Cinq semaines après le Grand Raid 73, je remets le couvert ce weekend dans le massif de la Chartreuse pour une balade toute aussi longue. Au programme, la 22eme édition du Grand Duc. Une course réputée difficile. Le parcours du millésime 2011 (il change chaque année) est annoncé pour une distance de 75 km et un dénivelé positif de 4 780 m. Voilà qui devrait m’occuper l’esprit et les gambettes quelques heures …

J’ai déjà eu l’occasion de me frotter au volatile en 2008 avec un résultat malheureux (Le Grand Duc 2008). Des déboires intestinaux avant même le départ de la course m’avaient amené à compléter le balisage de la course à intervalle régulier, le buste plié en deux par la douleur des spasmes. La mort dans l’âme, j’avais été contraint d’abandonner à Saint-Pierre d’Entremont (relais 1). Trois ans après, l’occasion de laver cet affront se présente. Je vais me le farcir ce Grand Duc.

Ou plutôt nous allons nous le farcir, car je serai accompagné comme en 2008 par compère Biscotte et compère Tazounet. La perspective de passer un weekend avec mes deux amis réunis ne peut que me réjouir. Cela présage de bons moments à déconner ensemble dans la joie et la bonne humeur.

Et puis la météo s’annonce excellente. Soleil, soleil, soleil … Au programme : casquette, crème solaire et vue dégagée sur les sommets Alpins.

Je n’ai pas eu le loisir de m’entrainer beaucoup entre ces deux courses. Accumuler les trails longs est une pratique fort sympathique mais elle ne facilite pas un entrainement optimale. Une semaine de repos total pour me réconcilier avec mes cuisses après mon séjour dans les Bauges suivie d’une semaine de reprise légère (voir très légère), deux semaines pur jus avant le Grand Duc et il ne me restait qu’une malheureuse petite semaine pour réveiller le coureur (profondément) endormi qui est en moi.


06h06 : Le Pas de Rocheplane. On commence fort ! 900 m de D+ sur 3 km.

Samedi 25 juin

Il y a un avantage indéniable à participer à une compétition avec l’ami Tazounet. Pas besoin de dénicher un hébergement ou de se lever aux aurores pour se rendre sur le lieu de la course : nous trouverons refuge pour la nuit dans la tazmobile, un camping-car de la marque Chausson avec tout le confort dont peuvent avoir besoin nos corps de sportifs à la veille d’une épreuve de longue durée.

Nous sommes arrivées sur Saint-hilaire en début de soirée car Tazounet avait quelques obligations familiales dans l’après-midi. Ah ! les incontournables fêtes d’écoles en fin d’année scolaire … Nous avons raté le briefing des organisateurs, mais quelques membres de l’organisation étaient encore présents à l’office du tourisme et nous avons pu retirer nos dossards et gagner du même coup une bonne heure de sommeil en plus.

La falaise des Rochers de Bellefont domine la commune de Saint-hilaire. Demain, nous partirons à l’assaut de ses pentes abruptes dès le début de la course pour atteindre les hauts plateaux par le pas de Rocheplane. Une bénévole nous a indiqué son emplacement dans le flanc de la falaise tout à l’heure. Je ne suis pas très à l’aise dans les passages aériens, je souffre du vertige et j’appréhende un peu les petites plaisanteries dès lors qu’elles s’appellent « sangles », « vires », « pas » ou autres réjouissances du même genre. Une appréhension curieusement doublée d’une certaine attirance.

Après avoir préparé nos affaires pour le lendemain et ingurgité quelques pâtes, nous avons gagné chacun nos couchettes pour quelques heures de sommeil.


06h12 : Pas de Rocheplane. Va bientôt falloir utiliser les mains.

Dimanche 26 juin

J’ai plutôt bien dormi malgré l’exiguïté du couchage. J’ai bien été réveillé dans la nuit par une bande d’hurluberlus qui avaient confondu le parking avec une piste de dance floor mais le silence est retombé rapidement comme une chape de plomb et j’ai replongé avec délice dans les limbes.

