Déjà pratiquement 7h00 que je traîne mes trabucos sous ce soleil de plomb … Dire qu’il y a des barges pour allez courir dans le désert et plusieurs jours en plus !!! C’est pas humain de courir dans cette fournaise.
Je suis au pied d’un beau mur. Je l’attendais celui là, il manquait encore du monde au total du D+ … mais je ne le voyais pas si raide ! Je vois les coureurs qui me précédent au loin passer entre deux pointes rocheuses … Tout faux, je viens de repérer des silhouettes en mouvement … c’est sur le plus haut des pics rocheux qu’il va falloir passer … purée ils vont nous faire quoi après ? une descente en rappel ?


Le centre du village de Désaignes

C’est un week-end prolongé qui s’annonce. Le 1er mai pour préparer le sac et le bonhomme, le pont du vendredi pour emmagasiner un peu de sommeil et faire le trajet direction l’Ardèche en début d’après-midi, le samedi sera le jour J, le dimanche pour le trajet du retour après une bonne nuit de sommeil et le lundi pour écrire ce CR et se la couler douce. Si c’est pas un beau programme ça !

J’ai la chance d’être hébergé par les parents de Taz dans un village à une vingtaine de kilomètres de Désaignes. Merci beaucoup de m’avoir accueilli ces deux nuits, c’était vraiment très sympathique.


La fameuse porte, début de la balade …
Un petit aller retour rapide à Désaignes le vendredi après-midi pour retirer nos dossards et repérer un peu les lieux me permet de confirmer que j’ai décidément un estomac en béton armé. Taz conduit comme un moniteur d’auto école, vous situez ? Non bon ben comme un motard alors. C’est déloyal cette tentative de me faire serrer les fesses, je vois, on veux me faire chopper une contracture des fessiers avant la course … trop peur de perdre hein ?

Après une courte nuit, c’est toujours un peu dur de se lever à 5h30, nous referons le trajet de la veille à un rythme plus tranquille. C’est moi qui suis au volant, je ne suis pas bien réveillé et je n’ai aucune envie de faire du no bitume avec la titine.

Après s’être préparé, frileusement, ben oui ça caille encore à cette heure matinale, nous nous dirigeons tranquillement vers la place du village où il règne déjà une belle effervescence. On peut même dire que ça grouille littéralement de coureurs.

A gauche, votre humble serviteur tente désespérément d’enfiler son sac. A droite on peut constater l’effervescence qui règne sur la place du village.

Le départ sera donné après une petite boucle de 400m dans le village histoire d’étaler un peu le peloton. Le départ réel est sensé être donné lorsque l’on entendra une corne de brume. Bon j’ai rien entendu … Dites donc ils partent bien vite ?! C’est pas un 10km les gars va falloir se calmer un peu !
On passe sous la porte du village et c’est parti pour 57km. Cette première portion n’est pas très folichonne, c’est un chemin en sous-bois un peu monotone qui va nous éloigner peu à peu de Désaignes.

Le singletrack qui va suivre sera par contre vraiment très agréable. Un vrai plaisir, très difficile de se contenir, je lâche tout dans la descente même si je sais que les jambes s’en rappelleront plus tard.

Il est temps d’attaquer la première bonne montée. On entend des percussions au loin. C’est le groupe qui a mis l’ambiance au départ. Ils ont vraiment la pêche et de l’énergie à revendre … On ne se prive pas de faire le plein au passage, on en a bien besoin.

A gauche, le champ d’éolienne que nous aurons plusieurs fois en point de mire. A droite, après un p’tit singletrack bien sympathique il va falloir penser à regrimper un peu.

Ca grimpe et c’est beau, j’en prends vraiment plein les yeux, vite une photo, une petite contorsion pour extraire le portable du sac … zut il a encore planté. C’est pas vrai … Vite démonter le boîtier, enlever la batterie, remettre tout ça en place, attendre qu’il s’allume, ne pas se planter pour le code pin, écouter patiemment le p’tit jingle nokia, le tout en crapahutant, en évitant de se prendre les pieds dans racines et sans faire chier le coureur qui me suit, grosse ventilation garantie. Bon ben c’est trop tard pour la photo … Purée, ça fait transpirer les photos.


