sommes qu’au 48eme kilomètre.Du côté de Biscotte ce n’est guère mieux …

Nous arrivons au ravitaillement de Duerne à 12h35. 2H d’avance sur la barrière horaire, c’est bon, nous avons de la marge. Xavier B. est venu nous encourager avec ses deux enfants et il en profite pour prendre quelques photos. C’est sympa de le voir là. Le ravitaillement est installé dans une grange. Dommage, que les tables du ravitaillement n’aient pas été disposées plus profondément à l’intérieur, j’aurais vraiment apprécié pouvoir me protéger du vent. J’ajuste les niveaux de ma poche à eau et de mon estomac, il commençait à crier famine le bougre puis je vais m’assoir avec soulagement à même le sol pour finir la dégustation d’une soupe. Biscotte fait de même. Ca fait du bien de pouvoir relâcher un moment cette tension accumulée dans les muscles des jambes au fil des kilomètres .

Ravitaillement de Duerne (48eme km).
Arrivée : 12h35, Temps de course : 6h31, Temps de Pause : 12'


Une fois rassasié, nous avons déjà meilleur mine.

Duerne / Saint-Symphorien-sur-Coise

Marat est parti un peu avant nous. Nous quittons à notre tour le ravitaillement avec Biscotte. Tidgi est un peu à la traine mais il nous rattrape bien vite.

Le parcours se fait maintenant pour l’essentiel sur des chemins et des petites routes bordés par des champs cultivés et des prairies. Les portions sur bitume me font regretter d’avoir pris mes Trabucco. Mes Pegasus auraient convenu à merveille sur ce terrain mixte.

Le parcours longe la retenue d’eau du Barrage de La Gimond. Endroit paisible s’il en est. Un pêcheur somnole sur la rive tout en gardant mollement un œil sur sa ligne. Ca doit avoir quelques bons côtés la pêche. Les années précédentes le tracé empruntait le passage sur le mur de la retenue mais l’autorisation n’a pas été reconduite semble-t-il.


Le barage de La Gimond.

Nous arrivons sur Saint-Symphorien-sur-Coise connu pour être la capitale du saucisson sec. La légende veut qu’un boucher du nom de Martel ait oublié des saucisses au fond d’un placard. Après les avoir goûtées, il aurait reproduit le procédé pour fabriquer et commercialiser sa découverte sous le nom de saucisson. Béni soit cet homme. On longe l’enceinte du Château de Plury puis les premières maisons de la commune. Nous sommes pourtant loin d’être arrivés au ravitaillement. Pour éviter un passage en centre ville, le tracé prend des airs de rocade et tire même franchement au Sud laissant derrière nous toutes nos espérances de salaisons. Bah, avec ce petit crochet, nous aurons eu le plaisir de longer la Coise.


Le Château de Pluvy.

On finit par arriver au ravitaillement installé dans les bâtiments du Stade des Pinasses après avoir contourné le terrain de foot. Il est 15h soit plus de 3h30 avant la barrière horaire. La marge de manœuvre a considérablement augmenté. Les tables du ravitaillement sont disposées devant l’entrée du bâtiment qui doit abriter les vestiaires et les locaux techniques. Des bénévoles, des spectateurs, il y a du monde pour nous encourager. Un d’eux me tend la main. C’est Stéphane. Il me connait via mon blog et a fait la connaissance de mon père en parlant « course à pied » avec lui il y a quelques semaines de cela, lors d’un don du sang. Mon père m’a raconté tout cela le weekend dernier. C’est une sacrée coïncidence de le rencontrer ici.