Le réveil à sonné à 4h00 pour un départ à 5h00. Une décision collégiale. Nous ne sommes pas du genre à subir la pression d’avant course mais là c’était quand même abusé ! Une petite marge d’un quart d’heure n’aurait pas été de trop. Le temps d’émerger de la couchette et 10 minutes précieuses avaient déjà basculé irrémédiablement dans le passé, s’en est suivi une préparation un poil trop fébrile à mon goût. Je suis le premier du trio à pénétrer dans le sas après que mon matériel ait été contrôlé. Biscotte me suit de près. Il est 4h58 ! Quant au Tazounet, il est encore dans le camping-car, son corsaire roulé en boule à ses pieds, les fesses posées sur le trône, en pleine concentration, tel le penseur de Rodin. Le départ sera déjà donné au moment où il nous rejoindra dans le sas. Autant vous dire que nous sommes partis en fin de peloton. Plus à la fin, ce n’était pas possible!

Saint-hilaire – Col de la Saulce

Saint-Hilaire : 05h02

La courte portion de plat est vite avalée et nous débutons la première bosse de la journée. Et quelle bosse, plus de 900m de dénivelé en 3km ! Il y a pas à dire, ça commence fort. Le début de la montée est effectuée dans les bois. Il fait encore nuit mais on y voit suffisamment clair pour que je regrette d’avoir pris la frontale.

J’avance d’un bon pas dans la côte malgré le pourcentage de la pente. Les sensations sont bonnes. Elles sont même excellentes pour un début de course. Le palpitant reste calme, la respiration sereine, les cuisses reposées ne demandent qu’à durcir la cadence. Je ne m’en prive pas du reste.
Tant et si bien que nous lâchons peu à peu un Tazounet qui doit regretter de ne pas avoir fait plus de dénivelé depuis le début d’année. Oh, il tentera bien de chercher une excuse une fois la course terminée : « Je faisais pipi, en m’arrêtant je me suis refroidi et il a fallu que je sorte ma veste … » mais personne ne sera dupe de ses histoires à dormir debout.

J’ai l’esprit très joueur quand je suis en forme. Je dois bien l’avouer, cueillir un Tazounet bien mûr lors de la Grande Course des Templiers (je vous invite vivement à relire ce récit et en particulier la partie entre Trèves et Cantobre) avait été un péché tout à fait délectable. Une véritable boucherie. Dieu s’est bien gardé de me donner les capacités sportives d’un Jornet par égard pour mes petits camarades. Alors quand l’occasion se présente de maraver et d’enfumer dans la joie et la bonne humeur, je me garde bien de résister à la tentation. C’est si rare …


09h52 : Le Vallon de Marcieu, au fond le dôme et le col de Bellefont. Sur la droite, les Crêtes des Lances de Malissard.

Il faut battre le fer quand il est chaud, il faut enfoncer le clou, il faut creuser l’écart et achever psychologiquement la bête … J’accélère à nouveau et je me faufile sur les côtés pour passer un groupe de coureurs. Je suis surpris, Biscotte ne suit pas. Ben merde alors, me voilà devant la Biscotte. Il faut croire que j’ai vraiment la forme aujourd’hui ! Bon, je ne me fais pas trop d’illusion, c’est en grande partie grâce au sentier devenu étroit que je conserve une avance de l’ordre d’une quinzaine de coureurs sur mon compère.

Nous sommes sortis des bois. La trace progresse en virages serrés à l’assaut de la pente en serpentant entre les roches. Les falaises encore à l’ombre, s’éclairent peu à peu sous le feu des rayons du soleil levant. Quelques passages délicats requièrent l’usage des mains. Curieusement, il n’y a pas de bouchons, tout juste de courts ralentissements plutôt bien accueillis car ils nous offrent l’occasion de lever le nez pour deviner notre route ou de nous retourner pour admirer la vue sur la Chaine de Belledonne.

Plutôt gentil ce « pas ». Je m’attendais à plus aérien. Il y a bien eu un court passage sécurisé par des câbles mais vraiment pas de quoi fouetter un chat ni même une miaou.

Arrivé au sommet, je prends le temps de faire quelques photos notamment de ce curieux monolithe qui marque la fin du pas et d’enregistrer une nouvelle séquence vidéo. Je ne traine pas trop, la Biscotte ne va pas tarder à montrer le bout de son nez et le peu d’avance dont je dispose va fondre comme neige au soleil dans la descente. Je connais mon loustic, c’est un vrai cabri.


