Arthurbaldur

Le songe d’une nuit d’hiver
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Le Grand Raid 73, le 21 mai 2011

juin 11, 2011 By: Arthurbaldur Category: Compétitions, Course à pied, Trail

Hé bien, elle m’aura fait mal aux guiboles celle-ci ! J’ai l’impression d’être passé dans un concasseur. J’ai une pensée toute particulière pour mes cuisses et mes mollets meurtris. Mes bras ont également soufferts et se rappellent régulièrement à mon bon souvenir, l’effet bâtons sans doute à moins que ce ne soit le port du sac à dos tout simplement. Rien de bien méchant, de simples courbatures, la résultante d’une multitude de fibres musculaires malmenées, un souvenir des Bauges parmi tant d’autres.


6:35 : La Roche du Guet.

C’est quoi le Grand Raid 73 ? C’est un trail long qui se déroule chaque année dans le Parc Naturel Régional du Massif des Bauges. 73 km à parcourir et 5000 m de dénivelé positif annoncé. Autrement dit ça monte beaucoup, ça descend tout autant et les quelques portions plates du parcours sont à ranger aux rayons des raretés incongrues. Sans atteindre le ratio distance/dénivelé d’une Montagn’Hard (un must en la matière), le Grand Raid 73 est à classer sans aucun doute dans la rubrique des trails montagnards. Certains argueront que cela reste de la montagne à vaches. Vu de mon œil de citadin, elles sont rudement grosses les vaches dans les Bauges !

C’est l’ami Biscotte qui m’a fait découvrir cette sympathique balade. Il avait participé à l’édition 2009 pour se préparer à la Montagn’Hard (ça ne s’invente pas). Faut croire que l’idée ne fut pas mauvaise puisqu’il termina cette dernière avec succès tandis que votre serviteur se ramassait joyeusement la gueule en pliant bagage à la Balme après avoir tout de même avalé la bagatelle de 69 km et 6600 m de D+. Sont pas humains les organisateurs d’ultra, je vous le dis moi.

Je ne me sens pas vraiment prêt à affronter cette débauche de dénivelé. Les 24h de Saint-Fons ont été bien difficiles à caser dans mon agenda et n’ont pas facilité ma préparation mais bon, l’envie était plus forte que la raison. Et puis il y a eu ces douleurs dans le genou droit qui m’ont contraint à un moindre volume et à des séances de footing tranquilles. Aucune séance de qualité ou presque. Séances en côte, relance, seuil … rien nada. Mes seules sorties réellement longues furent une randonnée VTT de 4h20 avec compère Tazounet et une séance de rando course à la Dent de Vaulion chez nos voisins Suisses (5h40). Pour le reste il faut bien l’avouer, ce fut un peu la misère.



Le profil de la course.

Cruet n’est pas bien loin de Lyon. Histoire de faire quelques économies, nous n’avons pas réservé d’hébergement sur place. De prime abord, l’idée semblait bonne mais j’ai eu quelques doutes sur le choix retenu quand mon réveil a sonné vers 1h30 ! Me voilà souffrant. J’ai tous les symptômes d’une bonne endorectocéphalie. Tout cela reste bien sûr très imaginaire, je n’ai pas la souplesse ni la capacité d’intromission requise. Biscotte sera notre chauffeur du jour et Sanggi le second passager. Ce dernier semble le plus réveillé du trio, il s’est échauffé les synapses en venant au point de rendez-vous en vélo’v.

Nous arrivons à Cruet à l’heure prévue malgré une petite hésitation. Un poil trop tôt selon Biscotte, un poil trop tard selon moi car je n’aime pas être bousculé et j’aurais aimé pouvoir profiter du café offert par l’organisateur pour lutter contre les symptômes précités. Le retrait des dossards est effectué à vitesse grand V. Je récupère le t-shirt Craft sans manche offert en cadeau et nous retournons sur le parking pour nous préparer. Il s’agit ne pas traîner, l’homme au micro se fait pressant et nous invite à nous rendre au plus vite dans le sas de départ. Il fait plutôt doux, un t-shirt suffira amplement à mon bonheur, pas besoin des manchons.

Profil

L’attente dans le sas sera de courte durée. Il fait encore nuit (le départ est à 5h). Des fumigènes ont été allumés de part et d’autre de l’arche de départ. Des reflets rougeoyants éclairent le visage blafard des coureurs qui m’entourent. La musique s’est tue, remplacée par nos applaudissements le temps d’un hommage à Werner Schweizer récemment décédé. Des suites d’une longue maladie comme ils disent. Quand je pense que nous l’avons croisé il y a peu au trail des 3 Châteaux …
Et puis la musique retentit à nouveau et c’est le décompte avant le lâché des fauves.

Cruet – La Thuile.

19,5 km, D+ 1621 m, D- 1116 m
Temps de pause au ravitaillement : 14 minutes

On commence tranquillement sur un chemin large à travers les vignes. C’est plat ou presque (ça ne l’est jamais totalement dans le coin), ce qui nous permet un échauffement tout en douceur.

Bibi Fricotin fait du trail. Probablement par masochisme, j’ai fait l’acquisition d’un RS800 avec tout plein de capteurs pour me rappeler en permanence que je n’ai pas le moindre gène commun avec un Killian. Pour une fois, j’ai pensé à allumer le GPS avant le départ mais j’ai oublié de déclencher la montre. Facile, suffit d’appuyer sur le bouton rouge … Biiiip ! Voulez-vous calibrer l’altitude ? Heu, ben non, vu ton prix, je te laisse faire, faut pas déconner. Biiiip ! Vérifiez capteur Wearlink. Humm … ça ne va pas être facile, il est chez moi dans les profondeurs d’un tiroir. Biiiip ! Vérifiez capteur S3. A ben zut, j’ai dû me tromper d’exercice. Je voulais utiliser celui avec le GPS G3 … Et c’est reparti pour une salve de bips, la tête dans le guidon, enfin le nez sur la montre pour y voir quelque chose dans la pénombre jusqu’à ce que Biscotte s’inquiète pour ses oreilles délicates et se tourne vers moi. « Mais c’est toi qui bipe ? ».

Ce petit exercice mental terminé, je peux me consacrer pleinement à mon environnement. Hum, c’est curieux ces loupiotes qui progressent en parallèle dans les vignes un peu plus haut. Purée, j’hallucine. Les mecs sont en train de couper tout droit pour éviter un petit crochet dans le pentu. Ben merde alors, quand y a de la gêne y’a pas d’plaisir ! C’est pas possible, ils sont miros de chez miros pour avoir loupé la trace … Remarquez, avec le recul, je me demande si ce n’est pas la grosse majorité du troupeau qui s’est gaufré. L’effet moutons de Panurge a vite fait de vous jouer un tour. Passons.