Après m’être restauré, je récupère mon sac dans le camion qui les a transportés depuis Saint-Martin-en-Haut et je décide de me changer dans le hall du bâtiment. J’ai repéré qu’il y avait quelques bancs tout à fait opportuns pour procéder à l’opération « changement de chaussettes » préconisée dans le carnet d’entretien d’Arthur au 62eme kilomètre. Les bancs sont déjà occupés par mes acolytes et me semblent un emplacement moins idéal qu’il n’y paraissait car en plein courant d’air. Je préfère me réfugier un peu plus loin dans le hall et je réquisitionne la civière des secouristes pour nous installer, moi et mes petites affaires. Je ne suis pas superstitieux pour deux sous. D’ailleurs, civière ou pas civière, je me verrais bien faire une petite sieste maintenant que je suis repu.

Je procède à une révision complète du bonhomme. Côté pieds, c’est nickel. Une bonne tartine de Nok, les nouvelles chaussettes préconisées et je remets en place les mini-guêtres. J’avais envisagé la possibilité de changer de chaussures mais à quoi bon ? Par contre, je m’empresse de mettre mon t-shirt manches longues des Templiers et je renfile par-dessus le maillot sur lequel j’ai épinglé mon dossard. Une couche supplémentaire ne sera certainement pas du luxe en fin de journée.


Le ravitaillement de Saint-Symphorien sur Coise.

Les quelques féminines qui avaient opté pour le short ce matin ont renoncé au bronzage, peu efficace il est vrai, et ont réussi a dénicher une tenue plus adaptée.

Ravitaillement de Saint-Symphorien-sur-Coise (66eme km)
Arrivée : 14h54, Temps de course : 8h50, Temps de Pause : 32'

Saint-Symphorien-sur-Coise / Le Grand Mazel

J’avais le sentiment depuis un moment que ça tournait au vinaigre côté physique. Bingo, ça se confirme. Je suis cuit à point. Ma vitesse chute vertigineusement à la moindre petite montée. C’est la bérézina. Je n’ai plus aucune puissance dans les jambes, rien, nada. Je suis systématiquement distancé par mes camarades de jeu et j’ai toutes les peines possibles pour raccrocher les wagons lorsque la pente redevient négative. Le Nivolet Revard a laissé plus de traces qu’il n’y paraissait au premier abord. Une fatigue invisible, plus sournoise que les simples courbatures ressenties les deux ou trois jours qui ont suivi la course. Cela dit, je ne regrette rien. Venir à bout de cet ultra avec un peu de pré fatigue sera une expérience intéressante à gérer mentalement. De ce côté, pas la moindre petite vaguelette, ni creux, ni bosse, j’attends toujours la phase d’euphorie habituellement ressentie qui me transformera en machine à avaler les kilomètres au risque de me laisser exsangue sur le bord du chemin.

J’ai confié un peu plus tôt à l’ami Biscotte que j’étais cuit. Je ne sais plus si c’était avant ou après Saint-Symphorien mais vous savez ce que cette canaille m’a répondu ? « YESSSS !!! ». Le cri du cœur ! Lui annoncer qu’il avait gagné sa place au paradis ne l’aurait pas rendu plus joyeux. Ah, on les reconnait les amis. Tu parles. Moi qui rêvais d’une arrivée commune bras dessus, bras dessous à Saint-Martin-en-Haut au terme d’une magnifique aventure partagée avec mes compagnons de route. J’étais près à tous les sacrifices pour cela, réfrénant par avance tout désir de sprint pour le finish. Mais non, en signe d’amitié, je me retrouve avec un couteau enfoncé profondément entre les omoplates … et n’allez pas croire les mauvaises langues qui vous diront que j’ai agi de même il y a peu de temps encore. Les conditions étaient différentes. Sur une petite coursette, on peut maraver en paix, c’est même vivement conseillé mais pour un ultra … non vraiment pour un ultra, se focaliser sur le chrono, sur le classement et vouloir à tout prix maraver son prochain … pffft ! Toute une éducation à revoir ! Mais évidemment vous n’êtes pas obligé de me croire (faut que j’arrête France Info le matin). Cela dit, je suis content que la Biscotte ait retrouvé la forme. Je ne l’avais par revu comme ça depuis la Montagn’Hard.