10h34 : L’Aulp du Seuil. La plaine s’étale à nos pieds quelques 1500 m plus bas et au-delà c’est toute la chaîne de Belledonne que l’on découvre dans un large panoramique. Au nord-est, le Mont Blanc rompt brusquement la ligne d’horizon et se détache très nettement, impressionnante masse blanche sur un aplat de ciel bleu.

Il y a une portion de descente assez raide avant de rejoindre un chemin de grande randonnée (GR9), 150 m plus bas. Je me retourne à mi pente. Biscotte a entamé la descente et vue son allure il va très vite me rattraper. J’ai beau accélérer, le bougre fond sur moi comme le Grand Duc sur sa proie avant même que j’ai atteint le GR. Pffft, l’aurait quand même pu me laisser un peu d’espoir.

Je ne compte pas me faire lâcher pour autant et c’est ensemble que nous poursuivons notre chemin en direction de la cabane de Bellefont. Cette partie du tracé est très agréable. Je me suis promis de revenir sur les lieux à l’occasion d’une randonnée familiale pour gravir le col de Bellefont et musarder dans les prairies du vallon de Marcieu. Nous courons au sein d’un groupe d’une demi douzaine de coureurs qui progressent à bonne allure. Enfin, il me semblait que l’allure était bonne avant que Biscotte ne soupire en annonçant qu’il s’endort ! Je prends cela comme une vaine tentative pour me déstabiliser ou tout du moins me tester.

C’est qu’il doit s’interroger sur sa forme l’ami Biscotte à moins que ce ne soit sur la mienne. Il me le dira d’ailleurs : « Ca m’embête de voir encore tes mollets gigoter devant moi ! ».

Nous arrivons à la cabane de Bellefont où a été installé un ravitaillement en eau. Au jugé, j’estime que mon sac est encore suffisamment lourd pour poursuivre mon chemin sans hésitation. Je connais assez mon compère pour savoir qu’il fera de même. Pas besoin de mots.

Nous passons le pointage du Col de la Saulce à 6h45.


10h37 : L’Aulp du Seuil. Après avoir contourné un éperon rocheux, une traversée horizontale nous amène au sommet d’un vaste cirque rocheux particulièrement escarpé, dominé par de hautes falaises.

Col de la Saulce – Saint-Pierre d’Entremont

Col de la Saulce : 06h45

La forme est toujours là dans la descente sur Saint-Philibert. Je m’autorise quelques belles accélérations. C’est tout ce qu’il y a de plus déraisonnable mais c’est particulièrement satisfaisant pour l’esprit de se lâcher ainsi dans la joie et la bonne humeur. Ce n’est pas pour déplaire à Biscotte qui apprécie le retour de mon côté chien fou quelque peu émoussé au fil des années en acquérant de l’expérience.

Curieusement nous arrivons à un ravitaillement. Il n’était pas annoncé celui-là, à moins qu’il ne s’agisse déjà du ravitaillement de Saint-Philibert ? Nous n’avons pas trainé, le temps de faire le plein d’eau, de boire un verre de coca, de manger un morceau de pain et une tranche de pain d’épice avant de reprendre notre route à bonne allure sur le bitume d’une route forestière. Une bonne tranche de goudron de 2 km toujours en descente histoire de tester l’amorti de mes Trabuco. Je ne m’attendais pas à autant de bitume sur le Grand Duc.

J’ai un peu moins d’allant après Saint-Philibert. Je fais moins le fou. J’ai tendance à être en retrait derrière mon compère. Des signes qui ne trompent pas. Ca sent la baisse de forme à plein nez. Il faudra repasser pour le maravage en gros que j’avais espéré.

Je fais malgré tout illusion jusqu’au ravitaillement de Saint-Pierre d’Entremont que nous atteignons à 7h42. Biscotte m’annonce qu’il a déjà 5 minutes de retard sur son plan de course. « Lequel ? Celui en 14 h ou en 15 h ? » « Celui en 15 h ! ». Super, ce n’est guère rassurant quand on pense que la course est ouverte sur 16h …


10h37 : Le passage de l’Aulp du Seuil est un choc visuel.