8h35 : Le Pic de la Sauge. Enfin, il me semble …

Je suis content, les sensations sont bonnes, les jambes répondent bien. Pour Biscotte c’est un peu moins le cas. Il a fait des folies de son corps la semaine dernière, de sombres histoires de haies à tailler, de flexions trop répétées. Résultat : une petite contracture qui se fait un peu sentir dans les descentes. « Je ne sais pas ce que ça va donner. Pas sûr que je finisse. On verra bien … ». Je commençais presque à entrevoir la possibilité d’un petit maravage des familles dans les rues de Cruet en fin de journée ou tout du moins une inversion des rôles habituels : Biscotte qui galope devant et Arthur qui pédale dans la semoule derrière. Attention, que les choses soient claires, je ne me réjouirai jamais de la blessure ou de l’abandon de mon compère. Mais une petite défaillance par-ci par-là pour équilibrer les niveaux … ça je dis pas.

Tu parles, l’aura pas duré longtemps la contracture. Dès les premiers lacets pour monter à la Roche du Guet, elle s’est évaporée comme par miracle et la Biscotte aussi. Oh, j’ai bien remarqué que monsieur trépignait depuis un moment. Le groupe qui nous devançait ne montrait pas beaucoup de velléité à raccrocher aux wagons précédents et la longue colonne de coureurs s’était quelque peu étirée devant nous. Jusqu’alors, la monotrace étroite interdisait tout dépassement, mais à la première occasion, Biscotte s’est empressé de doubler tout ce petit monde. J’ai loupé le coche, il faut dire que je trépignais beaucoup moins.

Parlons-en des lacets. Dré dans le pentu qu’ils disaient … On m’aurait menti ? En fait, les lacets Baujus existent bel et bien. Notre sentier s’accroche à la pente et trace une ligne étroite et sinueuse à travers la végétation dense. Cela dit, lacet ou pas, ça grimpe quand même pas mal : une bonne mise en jambe de 840m de D+ pour absorber la première bosse. La pente s’est adoucie, mes pieds quittent le sentier en terre battue et je progresse maintenant sur le sol torturé d’un lapiaz. Une brèche dans la végétation me dévoile la vue sur la vallée de Montmélian. Au-delà, les sommets enneigés s’illuminent sous la lumière du soleil levant. Le ciel est bleu, seul un ou deux longs filaments laiteux témoignent du transit aérien. Je suis à la Roche du Guet et purée je ne regrette pas d’être là.

J’ai oublié de me tartiner de crème solaire ce matin. J’ai de la chance, une grande partie du parcours s’effectue en sous-bois, à l’abri de l’ardeur du soleil. Avec un peu de chance, je ne cousinerai pas avec les écrevisses ce soir. Dans la descente du Montgelas, des portions du chemins sont recouvertes en abondance par les feuilles. Elles masquent les pièges du terrain et je glisse un peu par moment. Malgré un soupçon de retenue, cela passe plutôt bien et je laisse aller mes grandes guiboles dans la pente.


8h56 : Ravitaillement de la Thuile.

Je n’avais guère étudié le parcours, m’étant surtout concentré sur le nombre de « bosses » apparaissant sur le profil. J’aime bien compter les bosses. En traversant les quelques maisons de Necuidet, je m’attendais à arriver au ravitaillement mais il me faudra trottiner encore 2 km pour l’atteindre.

Je retrouve avec surprise l’ami Biscotte au ravitaillement. Monsieur se passe de la pommade. Ce n’est pas tant pour flatter son ego que pour se prémunir des frottements, il est sujet aux ampoules. En camarade exemplaire, il me propose de m’attendre pour que nous reprenions la route ensemble mais je décline son invitation. Si c’est pour me maraver dès la sortie du ravitaillement autant ne pas perdre son temps et poursuivre chacun à son rythme. Ce n’est pas bon pour mon mental de winner de voir s’éloigner au loin ses petits mollets musclés. De toute façon j’ai fait une belle croix rouge sur mes espérances de sprint en fin de journée.

Je me tartine à mon tour, je fais le plein de la poche à eau et j’engloutis suffisamment de nourriture pour tenir jusqu’au prochain ravitaillement solide. Il ne faut pas mégoter, il est situé au 42ème kilomètre autrement dit à des années lumière de ma position actuelle en durée de course. Je n’ai même pas encore passé le 20ème kilomètre !

La Thuile – Côtes Gueulets.

34,5 km, D+ 2959 m, D- 2282 m
Temps de pause au ravitaillement : 4 minutes

On quitte le ravitaillement en longeant les eaux paisibles du lac de Thuile. Trois bosses nous attendent pour arriver au sommet de la Gallopaz. La première est une bosselette que l’on avale sans même sans apercevoir mais la seconde est nettement plus piquée des hannetons. On attaque les réjouissances après avoir traversé la route au col de Marocaz. Quelques spectateurs venus soutenir leur champion nous encouragent chaleureusement. Certains d’entre eux ont probablement repéré les lieux et compatissent … Les « Allez courage les gars, ça va aller … » semblent alors raisonner comme des « Oh purée les gars, vous allez en chier grave ! ».


11h16 : Au Col de la Buffaz.

Force est de constater que la notion de « sentier en lacets » n’a pas atteint cette zone reculée des Bauges. Pourquoi diable s’emmerder à faire des zig zag quand on peut tracer tout droit ? Quelques passages sont particulièrement velus et je suis littéralement scotché à la pente. Vu l’insignifiance de cette seconde bosse sur le profil de la course, je n’ose penser à ce qui m’attend dans les pentes de la Gallopaz ou du Colombier.

Finalement, nous retrouverons nos amis les lacets dans la montée au Col de la Buffaz en attaquant la troisième bosse. L’arrivée au col marque notre sortie des bois. Emerger de cet océan de verdure en prenant un peu de hauteur n’est pas pour me déplaire, je n’ai rien contre les sous-bois mais il faut reconnaitre que la vue ne porte pas bien loin. Et côté vue, il y a de quoi se griller les pupilles de bonheur dans le coin. La longue montée à découvert qui m’attend va me donner tout le loisir d’en profiter.