Atelier photo en bord de piste.

En parlant de photo, non seulement j’ai perdu du temps pour prendre les miennes mais c’était pour la bonne cause, l’envie de vous faire partager des instants sympa mais j’en ai perdu également pour jouer le photographe amateur pour un autre coureur. Faut être con pour mettre le bouton marche arrêt juste à coté du déclencheur … moi après 2 heures de course c’est comme si j’avais des moufles.
Et puis je n’ai jamais vu un appareil photo démarrer aussi lentement.


Elle est pas belle la vie ?

A gauche, une vue (prise depuis les vestiges) de la descente qui va nous emmener à la cascade. A droite, les vestiges après avoir amorcer la descente.

J’arrive bientôt à un des points remarquables du parcours, les vestiges du château de Rochebonne.
C’est pour cette vue que j’ai signé, vous savez la photo de la page d’accueil du site, c’est beau et ça vaut bien une petite suée … La descente qui suit est très ludique. Elle doit être particulièrement casse gueule lorsqu’il pleut ! D’ailleurs à certains endroits il fallait mieux ne pas glisser … Pas pour rien que le règlement annonçait : « Descente km 17 : (Vestiges de Rochebonne) dangereuse en cas de pluie marche conseillée jusqu’à la traversée de la cascade. ». Bien sympa cette cascade d’ailleurs pour se rafraîchir …

Je finis par arriver au premier ravitaillement à St Jean Roure au km 22. Surprise, une tête connue sur ma droite, c’est la fille de Taz. Mélanie est un peu plus loin … ça mitraille sec, j’ai encore la force de faire le pitre histoire de mériter quelques mots d’encouragement … « c’est bon Jeff, il te reste plus que 40 km ». Heureusement, il en reste quand même un peu moins …

Pas trop de souvenirs de cette partie et le peu que j’ai est plutôt vague, c’est une partie où j’avais déconnecté la tête, laissant le corps à son effort. Les jambes sont très lourdes, cotonneuses mais je n’ai pas de douleurs particulières, juste une sensation d’échauffement du dessous des pieds et une fatigue générale.


C’est ou ? Ben je sais plus trop …

Il y a de bonnes descentes pour arriver à la séparation entre les parcours du 34 km et du 57 km. Aucune hésitation comme pour les Cabornis, le 57 km c’est à gauche alors je tourne à gauche sans me poser de question j’aurai 28 bornes pour regretter (même pas en fait …).
C’est l’heure de la pause pipi réglementaire, tous les prétextes sont bon pour une petite pause … ben c’est pas glorieux côté couleur, je rentre pas dans les détails mais je suis aussi déshydraté que de la soupe en sachet. Pas étonnant avec cette chaleur. Pourtant ce n’est pas faute de boire régulièrement mais il y a des limites à l’assimilation, au-delà c’est l’estomac qui risque fort de protester.

Après la traversée du Doux un petit autoportrait pour la postérité …

Côté course à proprement parlé je suis passé depuis longtemps à l’alternance course/marche forcée … je veux dire sur le plat. En fait au début c’est de la marche uniquement en montée, puis se rajoute la marche sur les faux plats montants et puis je finis par marcher même sur le plat … En fait je me fais violence pour trottiner un peu parce qu’en marchant je ne suis pas près d’arriver au bout de mon périple. En même temps avec une moyenne horaire supérieure à 7km/h je suis encore au dessus de mes prévisions.

Entre le ravitaillement de Sautereau au km 34 et celui du Petit Chomel au km 46 je serai accompagné par l’homme en jaune, un coureur fort sympathique, dans un état physique qui me semblait au départ meilleur que le mien mais qui s’est avéré être moins en forme finalement. Nous faisons régulièrement le yoyo avec un autre groupe composé de l’homme en blanc et de l’homme en bleu.
Ce brave homme en jaune m’a sans le vouloir booster le moral en m’annonçant qu’il me remerciait de lui servir de lièvre. Ben oui, un lièvre c’est sensé être devant et donner le tempo et ma foi ça m’a bien occupé l’esprit … on trouve sa motivation où on peut.