Saint-Pierre d’Entremont – Saint-hilaire

Saint-Pierre d’Entremont : 07h42

Ma baisse de forme se confirme. Il est probable que Biscotte ait également accéléré la cadence pour combler son retard. Quoi qu’il en soit, quelques coureurs s’intercalent rapidement entre nous peu après avoir quitté le ravitaillement. J’arrive tout de même à me maintenir plus ou moins à distance.

Nous foulons à nouveau une longue portion de route. A un moment, je pense rattraper mon compère et lui lance même un : « J’arrive ! » conquérant mais mes paroles resteront vaines. Impossible de revenir sur la Biscotte. Y a pas à tortiller, l’est trop fort pour moi.

Nous quittons la route pour un chemin que je ferai en partie en compagnie … d’un camion 4×4 ! Ce nouveau compagnon de route m’a rattrapé dans la pente. Tandis qu’il grignotait peu à peu du terrain sur moi et que je voyais sa calandre se rapprocher inéluctablement, je ne pouvais m’empêcher de revoir quelques scènes de « Duel » (un film de suspense réalisé en 1971 par Steven Spielberg). Peu enclin à jouer le rôle du poursuivi, je me suis rangé sur le côté pour le laisser passer. Le chemin n’était pas assez large pour passer de front.

Je ne resterai pas longtemps derrière. Je le rattraperai dès lors que la pente s’adoucira. Le conducteur aura la sympathique idée de s’arrêter pour me laisser passer. Au diable Spielberg, précéder ce compagnon sur quatre roues a au moins l’avantage de me soustraire à ses gaz d’échappements.

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Après avoir longuement cheminé dans les bois, l’espace se dégage en pénétrant dans le Vallon de Marcieu. L’endroit est de toute beauté. C’est un alpage suspendu étiré en longueur, fermé par le Col de Bellefont à son extrémité sud (quand je pense que nous étions de l’autre côté du col il y a quelques heures !) et encadré par les crêtes des Lances de Malissard et de l’Alpette. Il faudra vraiment que je fasse découvrir l’endroit à ma petite famille. Cheminer en ces lieux est incroyablement apaisant.

Si cet espace dégagé est un régal pour les yeux, il l’est beaucoup moins pour se protéger de l’ardeur du soleil. Il fait chaud et cette chaleur semble encore accentuée par les masses rocheuses qui bordent l’alpage. Je remonte lentement le vallon en marchant. Quelques coureurs sont disséminés au loin devant moi et matérialisent ce qui sera bientôt mon passage. D’autres me suivent encore loin derrière. Un sursaut d’orgueil me pousse à trottiner par moment pour garder ma position mais j’ai bien du mal à trouver la motivation nécessaire pour le faire.

Le ravitaillement est vraiment le bienvenu. Je prends le temps de me tartiner les pieds avec de la Nok. Je commençais à avoir un poil chaud au niveau de la plante des pieds et j’avais peur de découvrir un début d’ampoule. Et bien non, rien … pas le moindre petit échauffement. Une vraie peau de bébé, la crasse en plus. Biscotte m’ayant à nouveau abandonné, je me console comme je peux en tombant dans la réserve de fromage. Elle se laisse bien manger la production locale. Je ne traine quand même pas trop pour éviter les railleries de mes petits camarades. Ils connaissent mon point faible les bougres et puis je ne voudrais quand même pas me faire rattraper par le troisième larron.

En quittant le ravitaillement, je m’attendais vraiment à voir apparaitre la bouille de l’ami Tazounet, mais non, pas de « Coucou mon poulet ! » en vue. Il doit en chier grave pour ne pas m’avoir encore rattrapé.


14h34 : La Dent de Crolles. Sympa pour faire de la luge.

Je remonte la bordure Est du vallon le long d’une sente herbeuse. Arrivé au sommet quelques spectateurs nous encouragent. Je jette un dernier regard sur le Vallon de Marcieu avant de quitter les lieux à regret et de basculer côté vallée.

Des regrets bien vite oubliés car la vue qui s’offre maintenant à nous est saisissante. La plaine s’étale à nos pieds quelques 1500 m plus bas et au-delà c’est toute la chaine de Belledonne que l’on découvre dans un large panoramique. Au nord-est, le Mont Blanc rompt brusquement la ligne d’horizon et se détache très nettement, impressionnante masse blanche sur un aplat de ciel bleu.