Une dizaine de coureurs sont dispersés dans la pente au-dessus de moi. Les plus lointains ne sont guère plus gros qu’une tête d’épingle. Il fait chaud, le soleil se fait plus présent mais la chaleur n’est pas étouffante. Je progresse dans la pente à mon rythme, sans forcer mon allure. Le moral est bon, cette portion est tout sauf monotone. Dans mon dos, la vue est la réplique parfaite (enfin l’original) de la photo affichée sur le site de la course. En contrebas, le Col de la Buffaz est facilement identifiable à sa trouée de verdure. En face, le Grand Roc s’élève dans la continuité de la ligne de crête. Plus loin, au Nord Est, la masse imposante du Mont Colombier s’impose au regard. Ignare que je suis quant à la typologie des lieux, je ne l’ai pas identifié immédiatement et c’est très bien comme cela. Il me paraissait fort éloigné et je n’aurais pas aimé lui tourner le dos pour m’en éloigner davantage.

11h17 : La Dent d’Arclusaz. C’est vrai qu’elle a de la gueule. 11h25 : La montée à la Petite Pointe de la Galoppaz.
11h40 : Le Mont Margériaz, le Mont de la Buffaz et le Mont Colombier un poil à droite. 11h40 : C’est le compère Arclusaz qui va être content …

Un autre sommet, plus à l’est, est le sujet de toute mon attention : la dent d’Arclusaz dont la vue m’a été chaudement recommandée (avec raison) par Arclusaz lui-même, ça ne s’invente pas. C’est beau, bon sang ce que c’est beau. J’atteins le point haut en une heure, ce n’est guère plus finalement que le temps mis sur la seconde bosse pour arriver à proximité du Chalet Ducrey. Je m’attendais à plus long en regardant le profil.

La descente par la face sud de la Gallopaz est à classer a la rubrique « rapide » et « fait mal aux cuisses » ! Encore une fois, la trace ne fait pas dans le chichi, c’est simple, droit, direct. Comment voulez-vous courir là-dedans sans vous fâcher définitivement avec vos cuisses ? Je m’efforce de trottiner sans me crisper, en me freinant le moins possible. Les bâtons sont une aide plutôt appréciable. Pour limiter ma prise de vitesse, je réduis un maximum l’amplitude de mes pas, quitte à augmenter un peu la cadence. Vue du bas, cette pente herbeuse est tout simplement impressionnante, un véritable mur.

Et puis, nous replongeons à nouveau dans les bois … Une portion finalement assez plaisante ou tout du moins reposante avec de bonnes portions courues. Il était grand temps que j’arrive au ravitaillement des Côtes Gueulets, mon sac me semblait bien léger. Je n’étais pas loin d’être à sec. Il m’aura bien frustré ce ravitaillement. Pensez-vous, un ravitaillement exclusivement en eau. Pas le moindre petit bout de fromage à grignoter. Bon, je sais, c’était prévu comme cela mais je commençais à avoir vraiment la dalle : il n’était pas loin d’être 12h30. Sacré boulot effectué par les deux bénévoles en charge de l’eau. Ils remplissaient eux-mêmes les poches à eau de chaque coureur …


11h49 : Descente velue depuis la Pointe de la Galoppaz. 220 m de D- droit dans la pente. Un régal pour les quadris.

Quelques participants ont décidé de jeter l’éponge et attendent assis sagement leur rapatriement.. Ca va, ils n’ont pas l’air trop abattus. D’autres sont encore vifs mais subissent quelques déboires avec leur matériel. J’ai encore vu un pauvre gars pester en découvrant que sa poche à eau était crevée. Une poche récente pourtant suivant ses dires. Le genre de situation galère en pleine course vous en conviendrez. On ne devrait pas mégoter sur le prix de sa poche à eau. Je suis un adepte de la marque Camelbak et franchement, il n’y a pas photo sur la qualité du produit.

Côtes Gueulets – Aillon.

42,5 km, D+ 3369 m, D- 2817 m
Temps de pause au ravitaillement : 20 minutes

Après une remontée éprouvante au chalet de la Buffaz (quand je pense que nous en étions si proche en passant au col de la Buffaz tout à l’heure), nous descendons tranquillement sur Aillon. Enfin tranquillement, c’est vite dit. Il ne faudrait pas croire que je passe mon temps à marcher et à me goinfrer aux ravitaillements. Non, il m’arrive de courir ! Certes, je marche dans les côtes (quel que soit le pourcentage de la pente je dois bien l’avouer) et je ne vais guère plus vite dans les descentes techniques mais dans cette portion qui m’emmène à Aillon, toutes les conditions sont réunies pour que je puisse courir tout à loisir.

Bon, je dois reconnaître que j’ai tout de même fait une petite pause en marchant à l’approche des quelques maison de Penon. Faut dire que nous gambadons maintenant sous un soleil de plomb. Un coureur en profite pour me doubler et m’encourage à reprendre ma course : « Allez, on ne lâche rien, faut pas jouer avec la barrière horaire … ». Oh lui, qu’est-ce qu’il me raconte ? Quoi la barrière ? Mes neurones fatigués sont à la peine. Elle est à quelle heure la barrière ??? Oh purée, il est 13h50, tu vas pas me dire qu’elle est à 14h00 cette p… de barrière horaire ! Ben si, c’est bien ce que j’ai noté sur le profil de la course …


13h43 : Les quelques maisons de Penon.

Purée la claque, c’est bien la première fois que je suis aussi juste. Ce n’est vraiment pas bon pour mon égo ces conneries. Le pire, c’est que je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir traîné en route. Je ne comprends pas où j’ai merdé. Il va sans dire que je repasse immédiatement en mode course.
J’accélère un peu mais sans trop forcer. Je ne vais quand même pas me mettre à sprinter ! Ce serait un truc à se griller et la balade s’arrêterait alors tout aussi sûrement à Aillon. La suite de la balade s’annonce consommatrice d’énergie : le Mont Colombier se dresse devant moi de toute sa hauteur. Hé ben, c’est là-haut qu’on monte ?

J’arrive au ravitaillement avec une légère inquiétude, je suis à la bourre de quelques minutes. Un bénévole m’annonce que la barrière horaire a été allongée de 15 minutes et que nous aurons peut-être encore 15 minutes supplémentaires. Pffft … Ca va, j’ai un peu de marge. C’est parti : atelier nok, remplissage de la poche à eau … et subitement j’ai un bon gros coup de chaud, la tête tourne un peu et je m’empresse d’aller m’asseoir à l’abri du soleil. Voilà ce que c’est de s’agiter sous le cagnard. Hé là, je ne vais quand même pas faire un malaise ! C’est quoi ce bordel ? Non, fausse alerte. Une bénévole s’enquiert de mes besoins et m’apporte de la soupe. C’est bon de se faire dorloter. Du coup, j’en reprendrai un bol … Je complète mon repas avec un peu de fromage, des Tucs et des quartiers de pomme. J’ai le ventre plein, je suis repu.