Biscotte s’est éloigné peu à peu à l’horizon, suivi à distance par un Tidgi qui a bien failli lui-même être distancé. Il me semble avoir tenu bon jusqu’à Larajasse (pas sûr) mais je suis certain en tout cas d’avoir passé en solitaire le point le plus haut du parcours (Les Loises).

Bien que souffrant d’un manque évident de fraicheur dans les montées, je ne suis pas pour autant totalement à la dérive et je poursuis mon effort en trottinant dès lors que la pente me l’autorise.
J’ai encore suffisamment de volonté en tout cas pour éviter au maximum de passer en mode marche ne serait-ce que pour limiter le nombre d’heures qui me sépare de l’arrivée.

J’arrive au ravitaillement du Grand Mazel vers 17h30 avec plus de 5h30 d’avance sur la dernière barrière horaire. C’est agréable de ne pas sentir ce couperet horaire juste derrière son dos. Je n’avais pas trop apprécié cela à l’UTMB. Nous sommes à l’abri du vent dans une cour. On discute un moment de tout et de rien avec le bénévole en charge du ravitaillement et avec Jean-Pierre Molinari. Ca caille un peu, les 82 kilomètres déjà avalés me plombent un peu les pattes mais la soupe et la bonne humeur communicative de l’organisateur sont là pour me faire oublier ces petits désagréments.
Des coureurs arrivent peu à peu. On évoque les deux féminines (madame SaintéLyon a retrouvé une de ses copines de course) qui papotent de manière continue tout au long du chemin. Un coureur avoue en souriant qu’il a été contraint d’accélérer la cadence pour échapper à leurs gazouillis permanents. Tiens quand on parle du loup …

Ravitaillement du Grand Mazel (82eme km)
Arrivée : 17h28, Temps de course : 11h24, Temps de Pause : 12'

Le Grand Mazel / Acole

Je quitte tout ce petit monde, je ne voudrais quand même pas contribuer à la réussite de l’objectif de la Biscotte. Il a annoncé vouloir me mettre deux heures dans la vue le bougre !

Je suis de loin deux coureurs qui ont quitté le ravitaillement un peu avant moi. Le chemin grimpe le long d’un champ. On domine désormais les quelques maisons du Grand Mazel. Mais …. Oh oh ! Les deux coureurs ont quitté brusquement le chemin, ils me font signe de loin et redescendent en coupant à travers champs. Et merde, ça sent le jardinage à plein nez. Je préfère rebrousser chemin et redescendre jusqu’aux premières maisons pour retrouvé la trace … et les deux féminines qui ont profité de l’occasion pour me repasser devant. J’ai vu après coup sur le tracé GPS de Tidgi que mes ex compagnons de route avaient eu droit également à cette petite rallonge. 600 m de bonus, ce n’est rien par rapport au prochain cadeau.

Je me suis refait une santé au ravitaillement. Ce semblant de forme retrouvée me permet de doubler tout ce petit monde, les deux féminines, les coureurs à l’origine de l’option « visite guidée d’un champ au Grand Mazel » et deux ou trois autres par la même occasion. Après le Barrot, je me retrouve seul à dévaler un sentier boueux qui descend droit sur Sainte-Catherine. Je descends, je descends et un restant de lucidité attire mon attention sur l’absence inquiétante de rue balise. J’insiste encore une petite centaine de mètres mais toujours rien. Re-merde ! J’en connais un qui va finir par le réussir son objectif !

Ultra des Coursières des Hauts du Lyonnais 2010
La trace GPS de Tidgi malheureusement incomplète … problème de batterie.