Après avoir contourné un éperon rocheux, une traversée horizontale nous amène au sommet d’un vaste cirque rocheux particulièrement escarpé, dominé par de hautes falaises. Le passage de l’Aulp du Seuil est un choc visuel, une claque à laquelle je n’étais pas préparé. Voir l’Aulp et mourir. Ouais, bon, c’est façon de parler, il n’y a pas urgence. Du haut du promontoire sur lequel je chemine, je peux suivre facilement du regard le sentier qui dévale en lacets en contrebas. Purée, ça c’est de la descente !

Un coureur me tire de ma contemplation. J’ai la surprise de découvrir Louis. J’avais fait un bon bout de chemin avec lui au Grand Raid 73. Le monde est petit. Une dernière photo et je m’élance à sa suite histoire d’échanger quelques mots.


14h53 : La chaine de Belledonne depuis le Bec Charvet. Vue imprenable, faut dire qu’il y a un beau trou de 700m juste devant.

La descente est du genre raide et le sentier caillouteux. On pourrait même le qualifier de poussiéreux par endroit. Ambiance chaude à souhait : peu d’ombre, soleil généreux, il ne manque plus que le chant des cigales. Ce n’est pas le lieu idéal pour dérouler tranquillement ses longues guiboles. Je suis obligé de me retenir dans la pente et mes quadriceps renâclent à la tâche. Quelques randonneurs progressent lentement dans le sens de la montée. Ils ont mal choisi leur jour s’ils souhaitaient se balader tranquillement ! La plupart s’immobilisent sur le côté pour nous laisser passer avec un petit mot d’encouragement, d’autres poursuivent leur route, les yeux rivés sur leurs chaussures. La conséquence probable de la fatigue accumulée dans cette montée exigeante à moins que ce ne soit tout simplement la lassitude devant un tel défilé de coureurs.

Après la beauté majestueuse du cirque rocheux de l’Aulp du Seuil, le retour à Saint-hilaire sur un chemin blanc parait bien fade pourtant ce long cheminement parallèle à la la ligne de crêtes, en contrebas des Rochers de Bellefont n’est pas désagréable et il nous offre par moment de beaux points de vue. La chaleur par contre se fait de plus en plus présente, écrasante, devrais-je dire, et je dois négocier âprement avec moi-même pour continuer à courir.


14h53 : Chamechaude depuis le Bec Charvet.

Je ne suis pas fâché d’arriver à Saint-hilaire. Il y a pas mal de monde sur le site d’arrivée. Le passage de relais maintient une certaine effervescence. Des spectateurs sont allongés dans l’herbe sur la petite butte qui jouxte le bâtiment de l’office du tourisme et l’arche d’arrivée. Je m’efforce de courir sur la dernière centaine de mètres mais c’est vraiment pour faire bonne figure. La chaleur me fait perdre tout mes moyens.

Ce n’est pas la grande euphorie devant la table du ravitaillement, il n’y a pas grand chose à manger ou tout du moins rien qui ne me fasse vraiment envie mais bon il faudra faire avec et se forcer un peu. J’avale quelques trucs sans conviction. Qu’est-ce que je pourrais bien mettre sur ma tranche de pain ? Et puis je me réfugie bien vite sous le barnum installé à proximité pour le repas de fin de course. Au moins, j’échapperai à la morsure du soleil le temps de me tartiner abondamment les petons.

De retour à la table de ravitaillement, je tombe nez à nez avec un lecteur assidu de mon blog en la personne de Cyrion, un coureur rencontré il y a quelques semaines sur le parcours du Lyon Urban Trail. Monsieur est accompagné de madame, également lectrice de mes récits, dont je retiendrai facilement le prénom, Céline, puisque c’est également celui de ma sœur. Les deux tourtereaux s’essaient au trail long dans la joie et la bonne humeur. Je ne suis pas sûr qu’ils aient effectué le meilleur choix pour une première dans le genre vue la réputation du Grand Duc mais il faut reconnaître que ce serait tout de même dommage de ne pas participer à la balade quand on habite en Chartreuse. Chacun son rythme, Cyrion quitte en premier le ravitaillement, je partirai avec Céline quelques instants plus tard.


15h47 : L’Emeindras.