14h16 : Le ravitaillement d’Aillon.

Nombreux sont les coureurs à avoir abandonné à Aillon, sans doute la perspective d’une longue montée au Mont Colombier sous le cagnard. J’ai échappé à l’échafaud, ce n’est pas pour succomber à l’attrait d’une sieste. Un bénévole annonce qu’il reste une place disponible dans le minicar qui s’apprête à rentrer sur Cruet. Je m’empresse de quitter les lieux, il y a des tentations auxquelles il ne faut pas être confronté trop longtemps.

Aillon – Mont Pelat.

60 km, D+ 4865 m, D- 3744 m
Temps de pause au ravitaillement : 6 minutes

Biscotte m’a appelé pour prendre de mes nouvelles. Hé bien, je suis toujours en course, j’ai encore mes deux jambes et ma tête pour les faire avancer. Ca devrait le faire, non ?

Le parcours longe un moment la route sur un chemin blanc. J’ai rattrapé un groupe de coureurs (enfin de marcheurs) avec qui je chemine un moment. L’un deux a rebroussé chemin dans la montée au Colombier pour redescendre au ravitaillement et abandonner. Finalement il a changé d’avis en rencontrant ses compagnons et il a décidé de poursuivre avec eux. Comme quoi, il suffit de pas grand chose. J’ai quitté tout ce petit monde, j’étais un peu inquiet pour la prochaine barrière mais j’aurai l’occasion de revoir certains d’entre eux un peu plus tard.


14h16 : Il ne semble pas bien gros le Mont Colombier depuis sa base mais il y a quand même 1085 m de grimpette au menu.

La première partie de l’ascension est effectuée dans les bois, un classique on va dire. Hormis quelques portions velues, je n’ai pas souffert dans cette montée. Enfin pas trop … D’autres ont eu plus de mal que moi en tout cas. J’ai doublé un peu plus tôt un coureur avec un t-shirt UFO jaune tout pimpant (le t-shirt, pas le coureur). Nous avons échangé quelques mots. Il était cuit de chez cuit en profondeur et sur les deux faces mais il gardait le moral et attendait simplement que ça passe. Cela dit, je n’étais pas non plus de toute première fraicheur. Je me ferai également doublé par deux ou trois coureurs et notamment, à l’occasion d’une pause, par un coureur que je nommerai X faute de mieux.

Il pleut. Je le sentais venir depuis un moment. L’air était plus frais, légèrement humide. J’ai peur que ça vire à la grosse averse alors j’enfile rapidement ma veste de pluie et je protège mon portable dans une pochette imperméable. Tant pis pour les photos. Je n’ai pas envie d’être détrempé comme au Col de Fenêtre pendant le trail Verbier St-Bernard.

Je sors du bois et je découvre la pente herbeuse et l’arête qui mène au sommet. Purée … Ca décoiffe ! Il me reste 500 m de D+ au bas mot à gravir et pas des plus faciles. Deux bénévoles me pointent au chalet et j’attaque l’ascension en direction du Col de la Cochette au pied de l’arête sud. J’avoue que je ne comprends pas tout sur le moment : il y a des coureurs disséminés un peu partout dans la pente ! Certains progressent lentement sur l’arête en direction du sommet, d’autres descendent sur un large chemin en balcon. C’est un peu dommage du reste cette immense saignée pour faire un malheureux chemin. Je trouve que ça dénature un peu le site. Ah oui, c’est vrai, nous sommes censés faire une boucle, cela explique le sac de nœud un peu plus haut. Une chose est sûre, tous ces coureurs me semblent bien petits et fort éloignés !

La pluie a cessé de tomber. Forcément j’ai chaud, c’est quasi immédiat. Allez courage, il faut tomber le sac, replier le bout de plastique qui me sert de veste. Forcément le truc est toujours bien moins compressible quand on est pressé et fatigué. Il faudra qu’une tornade me passe sur le corps pour me décider à remettre ce truc !


16h21 : Encore 400 m de D+ et on ne devrait pas être loin du sommet.

Je passe le Col de la Cochette rapidement, avec un petit coucou aux bénévoles qui font le pied de grue courageusement en attendant les derniers coureurs. Je progresse lentement sur l’arête. Biscotte m’avait prévenu. Il y a plusieurs ressauts à franchir et on a l’impression de ne jamais arriver au sommet. Forcément, il s’est remis à pleuvoir et l’endroit est quelque peu exposé aux vents. Ca caille. Au diable mes récentes résolutions, je ne vais pas attendre plus longtemps une hypothétique tornade … Je ressors la veste !

L’opération me permet de constater qu’un petit groupe de coureurs vient d’atteindre le col. Foi d’Arthur, je ne finirai pas dernier. Oui mais pour cela, il faudrait pouvoir avancer. La pluie a rendu le terrain difficile. Tout semble vouloir glisser en ce bas monde … la terre détrempée, les rochers humides, les semelles de mes Trabucos, le bonhomme tout entier parfois. Monsieur X me précède de peu, une petite centaine de mètres tout au plus. Je lève régulièrement la tête pour vérifier ma progression par rapport à lui. A défaut de gagner du terrain sur lui, je n’en perds pas, ce n’est déjà pas si mal. Pourtant, je n’avance guère. Je suis obligé d’assurer chaque pose de pied pour rechercher un maximum d’adhérence.

Après avoir franchi les quelques ressauts décrits par Biscotte, j’arrive en vue du sommet. Je salue un premier bénévole puis rejoins le second une dizaine de mètres plus haut. C’est Martine. Elle est assise sur un rocher et se protège des intempéries, recroquevillée sous une épaisse cape de pluie. « Oups, ça doit cailler par ici, je suis navré d’être un peu à la bourre … » « Pas grave, mais je suis désolé, je n’ai pas de bière, tout s’est renversé dans le sac. ». Diantre, de la bière, ma réputation d’amateur de mousse s’est donc répandue jusqu’au sommet des Bauges ?