L’homme en jaune aura fait l’erreur d’opter pour la position assise au ravitaillement suivant. Il souhaitait prendre son temps de toute évidence, pas moi … Je n’ai plus qu’à poursuivre avec le binôme blanc/bleu. Près de 3 km de montée à ingurgiter nous attendent.

Je vois des éoliennes à l’horizon, j’en cherche ailleurs dans le paysage mais non, c’est bien là que nous sommes passé tout à l’heure, enfin il y a plusieurs heures … On en fait de la distance mine de rien même en mode larve.

A gauche, le même champ d’éoliennes, un peu plus loin cette fois ! Non ce n’est pas le tas de cailloux que j’ai photographié ! A droite, il manquait un peu de D+ mais ça va vite se combler.

Déjà pratiquement 7h00 que je traîne mes trabucos sous ce soleil de plomb … Dire qu’il y a des barges pour allez courir dans le désert et plusieurs jours en plus !!! C’est pas humain de courir dans cette fournaise.
Je suis au pied d’un beau mur. Je l’attendais celui là, il manquait encore du monde au total du D+ … mais je ne le voyais pas si raide ! Je vois les coureurs qui me précédent au loin passer entre deux pointes rocheuses … Tout faux, je viens de repérer des silhouettes en mouvement … c’est sur le plus haut des pics rocheux qu’il va falloir passer … purée ils vont nous faire quoi après ? une descente en rappel ?

A gauche, il va falloir passer sur la pointe rocheuse de gauche ! A droite, un peu plus tard sur ce fameux bout de rocher qu’est Rochebloine.

J’arrive dans la partie la plus difficile du mur, je sens plus que je n’entends une présence dans mon dos, je ne fais même pas l’effort de me retourner, je suis scotché dans la pente, l’impression d’être au ralenti, je m’écarte un peu pour laisser passer mon poursuivant mais de toute évidence celui-ci préfère me laisser la primeur, alors je repars avec cette impression bizarre d’avoir le temps de penser longuement à chaque geste effectué, poser son pied ici, déplacer le poids du corps sur ce nouvel appuis … Un petit passage sur le rocher, j’évite de regarder sur la gauche, il m’arrive d’avoir le vertige … et c’est le sommet. Belle récompense, on en prend vraiment plein les mirettes.

Les encouragements d’une spectatrice me redonne un peu de peps. « – Mais par où ils vous ont fait passés ?! – Mais par ici ma bonne dame. – Oh ! Vous êtes vraiment fort … – Bah vous savez, c’est l’entraînement ma bonne dame … » Beau gosse, intelligent, j’en rajoute, c’est bon pour l’ego …

Petit coup de fil de Biscotte qui vient prendre des nouvelles de l’état du bonhomme … « – Tu souffres ? – Ben oui. – T’as chaud ? – Ben oui. – T’es content ? – Ben oui. – T’es pas très loin de Taz, il commence la descente … – A ben non alors parce que la descente c’est pas encore tout de suite pour moi … il y a des coureurs plus loin sur une portion de bitume et ils ne donnent pas vraiment l’impression de descendre … »

J’arrive dans Nozière. C’est un ravitaillement en eau. Il y a juste une petite table, quelques bouteilles, pas vraiment de quoi remplir le camel et j’ai un peu la flemme, je bois un verre d’eau fraîche et je repars pour la dernière partie du parcours.

C’est un chemin blanc sans ombre. J’ai en point de mire une féminine, je me rapproche, j’arrive à son niveau, je comptais échanger quelques mots mais elle a les écouteurs vrillés dans les tympans, je la double, 10m, 20m et je finis par marcher, ça valait bien la peine … le métronome me repasse devant … 50m, 100m et je recommence à trottiner … c’est pas vrai, elle peut pas s’arrêter de courir un peu ! Je finis par me faire distancer … mais je repasserai devant un peu plus tard … elle a rejoint une concurrente et ça papote, ça papote … hé ben elles ne manquent pas de salive au moins …


Petit sprint avec Patrick, 3h05 au marathon le bougre … Vous remarquerez que je ne me suis pas beaucoup habitué au soleil pendant mon plan d’entrainement ! Oui le trail l’ardèchois est une course festive … non je ne suis pas déguisé en cachet d’aspirine.