Saint-hilaire – Le Sappey-en-Chartreuse

Saint-hilaire : 11h49

Les choses s’avèrent difficiles pour moi dès la première pente. Je n’ai rien dans les jambes mais alors rien de rien à croire que j’ai du plomb dans les chaussures ! Céline est dans mes pas, juste derrière moi. De toute évidence elle ronge son frein et ne serait pas contre une allure un poil plus rapide. Elle a la délicatesse de ménager mon orgueil de mâle compétiteur jusqu’à un petit replat puis elle prend la tête des opérations. « Bon, ben on se retrouve plus tard … ». Après avoir marmonné la réponse la plus intelligente que mon esprit fatigué puisse concevoir à ce moment clé : « Ben ouais … », nous avons poursuivi notre chemin chacun à notre rythme. Vu l’écart qui s’est rapidement creusé entre nous, il est clair qu’elle m’avait sacrément ménagé !

Je m’imaginais déjà gravir le Bec Charvet, prochaine difficulté du jour. C’était loin d’être aussi simple, il nous fallait déjà redescendre sur la commune de Saint-Pancrasse et franchir le ravin de la Gorgette avant de débuter l’ascension à proprement parlé. Je ne suis pas loin d’être cuit à point mais d’autres le sont tout autant. J’ai rattrapé Cyrion en route. Il est fâché avec son genou et c’est d’autant plus frustrant pour lui qu’il est loin d’avoir atteint mon degré de cuisson. J’ai beau compatir sur son sort, je ne peux pas grand chose pour lui sinon l’encourager et espérer que la douleur ne soit que passagère. « Bon, ben on se retrouve plus tard … ».

Après quelques bons coups de culs dans les bois, le sentier rejoint la départementale. C’est par la route que nous rejoindrons le Col du Coq. Je pense avoir laissé mes dernière forces sur ces quelques centaines de mètres de bitume surchauffé. Il y a beaucoup de voitures garées par ici. Ce n’est pas étonnant, l’endroit semble être une base de départ idéale pour partir en balade au pied de la Dent de Crolles. Je me retournerai plusieurs fois pour admirer sa masse imposante. Finalement, en cherchant bien, elle a quand même du bon cette portion de route.


15h52 : Chamechaude.

Il y a un ravitaillement peu après avoir quitté la route en haut du col routier. C’est la bérézina. Les quelques aliments pré-coupés mis à la disposition des coureurs ont un peu transpiré sous l’ardeur du soleil. Je jette mon dévolu sur une pomme encore épargnée d’un découpage en règle. C’est bien la première fois que j’avale la totalité d’une pomme à un ravitaillement !

De toute évidence, le Col du Coq est également un point de départ pour les promenades dominicales au Bec Charvet. Ils étaient toute une tribu à me coller aux basquettes dans la montée. Les bougres, ils n’allaient pas bien vite mais c’était encore trop pour moi. J’en ai laissé passer une partie l’air résigné. Je ne devais pas avoir l’air très frais, tant et si bien que l’un deux s’est excusé de devoir me passer devant. La loose. Comment voulez-vous que mon égo s’en remette ?

Je suis arrivé au Bec Charvet sans trop savoir comment, en marchant probablement, mais j’aurais pu tout aussi bien rampé. Un bénévole m’accueille au sommet et m’invite à ne pas trop m’approcher du bord. Il n’a pas tort, la descente a l’air plutôt rapide de ce côté ! 700 m d’à pic, ça vous calme un homme. Je préfère la version longue en suivant la crête comme le prévoit la suite du programme. La vue est magnifique d’ici. La chaine de Belledonne est toujours au programme bien entendu mais également une vue imprenable sur Chamechaude, le plus haut sommet du massif. Il est 14h53.

D’après le bénévole, il faut compter 1h30 pour arriver au Sappey et la barrière horaire est à 16h30. En ne trainant pas en route, je devrais pouvoir arriver avant la limite fatidique mais je serai arrêté à coup sûr à la suivante calculée au plus juste. J’en avais parlé avec Céline à Saint-Hilaire : pour avoir une chance de passer, c’est à 16h qu’il faudrait arriver au Sappey. Autant dire que c’est mort de chez mort …

Dès lors, j’avoue avoir bien du mal à me motiver. A quoi bon se déchirer, se mettre en vrac pour être à coup sûr stoppé avant la fin de la course ? Autant se ménager pour l’UTMB, mon véritable objectif de l’année avec la LyonSaintéLyon.