Lors de cet échange au sommet je m’enquiers de l’avance de monsieur X. Martine a une soudaine inquiétude, Monsieur X a disparu derrière un rocher et n’est pas réapparu depuis. Elle pensait qu’il s’était écarté de la trace pour admirer la vue comme de nombreux coureurs avant lui. En fait, dans un moment d’inattention, X avait loupé le départ du sentier et tentait de poursuivre son chemin plein Nord sur la ligne de crête en direction du Roc de Poyez. Bon, il ne s’était pas éloigné beaucoup car il était bien en peine pour trouver sa route !


16h21 : Le Col de la Cochette est un peu plus haut sur la droite. Ils sont pas gros les deux coureurs sur le sentier à gauche !

Après avoir ramené sur le droit chemin notre brebis égarée, je prends congé de Martine et entame la descente qui doit nous ramener au Col de la Cochette. X me précède de quelques mètres. La descente s’avère bien plus folklorique que la montée. A peu de choses près, j’ai l’impression de revivre la descente du Mont Joly lors de la Montagn’Hard 2009. Vous savez, ce mélange de boue et d’herbe mouillée sur une pente à fort pourcentage.

Des rochers disposés fort judicieusement dans la pente ajoutent un surplus de piment à ce qui s’apparente à une longue glissade. On s’encourage avec monsieur X. Certains passages sont délicats et la fatigue ne favorise pas l’agilité. Je me suis retrouvé comme un con à faire le grand écart, la jambe droite fléchie avec le pied coincé latéralement entre deux roches en amont et la jambe gauche pendant lamentablement en aval le long du rocher ! Impossible de dégager ce foutu pied droit et pourtant il y avait urgence, je mettais grandement en danger mes bijoux de familles dans l’affaire. J’ai fini par m’extirper tant bien que mal de ce mauvais pas sous le regard compatissant de monsieur X.

Monsieur X s’avère meilleur descendeur que moi (les chaussures probablement …). Après ma séance d’étirements involontaires sur rocher, il prend le large. Je profite de cette solitude retrouvée pour m’offrir une gamelle de chez gamelle. Un petit plaisir en solitaire dont je me serais bien passé. Sous l’effet de surprise, le juron que j’ai émis a dû résonner dans tout le massif ! Pas trop de bobo mais j’ai l’amour propre copieusement plâtré à la boue des Bauges !

La pente s’adoucit enfin et je retrouve l’usage normal de mes jambes. Une courte pause au chalet de Rossane pour tomber à nouveau la veste et je rejoins le Col de la Cochette par la saignée. Je profite de la présence des secours pour me faire bander la main avec un peu d’Elastoplast. J’ai une belle ampoule à la base de l’index (c’est bien la première fois) et la peau s’est arrachée tout à l’heure en chutant. Ce n’est guère agréable pour tenir les bâtons.


16:21 : Depuis la « saignée » sur les pentes du Colombier. Sauf erreur de ma part, Aillon-le-Jeune doit être dans le fond de la vallée. En face la montagne de Bonvillard et dans son prolongement à droite le Mont de la Croix.

Pendant mes soins, des bénévoles montrent à Monsieur Y l’emplacement du prochain ravitaillement au sommet du Mont Pelat. En gros, c’est loin, il faudra commencer par descendre tranquillement mais longuement (500 m de D-) et puis ensuite, il faudra bien finir par remonter (340 m de D+ environ) … La barrière horaire est à 19h et il est déjà 17h36 et des poussières. Il aura été couteux en temps le petit crochet au Colombier ! 8 km à parcourir, il ne va pas falloir traîner en route.
J’oubliais, Y faisait partie du groupe de coureurs rencontrés au pied du Colombier. Le bougre m’a doublé dans la montée en sous-bois mais j’ai fini par le rattraper en arrivant au col.

Ce n’est pas la grande forme pour Y. Il n’arrive plus à courir. Il ne peut se résoudre à abandonner, à renoncer mais ne se fait guère d’illusion quant à sa chance d’arriver à temps au Mont Pelat. « Allez, vas-y toi, tu peux encore courir … ». Alors je cours, je cours, oubliant les douleurs musculaires et la raideur de mes jambes. Cette bataille engagée contre le temps focalise toute mon envie, mon attention.

Pour le moment, on ne progresse guère vers l’objectif, on s’en éloigne plutôt en contournant le Colombier par le Nord Est et puis on amorce une descente plus franche. Mon allure (un peu plus) soutenue paye. J’ai rattrapé monsieur X qui ne manque pas de me féliciter pour ce retour de forme inattendue. Ses encouragements ont réveillé mon esprit taquin et je m’empresse d’accélérer pour le mettre à l’épreuve comme il l’a fait avec moi dans la descente du Colombier. De toute évidence, je suis bien meilleur coureur que descendeur. Je me retrouve bien vite tout seul à gambader entre le Chardonnet et le Mont de la Vierge. J’ai bien aimé cette portion, tellement que j’en referai une petite partie deux fois pour le fun … et parce qu’un affreux doute m’avait envahi en ne voyant plus de rubalise. L’occasion de revoir un court moment monsieur X … C’est ça de mettre son cerveau sur off.

J’ai rejoint un groupe de coureurs dans la montée au Mont Pelat. Nous cheminons à la queue leu leu. La tête a un peu lâché, je n’ai pas le courage de relancer la machine. Il pleut à nouveau, j’ai froid et j’ai les pieds trempés depuis que nous cheminons dans les herbes hautes … Il faut bien le dire, j’en ai un peu ma claque. J’hallucine quand je vois la tenue du coureur qui me précède. Il porte un short genre course sur route, des chaussures bien sûr, ce n’est pas un adepte du barefoot, son sac et … et bien rien d’autre, nada. Monsieur est tout simplement torse nu. Purée, y en a qui sont réchauffés !