Un peu dépité, je commence à remonter lentement le chemin en pestant intérieurement contre mon manque de vigilance lorsque les coureurs doublés il y a peu arrivent à leur tour. Pour eux, nous sommes sur le bon chemin, il faut poursuivre. C’est que nous faisons mais il bien se rendre à l’évidence, nous nous sommes tous gaufrés à tour de rôle et en beauté. Les deux féminines font partie du lot. Nous n’avons plus qu’à rebrousser chemin ! Deux coureurs ont renoncé à le faire et ont préféré poursuivre jusqu’à Saint-Catherine. Dommage, ils auront loupé le clou de la course : la descente sur la Jurière depuis le Châtelard et la montée velue sur Sainte-Catherine. Cette fois-ci, le bonus aura atteint les 1500 m !

Je refais le chemin inverse en tête. J’aperçois bientôt un coureur au loin qui passe sur un chemin un plus haut sur ma gauche. Un autre coureur est dans ses pas. Surprise, c’est l’homme au fractionné !
Pfft, c’est pas vrai ! Il va falloir que je les double tous combien de fois !
J’arrive à l’embranchement, un beau panneau « Trail » indique le chemin à prendre. Aucune erreur possible c’est vrai mais une vigilance de tous les instants s’impose pour ne pas louper les embranchements. Lors des changements de direction, un peu de rue balise au travers du chemin qu’il faut quitter serait un petit plus appréciable. Bon, je dis ça, c’est juste pour faire avancer le schmilblick !

C’est reparti, en faisant plus attention aux balises désormais ! Hé mais je connais ce chemin ! On l’emprunte pour la SaintéLyon. Nous sommes tout près du Châtelard. Sainte-Catherine n’est donc plus très loin. Pas très loin à vol d’oiseau, c’est certain, mais j’ai négligé un petit détail. Il y a une petite boucle à déguster en gourmet avant de rejoindre cette commune rendue célèbre par la doyenne de l’ultra.

Une boucle d’anthologie qui commence par une bonne descente histoire de se finir les cuisses. Tiens, il y a de la musique par ici ? Et pas du genre musette ! Je déboule sur une route. Il y une tente installée sur le bord de la chaussée et deux personnes pour nous accueillir. C’est le contrôle du matériel obligatoire. L’affaire est rapidement pliée, j’ai tout ce qu’il faut bien entendu.

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La montée sur Sainte-Catherine est courte mais particulièrement raide. Je la fais en compagnie de l’homme au fractionné qui a fini par me rattraper. Normal ça monte …
Nous devions avoir les yeux au ras des semelles de nos chaussures car nous avons une fois de plus loupé un changement de direction. Il fallait prendre à droite pour éviter la partie la plus raide de la grimpette et on a continué tout droit dré dans le pentu. Quand on aime … Bon ce n’est pas bien grave, ca m’aura donné l’occasion de passer à proximité de l’endroit où Tazounet avait garé la Tazmobile pour notre ravitaillement de la LyonSaintéLyon. Petite séquence émotion …

La traversée de Sainte-Catherine finit de me replonger complétement dans mes souvenirs du mois de Décembre, la température y est peut-être aussi pour quelque chose !

Ce qui m’a d’ailleurs marqué le plus ensuite fut ce vent violent sur le plateau avant d’arriver au ravitaillement d’Acole. J’ai protégé ce qui me restait de cerveau au plus profond de ma capuche, enfoui chaque main dans la manche opposée et je n’ai pas trainé en route ! J’ai d’ailleurs définitivement semé mon condisciple adepte du fractionné dans cette partie.

Le ravitaillement d’Acole est à l’abri dans un hangar. Le bénévole est aux petits soins et la soupe un délice comme à chaque fois. J’en reprendrai deux fois, un prétexte probablement pour rester assis un peu plus longtemps dans la chaleur relative de ce refuge.