15h55 : Le Grand Som.

La descente du Bec Charvet se fait dans les bois en longeant le bord de la falaise. Le sentier relativement pentu par endroit, serpente entre les arbres ce qui lui confère un aspect ludique certain. Cela me désole de ne pouvoir l’apprécier physiquement à sa juste valeur. Je suis cuit de chez cuit sur les deux faces, à la limite du coup de chaud. Tant et si bien que je suis contraint de m’arrêter à mi-pente sur le bord du sentier pour reprendre des forces.

Assis confortablement, le dos appuyé contre un arbre, je profite de l’occasion pour déguster pour la première fois une barre Mulebar dans sa version maxi coupe faim de 65g ! Depuis le temps que j’en entend parlé par Guillaume sur Facebook. Voyons voir … Parfum Mango Tango. Quelques images sensuelles de Tango argentin me viennent à l’esprit. Alléchant. L’aspect, une fois l’emballage enlevé, l’est un peu moins mais je m’en fous, je ne compte pas l’exposer dans mon salon. La consistance est plutôt moelleuse mais vue la chaleur, le contraire serait étonnant. Première bouchée. Une explosion de saveurs réveille mes papilles. Et bien purée, ça décoiffe ! Pour être honnête, ça ne restera pas comme ma meilleure expérience gustative … Le goût est un peu trop prononcé pour moi. Vous allez me dire, les goûts et les coureurs … Mais pourquoi avoir fait une barre si grosse ? J’ai mis un de ces temps pour l’avaler ! Allez, la prochaine fois, j’essaie la Hunza Nut.

J’ai repris la route à peine requinqué. Le passage de l’Emeindras est à nouveau un régal avec la vue sur Chamechaude et sur le Grand Som au loin. La suite est moins enthousiasmante. La fatigue se fait sentir à nouveau et je marche longuement sur un large chemin blanc jusqu’à ce qu’un coureur me double en m’invitant à le suivre. Je lui emboite le pas. Hello Gérald, c’était sympa d’avoir fait un bout de chemin ensemble en papotant. Le temps a passé plus vite grâce à toi.

Le Grand Duc de Chartreuse 2011

Péripétie Post-Course

Sappey en Chartreuse : 16h52

Après un petit détour (nous avons loupé un embranchement), nous arrivons au ravitaillement du Sappey avec 20 minutes de retard sur la barrière horaire. La balade s’arrête là. Ce n’est pas encore cette année que je viendrai à bout du Grand Duc. Je ne vais pas en perdre le sourire pour autant. L’objectif était de faire un peu de volume pour l’UTMB et de ce côté-là ce n’est pas si mal : 53 km et 3250 m de D+. Et pour le reste, le weekend est une pleine réussite.

Deux autres coureurs ont également été arrêtés à la barrière horaire et nous serons bientôt rejoints par Cyrion. J’ai la surprise de découvrir qu’aucune navette n’a été prévue par l’organisation pour le rapatriement des coureurs. « Faites du stop, il y a beaucoup de relais qui retourne à Saint-Hilaire … ». Ouais, un peu léger de leur part tout de même. Mais je ne suis pas rancunier car nous n’avons pas eu à pâtir de ce manque. Nous avons de la chance, Cyrion habite au Sappey et il s’est proposé gentiment pour nous ramener à Saint-Hilaire. Bien sympa ce trajet avec des copains d’infortune qui ont su garder toute leur bonne humeur.

Nous retrouvons Tazounet à Saint-Hilaire. Le bougre, il m’a envoyé un sms dans l’après-midi pour m’annoncer qu’il s’apprêtait à faire une petite sieste ! Il s’est arrêté à Saint-Hilaire à l’issue de la première boucle. Ah la la ! ils sont pas bien résistants ces p’tits jeunes … La fin de l’après-midi se terminera avec les copains à papoter, boire des bières et manger. Bref, nous entamons une saine récupération.

Notre héros du jour, Biscotte, arrivera dans la soirée après 16h26 de course. Un grand bravo à lui, il a assuré comme un chef et pour le deuxième fois sur les terres du Grand Duc.


18h19 : Petite pause devant le stand Running Conseil pour tailler la bavette avec Arnaud.