Moi, c’est tout le contraire, je suis en train de me cailler grave et ce n’est pas les amoncellements de grêlons au sol qui vont contribuer à réchauffer l’ambiance. Ils n’ont pas dû être à la fête dans le coin quand ces machins là sont tombés du ciel. Argh, tant pis, je m’arrête à nouveau pour enfiler la veste … Forcément dans l’histoire je me fais quelque peu distancer et monsieur X en profite pour repasser en tête. Il n’y a plus grand monde derrière moi. Deux coureurs. Je découvrirai un peu plus tard que l’un deux est le serre-file et que le second n’est autre que monsieur Y. Ben finalement pour un mourant, il était encore plutôt vif …

Tout ce petit monde se retrouve au ravitaillement à l’arrivée des télésièges.. Il est 19h17. Pas géniale la météo dans le coin, ça ne donne pas envie de s’attarder. Plusieurs coureurs jetteront l’éponge y compris le coureur torse nu. Cela me surprend, il avait l’air en pleine forme. J’aurais tout misé sur lui. Un bénévole les invite à s’abriter du vent dans une cabane tandis qu’un autre exhorte les coureurs qui veulent continuer à reprendre la route au plus vite. «Allez, il faut y aller maintenant, la barrière devrait déjà être fermée … ». Tout en grignotant, j’annonce à Y que j’abandonne, j’arrête, j’en ai marre … mais mes actes ne reflètent en rien mes pensées. Je suis assis le cul sur une chaise mouillée en train de boire un reste de soupe puis je refais le plein tranquillement de ma poche à eau insensible à toute pression. A 19h25, je me lève, je prends deux barres de céréales (mes réserves sont à sec) et j’annonce à qui veut bien l’entendre que je poursuis finalement mon chemin. Comme quoi j’ai fait vachement de progrès depuis 2009 : avant j’abandonnais sans trop savoir pourquoi et maintenant c’est ce qui me pousse à continuer qui me semble un grand mystère … J’aimerais y voir de la ténacité mais peut-être que je n’étais pas assez cuit pour m’arrêter, tout simplement.

Mont Pelat – Monlambert.

68 km, D+ 5174 m, D- 4721 m
Temps de pause au ravitaillement : 8 minutes

Cela dit, j’ai rudement bien fait de continuer, je me suis fait vraiment plaisir à gambader sur cette fin de parcours. A moins d’une blessure toujours possible, j’avais maintenant la quasi certitude d’être finisher. J’ai rattrapé à nouveau Monsieur X dans la descente au Col du Pré du Tour. J’ai fait très fort, il avait enlevé sa veste de pluie et je ne l’ai pas reconnu en passant devant lui ! J’ai dû vraiment passer pour le bourrin de service.

Je n’ai pas vu grand monde dans la grimpette au Mont Charvet, juste un coureur solitaire, rendu peu bavard par la fatigue. Remarquez, mon stock de salive était également sur le point de se tarir. Après avoir passé le sommet grâce à quelques lacets sur une pente raisonnable, le moment d’attaquer la descente finale est arrivé. Le sommet du Mont Charvet est à 1572 m et Cruet à 340 m … Vous voyez ce que je veux dire ? J’ai découvert toute l’ampleur du problème en traversant le Pré Ravier, une trouée éphémère dans les bois. J’avais une vue plongeante sur la vallée et les maisons disséminées dans le paysage avaient tout du modèle réduit particulièrement réduit. Mes cuisses allaient être à la fête !


22h01 : Un p’tit quart d’heure après mon arrivée. (Crédit photo : Jean-Michel Touron)

Effectivement, la descente est un régal ! C’est du rapide avec juste ce qu’il faut de virages pour ne pas s’endormir et en profiter plus longtemps. J’ai rattrapé un coureur venu spécialement de Belgique pour découvrir les Bauges et faire le plein de dénivelé. A mon avis, il est comblé !

Ma parole, ils font la nouba en bas ? Ca crie, ça applaudit, ça fait la ola à intervalles réguliers. Je sors du bois, longe un petit muret … une tête, deux … et je déboule au ravitaillement de Montlambert. Je l’avais complétement zappé celui-là ! Les gens applaudissent, je lève les bras, j’ai la patate et un sourire jusqu’aux oreilles. Il y a de la joie et de la bonne humeur ici. Les gens plaisantent, les sourires sont communicatifs, le bonheur quoi. Je suis resté un moment à papoter et à grignoter … ils avaient une réserve en tomme des Bauges encore bien remplie !

Monlambert – Cruet.

73 km, D+ 5189 m, D- 5189 m

Avant de quitter les lieux, j’appelle l’ami Biscotte, vous savez le gars qui a une contracture aux ischios et qui va peut-être avoir du mal à terminer la balade. Pffft, je te jure, vaut mieux être sourd que d’entendre ça … Il a essayé de m’avoir tout à l’heure mais je ne pouvais pas décrocher, occupé que j’étais par un besoins naturel. Compère Biscotte est arrivé depuis un moment. Le bougre avait la forme, il a effectué les 5 km restants à parcourir en 26 minutes et m’invite à en faire autant. Hum, ça sent le gars qui commence à avoir faim et qui est pressé de manger ! L’idée me plaît bien. Un peu de vitesse ne peut pas me faire de mal. Tope là, c’est parti.

Je prends congé des bénévoles et j’enquille à fond dans la descente à travers le village. L’affaire se corse rapidement dès lors que je retrouve la pénombre des bois. Je n’y vois pas grand-chose. Le sentier est plutôt roulant mais les quelques pièges qu’il recèle sont difficiles à gérer avec la tombée de la nuit. Après un simili gaufrage qui m’aura causé une belle montée d’adrénaline, je prends le temps de sortir la frontale. Ce serait dommage de se blesser à quelques kilomètres de l’arrivée. Humm … Elle n’éclaire pas des masses ma vieille Tikka, c’est même le jour et la nuit comparé à ma Myo XP mais bon il faudra bien faire avec.


22h04 : Sourire jusqu’aux oreilles, l’est content de vivre Arthur. (Crédit photo : Jean-Michel Touron)

Le sentier se termine, je déboule sur la route. Il fait complétement nuit désormais. Je cours à bonne allure sans trop savoir quand se terminera mon périple mais qu’importe, je sais que c’est imminent et je savoure pleinement ces derniers instants. Purée, je vais passer cette p… de ligne d’arrivée et je vais me poser sur une chaise comme un sac. Ouais, comme un sac et rien ne pourra me faire bouger tant que je n’aurai pas une mousse bien fraîche à la main …

Un virage à gauche, yes voilà du monde … Ca sent bon l’arrivée ! Purée le bonheur. On m’a repéré, ça applaudit, ça encourage. Je déboule sur la place, l’arche d’arrivée est là, juste devant moi, les copains sont là … Une petite accélération pour amuser la galerie et je pousse un « WHOUAAAAH !!!!! » libérateur. Je ne mets pas trop de AAAA, ça fait désordre dans mon cr et puis c’était peut-être plutôt un « OUAIIIIIIIIIIIIIIS !!!!! », qu’importe, l’important c’était que j’avais réussi, j’avais franchi la ligne d’arrivée (dieu sait que ce n’était pas gagné) et il y avait les potes pour m’accueillir et ça c’est le truc qui fait rudement plaisir.