Ravitaillement d'Acole (95eme km).
Arrivée : 20h25, Temps de course : 14h21, Temps de Pause : 7'

Acole / Saint-Martin-en-haut

Ces 8 derniers kilomètres m’ont paru bien longs. Il me semble avoir reconnu quelques portions empruntées lors de l’Hivernale des Coursières en 2009 du côté de la Bertrannière. J’ai le souvenir de ce virage à 45° sur la gauche après une légère montée, Tazounet m’y avait pris en photo. Il y a un panneau indicateur pour les chemins de randonnée avec une indication de kilométrage : 3,7 km.
Moins de 4 km ? Trop cool ! Seulement, j’ai un p’tit coup de fil peu après de l’ami Biscotte, il est arrivé et tempère ma joie : la fin du tracé est assez éloignée de la ligne droite !

La proximité de l’arrivée m’incite à courir de façon permanente malgré la fatigue. Je double deux ou trois coureurs avant d’être pris en chasse à mon tour. Je résiste un long moment mais l’écart se réduit peu à peu comme peau de chagrin. Je suis rattrapé, c’était inexorable, mais je parviens à rester au contact avec le coureur et à lui emboiter le pas.

La nuit tombe, ma perception du chemin devient incertaine, je préfère m’arrêter un moment pour sortir ma frontale, c’est plus prudent. Quelques minutes plus tard et c’est au tour de mon compagnon de route en manque de lumière de s’arrêter. J’en profite pour passer devant et prendre les commandes.

La rue balise est peu visible dans la nuit, je suis obligé de m’arrêter à plusieurs reprise hésitant sur la route à prendre mais les lumières de Saint-Martin-en-haut se rapprochent et je savoure avec délectation ces dernières minutes de course.

Un peu nase mais j’ai de quoi recharger les batteries. D’ailleurs, ça va déjà mieux … je papote !

J’arrive enfin au gymnase. Merde ! Elle est où l’entrée ? Je reste planté là, perplexe, suffisamment de temps pour permettre à mon acolyte de me rejoindre. Le travail commun de nos quelques neurones survivants nous permet de dénicher la porte adéquate. Nous avançons ensemble entre les barrières de sécurité du sas d’arrivée et nous passons la ligne d’arrivée sous les applaudissements à 21h46 après 15h42 d’effort.

Nous sommes accueillis par une poignée de main chaleureuse de Jean-Pierre Molinari, chaleureuse comme l’aura été cette course et tous ceux qui l’ont animée. Et puis il y a Biscotte bien sûr. Tope-la, l’ami. Je ne peux que le féliciter pour cette belle performance. Ca fait plaisir de retrouver un Biscotte en grande forme. Il n’aura pas réussi à me mettre deux heures dans la vue comme il l’avait annoncé mais c’est avant tout de ma faute. J’ai pulvérisé la prévision de temps de 17h30 que m’avait annoncée madame soleil. Félicitations également à toi Tidgi, on peut dire que c’est une première pleinement réussie.

On nous remet un plateau de dégustation de produits locaux. Fromage fermier, saucisson sec et une bouteille de vin … Je n’ai pas de photo pour vous faire saliver, tout a été rapidement dégusté. Ma petite famille a apprécié que je sois finisher !

Après être passé sous la douche fissa (je trouvais la température de l’eau un peu tiédasse à mon goût), j’ai enfin pu me réchauffer en enfilant toutes les couches de vêtements de rechange dont je disposais et je me suis restauré en compagnie de Biscotte et de Tidgi. De quoi finir en beauté cette longue et belle journée.

Un énorme merci aux organisateurs et aux bénévoles pour leur prévenance. Sourires, encouragements, toute cette chaleur humaine était un immense réconfort. Merci également pour vos SMS les copains. Il n’y a pas mieux pour booster un Arthur quand il commence à s’endormir le long des chemins.

Les Coursières c’est du tout bon, mangez-en.

@rthurbaldur.

Récapitulatif :
Temps : 15h42′
Distance : 102 km
D+ : 4000 m

Classement général : 42/60 (69 partants)
Classement VH1 : 23/27


Le t-shirt en cadeau

Le site : Ultra des Coursières des Hauts du Lyonnais

Quelques photos :

Ultra des Coursières des Hauts du Lyonnais 2010
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