L’histoire pourrait s’arrêter là, avec le retour paisible de trois coureurs dans leur foyer respectif. Il en sera bien autrement. Alors que Biscotte sort de la douche torse nu, nous découvrons avec stupeur que son dos est couvert en grande partie de cloques qui suintent. L’animal s’est brulé au deuxième degré sur une bonne partie du dos par le simple frottement du sac ! Le plus étonnant, c’est qu’il n’a pas mal, tout juste une sensation de démangeaison. Je l’invite malgré tout à prendre conseil auprès des secouristes.

La brûlure peut être considérée comme grave dès lors que son étendue dépasse la taille de la paume. Un risque d’infection est toujours à craindre. Les secouristes préfèrent ne pas prendre de risque : Biscotte doit se rendre à l’Hôpital pour y être examiné. Les pompiers seront là dans peu de temps pour le prendre en charge. Habituellement, monsieur fait appel à mes services pour que je lui colle des bandes d’Elastoplaste préventives dans le dos mais forcément en se levant au dernier moment … En attendant, monsieur est puni, pas le droit de manger, c’est le protocole et dieu sait qu’il a faim après cette longue balade dominicale.

Les pompiers sont arrivés. Efficacité, professionnalisme, chacun son rôle. Biscotte est soumis à un petit quizz pour évaluer son niveau de conscience … « Quel jour sommes-nous ? », « Vous voyez combien de doigts ? ». Des trucs vachement durs quand on vient de se taper un Grand Duc. Mais il est fort la Biscotte, il n’a pas fait sa loose, du tout bon à chaque question. Du 100 % de réussite. Mention très bien. Vous pensez, il n’est pas encore né le volatile qui entamera ses capacités. D’ailleurs, ses constantes vitales sont excellentes (tension artérielle, température, fréquence cardiaque …) et il ne souffre pas le moins du monde si ce n’est de la faim et d’être privé d’une bonne bière. Mais, la prudence est de mise … Biscotte est placé sur le ventre sur un brancard dans une coquille gonflable pour son transfert à l’Hôpital Nord.

Tazounet.Biscotte.

Nous suivrons le véhicule des secours dans le Tazmobile. Ce n’était pas gagné car ils sont autorisés à prendre quelques libertés avec le code de la route. A mi parcours, le véhicule s’arrête sur le bas côté. Rien ne se passe durant un long moment. Nous ne sommes pas vraiment inquiets mais bon sang qu’est-ce qu’ils peuvent bien foutre ! La porte latérale s’ouvre, deux personnes descendent dans la nuit. Un des pompiers s’approche de nous … « Rien de grave, simple pause pipi ! ». Un truc est sûr, il ne souffre pas de déshydratation la Biscotte …

Il règne une effervescence tranquille aux urgences de l’Hôpital Nord. De toute évidence, certains cas sont beaucoup plus inquiétants que le dos de notre Biscotte. Il y a en particulier un cycliste encore en tenue étendu sur une civière. Il transpire à grosses gouttes et ne semble vraiment pas dans son assiette mais ce qui m’interpelle vraiment, c’est qu’il continue à mouliner inlassablement avec les jambes sur un pédalier imaginaire comme si sa vie en dépendait … Purée, ça fait peur !

C’est le tour de Biscotte d’être pris en charge. Rien de grave, c’est confirmé. Monsieur s’en tire avec un gros pansement et l’interdiction de s’exposer au soleil pendant une année. Ce n’est pas le truc qui a dû bien le gêner au TOE qu’il vient également de boucler avec succès. Je vous jure, il nous les fera toutes la Biscotte !

Après ce petit intermède hospitalier, nous allons enfin pouvoir rentrer dans nos pénates. Tazounet et Biscotte à l’avant du Camping-car et moi affalé une bonne partie du trajet sur une couchette. Je tombais de sommeil. Je suis probablement en train de rêver. Un jour, moi aussi, je franchirai la ligne d’arrivée du Grand Duc.

Merci pour ce bon weekend.

Arthurbaldur. 🙂

Récapitulatif :
Temps : 11h50’35 »
Distance : 53 km (arrêt à la barrière horaire du Sappey)
D+ : 3250 m


Le T-Shirt en cadeau

Le site : Le Grand Duc de Chartreuse

Quelques photos :

Grand Duc de Chartreuse 2011
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