Je l’aurai bien mérité mon Opinel finisher !

Conclusions.

Cette course est à ranger clairement dans la rubrique « trails difficiles à ne pas aborder à la légère ». La ratio distance/dénivelé+ requiert un minimum de préparation. Je n’ai pas eu à déplorer de crampes pendant la course mais purée, bonjour les courbatures aux quadriceps la semaine suivante ! On ne monte pas bien en haut en altitude dans les Bauges mais on y monte vite et on en redescend tout aussi rapidement. Si le parcours réserve quelques belles montées, il faut surtout se préparer à souffrir dans des descentes velues à souhait. Une mention spéciale pour la pente herbeuse lors de la descente de la Gallopaz ! Impressionnant ce mur.


22h41 : Sanggi, Biscotte et Arthurbaldur. Après l’effort … elle passe plutôt bien la phase réconfort. (Crédit photo : Jean-Michel Touron)

Cela dit, l’effort consenti est récompensé à sa juste valeur. Les paysages sont magnifiques et le parcours ludique. Les montées à la Gallopaz et au Colombier sont bien entendu les points forts de la course mais le tracé offre bien d’autres intérêts comme le passage à la Roche du Guet ou la découverte des eaux calmes du lac de Thuile. Seul petit reproche (c’est vraiment pour chercher la petite bête), j’ai eu l’impression d’avoir passé beaucoup de temps dans les sous-bois. Ce n’est pas que ce soit désagréable mais la vue y est quand même plus limitée vous en conviendrez.

J’ai été franchement étonné de me retrouver à batailler avec les barrières horaires. Certains me diront que cela n’a rien d’étonnant et que je suis loin d’avoir le profil d’un cador. Effectivement, cela n’a rien d’un scoop mais bon je n’avais tout de même jamais senti le couperet me passer aussi près des oreilles. Deux possibilités : soit les barrières horaires étaient un poil trop short (notamment par rapport à la durée totale de la course) soit c’est le bonhomme qui est au ras des pâquerettes. Je remercie en tout cas les organisateurs de m’avoir permis de continuer ma route avec les quelques autres retardataires.


23h24 : Ils en ont bien bavé et ils en redemandent … parait que c’est normal chez les trailers. (Crédit photo : Jean-Michel Touron)

Je tenais à remercier par ces quelques lignes l’ami Biscotte. D’une part parce qu’il m’a fait découvrir une course magnifique et d’autre part parce qu’il a été une fois de plus une vraie mère pour moi. Récupération de mon sac dans le coffre de la voiture, plateau repas … compère Biscotte a tout géré, je me suis contenté de me poser sur une chaise et de déguster une mousse comme je l’avais rêvée. Il me l’aura même apportée. Moi je vous le dis, ça a du bon d’arriver à la traîne … et ça a vraiment du bon d’avoir une biscotte comme potos.

C’est cool le 26 juin, on remet ça en Chartreuse. Elle est pas belle la vie ?

Arthurbaldur. :)

Récapitulatif :
Temps : 16h45’29″
Distance : 73 km
D+ : 5189 m

Classement général : 163/169 (283 inscrits)
Classement Catégorie : 67/71


Le T-Shirt Craft en cadeau et le traditionnel Opinel finisher

Le site : Le Grand Raid 73

Quelques photos :

Grand Raid 73 2011

24 Responses to “Le Grand Raid 73, le 21 mai 2011”


  1. Miaou dit :

    tu es sur que ta montagne a vache, c’est pas une montagne a chevre en fait????
    sinon, olivier me demande ouc’est es bauges : je lui ai repond  » un endroit vert, pentu avec du fromage » j’ai bon?

  2. Arclusaz dit :

    Bienvenue dans les Bauges !

    Content que ce pays pas plat qui est le mien t’ai plu.

    Pour faciliter ton intégration, évite juste de dure Galoppaze : Galoppe fera plus couleur locale !
    Je vérifierai lors de notre prochaine rencontre comment tu prononces mon pseudo.

    Bravo pour ta course, ta ténacité et ta bonne humeur !

    Arvi’pas.

  3. Pat dit :

    WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAOUH !
    Y’a assez de « A » là ?!
    Ben purée, barrières horaires ras les paquerettes ou pas, tu l’as eu ce grand raid et c’est loin d’être à la portée de coureurs lambda sans parler de cadors !
    Chapeau l’ami !

  4. Desukaa dit :

    Salut !

    Je tenais à te remercier pour les messages envoyés pendant les 6 jours d’Antibes.

    Je termine pas trop mal placé mais très handicapé pendant la course par mes blessures au pied droit. Sans ça, je finissais dans les 10 premiers.

    Merci encore, cela m’est allé droit au coeur.

    A bientôt amigo.

    Régis

  5. Taz le Diable dit :

    Bravo pour tout, comme d’habitude ;)
    Vivement le 26 Juin même si j’ai un gros doute d’un coup !!!!

  6. cocolecyclo dit :

    Superbe compte-rendu, et surtout quel mental ! Il en faut pour terminer ce genre d’épreuve quand on se retrouve juste pour ne pas céder aux sirènes des bauges ! J’espère pouvoir la faire à mon tour l’an prochain… Bravo à tous et à une prochaine.

  7. Arthurbaldur dit :

    @Miaou
    Vache, chèvre, dahu ou neuneuille, qu’importe … c’était gros et velu !
    Ta définition est excellente tout comme la Tome de Bauges. Voilà déjà un point commun avec le Saint-Nectaire. A chaque région ses plaisirs. :-P

  8. Arthurbaldur dit :

    @Arclusaz
    Tu voudras bien excuser mon patois baldurien sur la vidéo. Ma femme a des Chappaz dans sa famille, nom qui se prononce « Chappe ». Voilà qui est plus dans le ton de ta couleur locale.
    A la prochaine Arcluse … :)

  9. Arthurbaldur dit :

    @Pat
    Ouais je l’ai eu. A l’arrache mais je l’ai eu. Une expérience comme une autre mais je préfèrerai quand même avoir un peu plus de marge pour les prochaines … Si encore tu avais fait le serre-file comme au LUT, je dis pas, on aurait pu papoter. :)

  10. Arthurbaldur dit :

    @Desukaa
    J’avais lu sur FB que tu avais un problème d’ongle au pied droit. L’épreuve est déjà bien assez difficile sans que l’on rajoute des difficultés supplémentaires. Dommage que cette blessure t’ai handicapé et fait perdre quelques places. Tant pis, l’expérience est toujours bonne à prendre, tu seras plus fort la prochaine fois. En tout cas, j’ai pris plaisir à te suivre pendant ces 6 jours.
    Bonne continuation. :)