Dans la descente vers Désaignes, c’est tout un groupe de coureurs qui me rejoint à allure soutenue. L’homme en blanc et l’homme en bleu sont dans le groupe. Je m’accroche au wagon. Ca va vite, trop vite. Le groupe va finir par se morceler. C’est fou comme on peut se retrouver d’un instant à l’autre seul ou en groupe …

Il n’y a plus qu’un coureur a proximité devant moi. Je le suis tranquillement dans une partie un peu raide qui va nous permettre de rejoindre le pont en pierre juste en contrebas de Désaignes. J’avais l’idée d’arrivée en même temps que ce coureur mais il y a beaucoup de monde, ça applaudit, ça encourage de toutes parts, Taz est là avec Mélanie, la fatigue est oubliée, c’est une grosse décharge d’adrénaline, je me prends au jeu, j’accélère un peu, et puis encore plus malgré cette petite côte qui nous ramène au centre du village, je traverse la place du village, c’est l’arrivée, ça y est c’est fini avec ces 200m de sprint … la cerise sur le gâteau … Je n’aurais pas fait des 10km pour rien au début de l’année.

J’aurai le droit quelques instants plus tard à une poignée de main chaleureuse du coureur que j’ai doublé. C’était très sympa de sa part. Une sacré pêche cet homme là, normal pour un vétéran 2. J’ai vu après coup qu’il a un beau palmarès à son actif. Bravo Patrick.


Pour l’effort c’est fait, il ne manque plus que le réconfort. Ca ne va pas tarder.

J’ai eu le droit a une délicieuse mousse bien fraîche offerte par Mélanie. Il faut peu de chose pour satisfaire pleinement un coureur impénitent. 57 bornes à crapahuter sous le cagnard et une bonne bière à l’arrivée. Que demande le peuple.
Le repas d’après course m’a fait beaucoup moins envie, je me voyais mal avaler un morceau de boeuf sanguinolent fut-il cuit à la broche. Je pense que mon estomac aurait rendu l’âme et puis franchement je commençais à en avoir un peu plein le dos.

Par contre j’ai fais honneur au délicieux coucous préparé par mes hôtes mais ça c’était quand même beaucoup plus tard …

Le bilan de ce week-end sportif est des plus satisfaisants. Le Trail de l’Ardèchois est vraiment une course à faire. L’organisation est parfaite (ravitaillement, balisage, …) et les bénévoles ont des sourires gros comme ça et puis on se sent en sécurité, entre de bonnes mains malgré les déboires qu’ont subis quelques coureurs avec de gros coups de chaleur. J’espère que ce ne sera qu’un mauvais souvenir pour eux. Côté parcours, il est suffisamment varié pour que l’on ne soit pas lassé par l’accumulation des kilomètres. Les paysages sont magnifiques et les passages aux vestiges de Rochebonne et de Rochebloine méritent à eux seuls le déplacement. Une fois oubliée la fatigue bien naturelle sur ce genre de parcours, il ne reste que du bon …

Côté alimentation, outre un peu de coca et des quartiers d’orange avalés aux ravitaillements j’ai absorbé 3 gels, 2 barres de céréales, 2 barres d’amandes en alternance avec des comprimés de sporténine. J’ai eu la surprise de constater que pour une fois les barres d’amandes ont été les moins bien appréciées … Une sensation d’écoeurement peut être due à la chaleur. Sensation que je n’ai pas du tout ressenti avec les gels. J’ai particulièrement soigné mon hydratation en buvant très régulièrement par petite gorgée tout en prenant garde de ne pas arriver à saturation ce qui se traduit immanquablement par des douleurs d’estomac.

Une bonne chose de faite. On va récupérer un peu et puis il sera temps de penser à la prochaine balade. Ce sera le 29 juin en Chartreuse avec le Grand Duc, 80km et 4885m de D+, une nouvelle dimension pour moi avec un temps de course qui devrait dépasser les 14 heures et déjà une grosse envie d’en découdre.

J’aime courir … j’aime bien marcher aussi. 😀

Récapitulatif :

8h05’32
D+ 2450m
57km
Rang Gen. 212/322 Rang Cat. 78/116 VH1


Le t-shirt …

Les résultats complets : Trail l’Ardèchois – Trail Tour National
Le site : Trail l’Ardèchois