  11. Arthurbaldur dit :

    @Taz le Diable
    S’il y en a un qui doit avoir quelques doutes c’est bien moi … Purée, je me traine grave. :lol:
    Bah, on verra bien … Au pire on s’accrochera au sac de Biscotte. Quoique, cela risque d’être difficile. Il a une p… de forme cette année le bougre. :)

  12. Arthurbaldur dit :

    @Cocolecyclo
    Tu peux la mettre a ton planning sans aucune hésitation. C’est un délice cette course. Bon, il y a quand même quelques moments ou je me suis régalé moyen moyen rapport aux vives protestations de mes cuisses. A+ :lol:

  13. doune dit :

    toujours autant complet ces récits de course « made in Arthurbaldur » … Je me délecte à chaque fois de les lire…

    Félicitations pour cette course !

  14. Arthurbaldur dit :

    Merci Doune. J’ai hâte de lire celui que tu écriras à l’issu de la Traversée … M’enfin, tu aurais quand même bien pu faire la boucle. ;-)

  15. grumlie dit :

    Sympa la balade même si ce fut juste de la « barrière horaire »…
    Je vois que Biscotte a trouvé la solution imparable pour éviter le sprint final: il « marave » d’entrée…
    Aller bonne chasse au volatile dimanche. Je penserai à vous après avoir lutter samedi pour aller chercher « una cerveza » pendant 65 bornes et 3500d+ du coté de l’Aragon.
    A+ Romain

  16. Arthurbaldur dit :

    @Grumlie
    Il faut que Biscotte en profite pendant qu’il peut, le vent finira bien par tourner … :mrgreen:
    Bon, ce ne sera probablement pas pour le Grand Duc. Pour le moment, j’ai le dos en vrac après avoir remonté une p@#&€ù# d’armoire à la c… Le bricolage et mon dos, ça fait deux. :?

  17. grumlie dit :

    Et bien il ne faut pas faire des exercices de ppg avec du matériel inadapté…
    En espérant que cela s’améliore d’ici dimanche pour pouvoir en profiter un maximum.

  18. Arthurbaldur dit :

    @Grumlie
    Les douleurs s’estompent peu à peu. J’ai bon espoir que la forme soit revenue dimanche. :)

  19. Tercan dit :

    Cool ce CR l’ami.
    Cool comme à chaque fois finalement : on va se lasser, il faudrait que tu en fasse des pourris de temps en temps pour rompre les habitudes :)
    Allez maintenant que cette course est passée, mes le cerveau sur : la prochaine :)

    A+

  20. Arthurbaldur dit :

    @Tercan
    Allez, c’est promis, j’essaierai d’en faire un pourri … mais t’es dur, c’est pas simple. :lol:

  21. biscotte dit :

    Bravo, super ! t’as réussi à coller « endorectocéphalie » dans ton CR !
    C’était un pari avec madame ou avec les filles ?
    Faut que je te donne un mot à caser dans le prochain CR…..

  22. biscotte dit :

    Sinon, comme d’habitude, c’était un grand plaisir de participer ensemble à cette course.
    Certes, je n’aurais pas misé une pièce sur le fait que je puisse finir cet ultra, mais bon finalement après avoir chauffé la mécanique, seul une légére gêne derrière la cuisse perturbait ma foulée !
    Cette course est toujours aussi dure, voir même plus qu’il y a 2 ans et tu n’as que plus de mérite à être aller au bout, bon au fond du classement, mais finisher tout de même et c’est bien le plus important !
    C’est bizarre que tu ne te sois pas pris la grêle, toi, c’est toi le poisseux dans les conditions météo d’habitude.
    Bloqué 20 ou 30 minutes à attendre que cela passe, quel temps perdu pour rien !!!

    Pour la grand forme cette année, tu reviendras !!
    Je plafonne toujours au même score, toujours situé au 2/3 des arrivants !
    Quand j’aurais franchi ou je me serais approché de la moitié, là, tu pourras dire que j’ai fais des progrés …..

    Pour les petits soins d’après arrivée, c’est normal j’avais faim et comme tu traînes toujours, fallait bien te booster, sinon j’aurais fait une crise d’hypo….

    Allez soignes ton dos, dors bien, il y a du tazounet à marraver dimanche ….

  23. Arthurbaldur dit :

    @Biscotte
    Endorectocéphalie ou avoir la tête dans le cul … Il y a une tentative d’explication de l’origine de cette expression sur le site Expressio : http://www.expressio.fr/expressions/avoir-la-tete-dans-le-cul.php.

    Je cite :

    Voilà une expression d’une finesse rare !
    Ce qui veut dire que l’explication ne pourra pas vraiment faire dans la délicatesse. Si vous avez moins de 18 ans ou êtes choqué par certains détails de l’anatomie humaine, merci de vous cacher les yeux avant de la lire.

    Cette expression est très récente. Elle serait apparue à la fin du siècle dernier sans que sa source semble vraiment connue.

    Contrairement à ce que certains pourraient croire, il n’est pas question d’aller mettre sa tête dans l’arrière-train du voisin, même si le résultat serait identique quant à la perception de l’entourage. Sans compter que, pour commencer, il faudrait trouver un voisin consentant, ce qui est peu probable.

    Non, ce qui est évoqué ici, c’est bien une auto-intromission impossible car elle nécessite à la fois une souplesse rare et une extrême capacité de dilatation de l’orifice visé.

    Une chose semble sûre (mais je ne l’ai pas personnellement vérifié et je n’ai pas planifié cela à court terme, ayant quelques bricoles plus urgentes sur le feu), c’est qu’une fois la tête là-bas dedans, la vue doit être ‘légèrement’ brouillée et la perception des sons plutôt étouffée et déformée, exactement comme quand on a du mal à refaire surface, ce qui suffit à expliquer pleinement la métaphore.

    Mais, plus simplement, peut-être n’y a-t-il dans cette expression qu’une allusion à ces animaux qui, lorsqu’ils sont endormis, sont en boule, la tête dans le cul ?

    J’aime assez le style … :lol:

  24. Arthurbaldur dit :

    @Biscotte
    Ben zut alors, si tu plafonnes c’est donc que je régresse ! :?
    La vieillerie sans doute … :lol:


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  1. Arthurbaldur | Bilan Sportif Année 2011 29 01 12

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